Pour ne pas faire table rase du passé à Lac-Mégantic

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De nombreuses questions demeurent sans réponse en ce qui concerne l'argumentaire mis de l'avant par la municipalité de Lac-Mégantic pour justifier la démolition de la presque totalité des édifices se trouvant dans la «zone rouge». En tant que spécialiste d'histoire urbaine, il ne m'appartient pas de me prononcer sur la validité des études sur lesquelles s'appuie la décision du conseil municipal. Je peux toutefois me prononcer sur l'impact social et culturel que risque d'avoir cette démolition. Comme le démontrent éloquemment des exemples comme le Quartier DIX30, on ne peut pas (re)créer un centre-ville de toutes pièces. Tout au plus obtiendra-t-on des espaces aussi banals qu'homogènes sur le plan architectural, où ne passent rapidement que des consommateurs.

Ce n'est certainement pas ce qu'était le centre-ville de Lac-Mégantic avant la tragédie de l'été 2013. Au fil du temps, les citoyens l'ont investi de sens, de souvenir, d'une mémoire. Le démolir entièrement, c'est faire violence à ce sentiment d'appartenance, c'est choisir l'amnésie plutôt que la mémoire- même si cette mémoire est porteuse d'une part de souffrance. En guise de comparaison, on peut penser aux nombreux témoignages provenant d'anciens résidents de quartiers disparus dans les années 1960-1970, comme le «Faubourg à m'lasse» ou Griffintown à Montréal, ou encore le Vieux Hull dans la municipalité de Gatineau. Dans tous ces cas, on a affaire à des citoyens qui déplorent et regrettent amèrement la destruction des lieux de mémoire qu'ils associent à leur passé.

Ce sont des témoignages auxquels font maintenant écho non seulement les membres du regroupement Carré Bleu, mais aussi les citoyens qui ont participé à la consultation publique organisée par la Ville et qui se sont clairement prononcés pour la conservation d'au moins une partie de l'ancien centre-ville. S'il y a une volonté compréhensible de tourner la page au sein de la communauté, il y a aussi un intérêt marqué pour la préservation d'une continuité historique au sein de cet espace. Il y a un prix à payer pour une telle démolition, et il doit être pris en compte dans le processus de décision même s'il n'est pas facile à chiffrer.

Évidemment, tout ceci n'est pas pour dire que la ville ne peut pas changer, mais il me semble difficile de croire qu'il n'est pas envisageable de conserver plus que deux bâtiments publics, qu'il s'agisse d'édifices entiers ou encore de façades qui ont contribué à donner au centre-ville de Lac-Mégantic sa personnalité. De même, les élus municipaux devraient clairement s'engager à favoriser des projets de redéveloppements reprenant certains éléments architecturaux du centre-ville et s'y intégrant harmonieusement. Pour le dire autrement, les habitants de Lac-Mégantic devraient se reconnaître dans leur nouveau centre-ville, même lorsque sa reconstruction aura été complétée. Contre la tentation de la table rase, je ne peux qu'encourager les élus de Lac-Mégantic à entreprendre la recherche d'un meilleur équilibre entre le passé et le présent dans leurs efforts pour ramener à la vie leur centre-ville.

Harold Bérubé

Département d'histoire

Université de Sherbrooke

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