La fin de la théologie?

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La décision de la direction de l'Université de Sherbrooke de fermer la faculté de théologie et d'études religieuses en transférant ses programmes dans un centre universitaire multidisciplinaire a provoqué des réactions dans notre milieu, surtout de la part des étudiantes et étudiants directement concernés. Ils ont été profondément déçus, comme bien d'autres, que leur université tant vantée pour sa culture de proximité et de souci des personnes n'ait pas eu le réflexe de les faire participer à une décision aussi lourde de conséquences pour leur propre avenir.

Leurs inquiétudes sont fondées : prononcer publiquement la fin de la faculté, c'est implicitement annoncer la fin de la discipline elle-même. Qui sera attiré par un projet de formation dont on prononce un verdict de fin de vie, ou tout au moins de discret transfert en soins palliatifs?

L'idée de créer un centre universitaire en lieu et place d'une faculté trouve preneurs, selon une symbolique simple, comptable, qui veut qu'on change un trop gros véhicule pour un plus petit moins coûteux. Mais le nouveau véhicule ne sera pas celui des études religieuses et de la théologie, une juxtaposition de disciplines diverses, dont on n'a pas validé la complémentarité à moyen et long terme pour une formation vraiment intégrée sur la place du religieux et du théologique dans la société actuelle. Dans ce futur centre, le théologique disparaît.

Ce qui pose une autre question fondamentale, sur l'identité de l'Université de Sherbrooke : peut-elle maintenir son statut, unique au Québec, d'université catholique, offrant une formation en théologie? Devra-t-elle réviser et renégocier sa charte et ses statuts? Mais plus grave encore, une telle décision, que l'on justifie par des impératifs budgétaires, constitue une sorte de pied de nez à ses origines et à son histoire. Cette université sexagénaire est issue de la volonté et de la ténacité des religieux et prêtres du temps, qui n'ont jamais vécu leurs engagements en fonction d'une logique comptable, dans la gratuité. On n'a peut-être pas pesé la portée historique et symbolique d'une telle décision.

Le fait de faire disparaître la théologie du paysage universitaire de Sherbrooke devient le symbole de toute notre société, qui a peu de souci de sa fibre spirituelle et religieuse et se plaint de l'envahissement d'autres systèmes de croyances. Le désert croît, disait Nietzsche. Pourtant, le contexte actuel plaide pour une solide formation dans le territoire religieux et théologique, à la fois dans la lucidité face aux enjeux nouveaux et dans la fidélité à un héritage riche de sens. Prononcer la mort de la théologie, à moyen et long terme, c'est un recul pour la culture, qu'on soit croyant ou non.

Le théologique et le religieux apportent une contribution spécifique à l'élaboration d'une pensée critique dans nos sociétés, et leur transfert dans un centre informe et flou est à risque de diluer la force de provocation de leurs questionnements. Le profil d'un centre universitaire est davantage ajusté à des disciplines à visées pratiques, alors que la théologie et les études religieuses sont des disciplines de modèle fondamental, non opératoires ou professionnalisantes. Leurs recherches ont des répercussions moins vérifiables que les technosciences comme le génie ou la physique, mais qui ne sont pas moins essentielles à la vie en société, surtout dans ce nouveau profil plurireligieux et pluriculturel qui est le nôtre. Mais est-il raisonnable de protéger ce que j'aime identifier comme l'inutile indispensable? Tout ne se mesure pas à l'utilité, au pragmatisme, à la rentabilité financière. Y a-t-il moyen de maintenir non seulement des bouts de programmes, mais une identité clairement visible des disciplines spécialisées dans le théologique et le religieux? Y a-t-il d'autres avenues possibles?

Je fais partie de la première cohorte de diplômés de théologie, en 1965. J'ai été vice-doyen, doyen et je suis toujours professeur associé dans cette faculté. J'ai été vice-recteur à la communauté universitaire pendant sept ans. Je comprends les difficultés énormes que les décideurs ont à affronter, surtout dans la période actuelle. La petite faculté a vécu de nombreuses tempêtes depuis sa fondation. Elle a survécu avec courage et ingéniosité. Elle avait et a toujours l'ambition d'être comme l'âme de notre institution. Aujourd'hui comme avant, elle s'est trouvée prisonnière d'un scénario où sa fragilité la rend plus vulnérable, surtout dans un bras de fer vraiment inégal où le seul argument qui semble valoir est celui de l'équilibre budgétaire. Peut-on examiner plus à fond d'autres scénarios, avec imagination et solidarité de tous les acteurs concernés?

Jean Desclos

Professeur associé à la FATER

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