Un «fast-food» de la médecine?

Gaetan Barrette... (Archives La Presse)

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Gaetan Barrette

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La Tribune

M. le ministre de la Santé,

Je suis spécialiste en médecine de famille en pratique depuis maintenant 6 ans et demi en Estrie. En tant qu'omnipraticien, j'ai une pratique que je qualifie de polyvalente : prise en charge en cabinet, sans rendez-vous, visites à domicile, de la chirurgie mineure et, conformément aux lois en vigueur (les AMP), un minimum de 9 semaines de garde de 7 jours en établissement par année. J'étais fier de travailler dans le système de santé public du Québec. J'étais fier... jusqu'au projet de loi 20.Je suis inquiet face au projet de loi. Mon inquiétude n'est pas personnelle, mais bien envers la population chez qui nous prodiguons nos soins. Vous dites qu'avoir 1000 patients ne représente que 42 semaines de travail si on prend 25 minutes par patient par année. Mais est-ce si simple? Il s'agit de 42 semaines en cabinet; or, comme mentionné plus haut, vous m'obligez à travailler 9 semaines par an en hôpital. Ensuite, vous parlez de 25 minutes par année par patient. Me suggérez-vous donc d'abandonner ma clientèle vulnérable au profit de patients en parfaite santé pour atteindre mon quota? Me suggérez-vous d'abandonner ma clientèle à domicile?

M. Barrette, il faut vous remettre en perspective face à la réalité des spécialistes en médecine de famille. Nous ne soignons pas des maladies. Nous ne soignons pas un résultat de laboratoire. Nous ne soignons même pas un patient. Nous prenons soin d'êtres humains, de personnes. Des personnes qui ont des émotions, un vécu particulier et différent. Des personnes qui ont des craintes, des inquiétudes, des questions. Des personnes que je vais connaître parfois pendant 40 ans. Des personnes qui vont aller bien pendant une période, mais qui vont aussi vivre des épreuves difficiles. Des personnes qui vont avoir besoin de mes soins, mais aussi de mon écoute. Avec le projet de loi 20, vous me demandez de traiter ces êtres humains en numéro, en résultat, en radiographie, sans compassion, sans humanité. Vous me demandez d'ignorer leurs émotions, leurs questions. Vous me demandez d'être... un « fast-food ».

La balle est dans votre camp. Choisirez-vous des soins de qualité pour la population du Québec, des soins dignes des standards de notre ordre professionnel? Ou bien choisirez-vous des soins à la chaîne, de production et vite faits? J'espère que vous choisirez que les Québécois auront toujours droit à des soins de qualité et non à être traités comme de vulgaires objets sur une chaîne de montage... Je dis non à une médecine de quantité et oui à une médecine de qualité. Je dis non à une médecine centrée sur la performance et sur les quotas, mais je dis oui à une médecine centrée sur le patient.

En passant, comme le gouvernement cherche à économiser, j'aurais une suggestion à vous faire. Si votre gouvernement n'atteint pas ses objectifs, ses cibles, ses quotas, qui sont déterminés par vos promesses électorales, pourquoi ne pas remettre 30 % de vos revenus bruts, primes et bonis à l'État? Ce n'est, après tout, qu'un simple petit bâton de rien du tout...

Dr François Roy

Spécialiste en médecine de famille

Clinique médicale des Papetiers, Windsor

Professeur d'enseignement clinique affilié

au département de médecine de famille

de l'Université de Sherbrooke

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