Éditorial: DAS scandale

Le constructeur allemand Volkswagen vient d'admettre une vaste supercherie. Le... (Photo AP)

Agrandir

Photo AP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Pierre-Yvon Bégin
La Tribune

Le constructeur allemand Volkswagen vient d'admettre une vaste supercherie. Le numéro un de l'automobile a équipé plus de onze millions de ses véhicules à moteur diesel d'un logiciel destiné à déjouer les contrôles antipollution. L'affaire laisse d'autant plus songeur qu'il est difficile d'imaginer comment les dirigeants de cette entreprise ont pu imaginer un seul instant tromper les consommateurs.

C'est d'ailleurs une petite organisation non gouvernementale (ONG), International Council on Clean Transportation, qui a dévoilé le scandale. En 2013, celle-ci voulait inciter les fabricants américains à vendre leurs véhicules diesel en Europe, où les normes antipollution sont moins sévères. Dans ce but, les chercheurs ont testé les Volkswagen sur la route, n'ayant pas l'argent pour se payer les tapis roulants à haute vitesse utilisés par l'industrie. Surprise! Les Allemandes étaient 40 fois plus polluantes qu'annoncées!

Cette nouvelle tromperie démontre à quel point les inspections menées par les agences gouvernementales sont complaisantes envers l'industrie automobile. Les mirobolantes cotes de consommation de carburant affichées par les différents constructeurs sont depuis longtemps dénoncées par les groupes de consommateurs.

Au Canada, les performances environnementales des différents constructeurs ne sont même pas vérifiées. L'État se fie aux entreprises et tient compte des vérifications réalisées aux États-Unis, y ayant tout simplement copié ses normes antipollution.

GM a payé récemment 900 millions US en raison d'un mécanisme de démarrage défectueux. Toyota a aussi été prise en défaut et a payé une amende de 1,2 milliard US l'an dernier pour une pédale d'accélération défectueuse. Hyundai et Kia ont pour leur part payé 300 millions US pour une surévaluation des économies de carburant. Ford a également admis des performances moindres de ses véhicules hybrides. C'est à se demander à qui faire confiance.

Professeur de communication marketing à l'Université de Sherbrooke, Marc D. David convient qu'il s'agit d'un «immense scandale» dont Volkswagen mettra possiblement des années à se relever. L'entreprise devra dorénavant laver plus blanc que blanc. Le lien de confiance avec les utilisateurs a été rompu, pense-t-il, se demandant à juste titre si ce n'est que la pointe de l'iceberg.

«Si j'étais propriétaire d'une Volkswagen, je me poserais des questions», admet-il.

Le grand patron de Volkswagen, Martin Winterkorn, a démissionné. Cet ingénieur de 68 ans pourrait encaisser jusqu'à 60 millions d'euros en additionnant retraite et indemnités de départ. Même s'il dit prendre la responsabilité de l'arnaque, il part en soutenant qu'il ne savait rien de l'affaire.

Permettons-nous de douter de son affirmation et de ses excuses. Une multinationale prend généralement ses décisions d'affaires en toute connaissance de cause. Les perspectives de profits sont analysées sous toutes les coutures, tout autant que les risques. Rien n'est laissé au hasard. Avec un chiffre d'affaires annuel de 200 milliards d'euros, le fabricant de la «voiture du peuple» connaissait parfaitement les normes américaines et les amandes en cas de violation de la loi. Volkswagen s'expose à une pénalité de 18 milliards US, uniquement pour le demi-million de voitures vendues aux États-Unis depuis 2009. Que lui coûteront les 10,5 millions autres véhicules piratés?

Martin Winterkorn devait forcément savoir ce qui se tramait. D'un point de vue administratif, il est pratiquement impossible qu'il n'ait pas lui-même donné le feu vert à cette escroquerie.

Ce nouveau cas prouve une fois de plus qu'il est hasardeux de faire confiance aveuglément aux entreprises. Il revient à l'État d'exercer un devoir de surveillance sans jamais baisser la garde.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer