La faculté de théologie toujours vivante

L'annonce de la fermeture de la faculté de théologie et d'études religieuses a... (Archives La Tribune, Maxime Picard)

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Archives La Tribune, Maxime Picard

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L'annonce de la fermeture de la faculté de théologie et d'études religieuses a été faite sans coup de semonce, sans tambour ni trompette, ce qui nous a semblé un peu cavalier. Mais nous ne sommes pas d'avis que le temps soit venu d'en sonner le glas.

On a pu lire dans La Tribune du 14 janvier que « Ce n'est pas une obligation pour une université d'avoir une faculté de théologie. Il y en a ailleurs ». Laissons à son auteur sa vision étriquée de la question. Quant aux chiffres fantaisistes qu'il évoque pour évaluer sa clientèle, ils nous laissent plus que perplexes. C'est plutôt étonnant de la part de quelqu'un qui a été nommé « ambassadeur » de notre Faculté. Son erreur est de considérer l'Université comme une entreprise régie par les seules lois du marché, et n'ayant d'autre fonction que de gérer l'offre et la demande. Dans une telle perspective, on peut comprendre qu'un Conseil d'administration ou toute autre instance décisionnelle puisse songer à couper où bon lui semble. Nos gouvernements, obsédés à l'évidence par la logique comptable, n'agissent pas autrement. Ils semblent porter peu d'attention à toutes les conséquences de leurs gestes sur le bien-être de la population. En sabrant dans le budget de certains ministères comme ceux de la Santé et de l'Éducation, ce sont des personnes qu'ils mettent à mal. Ils en prennent conscience après coup. Trop tard.

La théologie n'est pas une intruse à l'Université. Depuis le Moyen Âge, elle est considérée comme un de ses éléments constitutifs, au même titre que les études littéraires, les sciences et la philosophie. Ces dernières ont beaucoup évolué depuis, il en est de même de la théologie. À travers toute leur histoire, les universités ont voulu rester fidèles à leur mission : transmettre et diffuser l'universalité du savoir. La faculté de théologie de Sherbrooke, dès sa fondation, s'est voulue, présentée, affirmée comme entièrement universitaire. Et dès 1968, le Doyen d'alors introduisait un programme de « sciences humaines des religions » pour que la théologie puisse se faire « décaper » et non rester repliée sur elle-même.

La théologie comme telle n'est pas de l'ordre de la prédication, elle est un savoir propre qui exerce une fonction critique, en partenariat avec des disciplines comme la philosophie, l'histoire, l'anthropologie, les sciences des textes, la sociologie, la psychologie... Elle a ainsi une fonction éminemment culturelle. Elle a aussi une fonction sociale : elle aide des personnes à orienter leur quête de sens, à répondre aux questions fondamentales qui hantent ceux et celles qui réfléchissent sur la condition humaine, et qui se demandent avec Kant : « Qui suis-je? Que dois-je faire? Que suis-je en droit d'espérer? ». Elle exerce de plus une fonction critique éminemment pertinente dans nos sociétés où toutes les religions sont exposées à des dérives fondamentalistes insensées et meurtrières. Le « crois ou meurs » est vieux comme le monde. La théologie, pour sa part, veut rester vivante à l'université pour faire vivre. Elle désire demeurer « une foi en quête d'intelligence ».

Depuis sa fondation, la faculté de théologie a su faire preuve de vigueur, de créativité et d'ouverture aux besoins et aux attentes du monde contemporain. Cela s'est révélé non seulement à travers la diversité des programmes qu'elle a offerts, mais aussi dans ses changements de noms au fil du temps...

Nos diplômés, femmes et hommes, ont pu se trouver du travail, non seulement dans l'enseignement, mais aussi dans le milieu hospitalier, carcéral et paroissial. Le nombre de femmes que nous comptons parmi nos diplômés, et qui peuvent faire profiter leur milieu de leurs compétences, montre clairement que nous n'avons pas formé que des curés...

À plusieurs reprises au cours de son histoire, la faculté de théologie a dû traverser des zones de turbulence. Ce n'est pas d'hier qu'elle est appelée à relever le défi des compressions budgétaires. Elle a toujours réussi, à force de créativité et de volonté farouche de vivre, à surmonter les obstacles mis sur sa route.

Elle a osé, par exemple, innover en démarrant un programme d'enseignement à distance qui a connu un grand succès. Il a augmenté considérablement notre clientèle étudiante, nous a fait connaître au-delà des frontières du Québec, en Ontario, dans l'Ouest et dans les Maritimes, et jusqu'à Madagascar.

Il nous plait aussi de rappeler que cette faculté a été avant-gardiste en engageant très tôt des femmes spécifiquement pour l'enseignement théologique. Ces professeures, enracinées dans les mouvements des femmes des années 1970, ont contribué au développement et à la transmission de la théologie féministe.

Le vice-recteur aux ressources humaines et financières, Monsieur Martin Buteau, soutient qu'il ne met pas en question l'importance de la discipline, mais alors pourquoi vouloir démanteler une faculté qui est le seul lieu où elle peut réellement se développer? La sorte d'émiettement qu'il propose ne pourra contribuer qu'à dissoudre une équipe et, par conséquent, à mettre en péril l'enseignement de la théologie.

La faculté de théologie et d'études religieuses est toujours vivante, et compte bien le demeurer.

Marie Gratton

Louise Melançon

Jean-Marc Michaud

Lucien Vachon, doyen fondateur

Raymond Vaillancourt

Un groupe de professeurs retraités de la faculté

de théologie et d'études religieuses.

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