Élections : gare à l'attrape-nigaud

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(SHERBROOKE) Tient-on, pour une simple histoire de niqab n'impliquant pour l'avenir qu'une seule personne, à réélire un gouvernement rétrograde et néfaste qui s'est acharné de tant de façons et depuis tant d'années à nous berner? Tient-on à voir les finances publiques dilapidées dans des lubies militaristes et dans d'interminables procès intentés à des sénateurs véreux choisis par M. Harper, à subir des recensements sabotés par des échantillonnages faussés, donc sans valeur, à voir bâillonner nos chercheurs, à supporter que nos artistes, faute de subsides, cessent de rayonner chez nous et à l'étranger, à souffrir que les budgets de Radio-Canada soient brutalement réduits, à continuer à subir un parti qui a saccagé la bonne réputation que le Canada s'était naguère taillée à l'échelle internationale et à risquer de voir le pétrole albertain venir souiller nos cours d'eau et notre sol?

Cette histoire de niqab est en train de se transformer en pelure de banane idéologique. Elle ressemble à la cape rouge que le toréador agite devant le taureau tout en cachant l'épée qui le mettra à mort. Il est temps de se rendre compte que Harper et les conservateurs tentent par ce leurre de nous tromper. Au Québec, une très forte majorité de personnes est d'accord avec l'idée que tous et toutes devraient donner et recevoir des services publics avec le visage découvert. Une grande majorité de personnes est d'accord pour penser que ces voiles constituent une offense au principe fondamental de l'égalité des droits des hommes et des femmes. Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a raison sur ce point. Est-ce un motif pour mordre à cet appât empoisonné? Car il est étrange de voir que sur ce point Gilles Duceppe et Denis Lebel, lieutenant des conservateurs au Québec, s'entendent comme larrons en foire.

En vérité, il est incorrect d'invoquer la liberté religieuse garantie par les chartes pour prétendre que nous devrions affaiblir ces principes essentiels. Le Coran, le texte fondamental de l'islam, recommande aux femmes de se vêtir modestement, et rien de plus. Les niqabs, les tchadors, les burqas et les hidjabs ne proviennent que de coutumes tribales auxquelles il est absurde que les lois et les tribunaux canadiens soient forcés de se soumettre en vertu de nos chartes. Sinon, il n'est pas de limites aux caprices obscurantistes auxquels il nous faudrait nous plier.

Il est clair que les chefs du NPD, Thomas Mulcair, et du Parti libéral, Justin Trudeau, se sont dernièrement laissés égarer par un juridisme mal analysé et mal compris (tout comme certains magistrats) et sont tombés dans le traquenard conservateur, qui, je le crains, a été suggéré par ce gourou australien, maître dans l'art de tromper les électeurs, qui a permis à un David Cameron décrié par l'opinion publique de son pays de conserver le poste de premier ministre du Royaume-Uni. Constatons que durant toutes les années où les conservateurs ont détenu le pouvoir ils ont négligé de légiférer sur ces questions; constatons aussi qu'ils tentent maintenant en pleine période électorale de soulever une telle question afin d'exploiter la maladresse de leurs adversaires à traiter ce problème fictivement entretenu.

J'ai lu que certains candidats néodémocrates et libéraux s'étaient opposés au récent faux pas de leurs chefs. Je souhaite qu'un plus grand nombre des candidats de ces partis (sinon tous) fassent de même tout en se déclarant par ailleurs solidaires sur les autres points de leur programme. Mais après le jour de l'élection j'aimerais qu'une coalition NPD-Parti libéral (et Bloc québécois, s'il y a lieu) prenne les rênes du pouvoir et vote des lois éclairées, respectueuses des chartes, mais destinées à combler les vides où les forces de la déraison ou de la malice ont tenté de s'engouffrer pour saboter les principes qui régissent notre conception du monde et notre vie commune.

Revenons au lucide bon sens par lequel nous étions, il y a peu, éclairés. Votons ABC, Anybody but Conservative. Que chacun ou chacune détermine lucidement et sans parti pris quel candidat a le plus de chance de remporter son comté et vote pour lui. Que l'on se rende compte que, si le Bloc québécois a rempli naguère un rôle utile, il ne peut être dans les circonstances que néfaste en divisant le vote. Un vote pour Duceppe, hélas!, c'est un vote pour Harper. Monsieur Lebel ne s'y trompe pas.

Le 19 octobre prochain, déposez votre bulletin dans une boîte qui symbolise notre démocratie et non pas dans un attrape-nigaud. Sachez déterminer quels sont vos plus dangereux adversaires. Bon sens oblige.

Claude Boucher

Sherbrooke

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