Un accord de libre-échange particulièrement « lait »

Producteur laitier depuis plus de10 ans, je m'inquiète pour notre agriculture.... (Archives La Tribune)

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(SHERBROOKE) Producteur laitier depuis plus de10 ans, je m'inquiète pour notre agriculture. L'accord de libre-échange du Partenariat transpacifique, présentement en négociation à Atlanta, laisse planer une menace directe sur les fermes laitières du pays et notre autonomie alimentaire.
Quels avantages avons-nous comme producteurs, transformateurs et consommateurs à rejoindre le commerce mondial des produits laitiers? Oublions-nous que le secteur laitier canadien réussit à tirer ses revenus du marché du pays sans subvention depuis le début des années 2000? Qu'en est-il des pays ayant abandonné leur système national de gestion de l'offre pour rejoindre l'échiquier mondial? Malheureusement, un triste constat : niveau élevé de subventions versées aux producteurs, réduction marquée du nombre de fermes et prix égaux ou supérieurs pour les consommateurs (notamment pour le beurre et le fromage) pour le plus grand plaisir des détaillants qui y puisent une plus grande marge de profits.

Quel mal y aurait-il alors à laisser entrer plus de production américaine? Aucun, sinon la perte de milliers d'emplois et la fermeture certaine de près de 40 % de fermes canadiennes et québécoises incapables de concurrencer le prix du lait américain, qui mise essentiellement sur de grandes fermes quasi industrielles et des hormones de croissance bovines interdites au Canada. Rien que ça!

Bien sûr qu'il faut permettre les échanges commerciaux entre pays, mais pas à n'importe quel prix. Enlever toutes les barrières protectionnistes, c'est se condamner à niveler par le bas, tant en environnement, qu'en salubrité, que sur le plan des salaires et des droits de l'homme. Rien que ça!

Et ce n'est pas tout. Favoriser la concurrence d'entreprises étrangères qui ont accès, par exemple, à de la main-d'oeuvre sous-payée, amène souvent les gouvernements à vouloir contrebalancer les effets en réduisant les charges sociales des entreprises touchées par l'ouverture des marchés. Pour y arriver, ces mêmes gouvernements n'ont d'autre choix que de couper dans les programmes sociaux ou d'utiliser la caisse de l'assurance-emploi pour renflouer le trésor public. Rien que ça. Voyez-vous, chers confrères et consoeurs, que vos combats en santé en éducation et autres ne sont pas si loin du nôtre? C'est pour cette raison que je vous appuie dans vos revendications et que j'espère vous voir en faire autant pour la nôtre, qui se trouve à être à la base de toute notre autonomie alimentaire. Rien que ça! L'économie est une science, et la loi de l'offre et de la demande est réelle. Dans l'absolu, ça fonctionne toujours très bien. La réalité commande pourtant des adaptations essentielles. Le marché ne peut pas s'autoréguler sans qu'il y ait de graves conséquences pour nous tous. Il est grand temps que nos gouvernements comprennent que l'on ne peut ni ne doit laisser le libre marché s'imposer seul. On doit pouvoir l'adapter à notre réalité pour qu'il soit constructeur de richesse pour tous, pour vous les consommateurs, pour vous les transformateurs et pour nous les producteurs. Pour nous tous collectivement. Ce n'est malheureusement pas ce qui se dessine... Dans cette optique, cet accord de libre-échange me semble particulièrement « lait »!

Mario Bourgoin 

producteur laitier

Cookshire-Eaton

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