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L'austérité, un coup de matraque à l'égalité hommes-femmes

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La Tribune

La Journée internationale des femmes du 8 mars 2015 prend une saveur particulière. Alors qu'elles se battent depuis longtemps pour obtenir l'égalité concrète avec les hommes, le gouvernement Couillard, avec une froideur déconcertante, se lance dans une entreprise de démolition de leurs acquis par l'adoption de mesures aussi régressives les unes que les autres. Parallèlement, la Commission des femmes de l'ONU tient à New York, du 9 au 20 mars, la 59e session de la Commission sur la condition de la femme des Nations Unies pour souligner le vingtième anniversaire de la Déclaration de Beijing. Le programme d'action adopté à l'époque représente aujourd'hui encore, partout dans le monde, le plan le plus complet pour l'égalité entre les sexes et les droits des femmes et des filles.

Les participantes auxquelles j'ai le plaisir de me joindre débattront des moyens pour inciter les États à mettre en oeuvre, de façon urgente, les mécanismes qui permettront d'atteindre une réelle égalité entre les hommes et les femmes. Douze sujets de préoccupation ainsi que les objectifs pour les atteindre y seront abordés. Parmi eux, la pauvreté, l'éducation et la formation, la santé, la violence, l'économie, le pouvoir et la prises de décisions et les droits humains. Nul besoin de dire que le gouvernement Couillard ne répond pas au Programme d'action de Beijing et ébranle le droit à l'égalité entre les hommes et les femmes qui est enchâssé dans les chartes québécoise et canadienne des droits et libertés.

En 2014, les femmes occupaient près des trois quarts des emplois du secteur public et parapublic, alors que cette proportion ne s'élevait qu'à 19 % du côté des hommes. Par les compressions dans les commissions scolaires, le système de santé, l'éducation, sans compter les nombreux groupes communautaires dont il réduit le financement, Philippe Couillard s'attaque à des dizaines de milliers d'emplois féminins. Toutes ces ponctions budgétaires et la réduction de services qu'elles entraînent, ajoutées à la hausse des tarifs en service de garde, viennent compliquer la vie des femmes qui doivent compenser de leur personne des services comme l'aide au devoir, le maintien à domicile ou les soins pour les enfants handicapés qui sont passés au moulinet de l'austérité.

Dans l'histoire européenne, les politiques d'austérité ont conduit plusieurs femmes à se retirer du marché du travail. Le même scénario pourrait se produire au Québec. Sur la Côte-Nord, par exemple, les femmes gagnent 60 % du salaire des hommes. Les coupes dans les écoles, les agences de santé, les centres locaux de développement, les carrefours jeunesse-emploi, ramèneront certaines femmes à la maison et à la dépendance financière.

Par ailleurs, le gouvernement poursuit, avec ses projets d'infrastructure, un plan de relance économique qui ne profite qu'aux hommes. Loin de démontrer une sensibilité envers les femmes qui tentent de se frayer un chemin dans les métiers non traditionnels, il en rajoute et abolit le volet régional de programmes comme Chapeau les filles qui aide les étudiantes à intégrer des métiers majoritairement masculins.

L'égalité entre les hommes et les femmes devrait régner dans tous les secteurs et toutes les couches de la société québécoise. Les mesures d'austérité bouleversent, de manière très concrète, chacune des sphères de vie de l'ensemble des femmes d'ici et d'ailleurs. Malgré les efforts qui ont été consentis pour que cette égalité se réalise pleinement, on est loin de la coupe aux lèvres. Il suffit d'un gouvernement qui s'entête à vouloir éliminer à tout prix un déficit à une vitesse vertigineuse pour que leurs acquis soient durement ébranlés. Le premier ministre du Québec aurait intérêt à s'ouvrir les yeux et à s'inspirer de la conférence de New York pour aider au lieu de nuire à la cause des femmes. Car en attaquant leur condition socio-économique, c'est la société dans ses fondements mêmes qu'il fragilise. Aidons-le à y voir clair et poursuivons la marche malgré les embûches sur le chemin de l'égalité.

Véronique De Sève

Vice-présidente de la CSN, responsable du dossier de la condition féminine

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