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Vingt-cinq ans après Polytechnique, qu'en est-il de la misogynie?

Aujourd'hui marque le triste 25e anniversaire de la tragédie de Polytechnique.... (Hervé Philippe)

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Hervé Philippe

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La Tribune

Aujourd'hui marque le triste 25e anniversaire de la tragédie de Polytechnique. Le 6 décembre 1989, Marc Lépine s'est présenté à l'école Polytechnique avec sa mitraillette. Il s'est rendu dans une classe où il a demandé aux hommes de sortir et a séquestré les femmes. Il leur a partagé sa haine des féministes, puis a fait feu sur elles. Il s'est déplacé dans l'école, a fait feu à plusieurs reprises, après quoi il s'est suicidé. Marc Lépine aura tué, le 6 décembre 1989, 14 femmes.

Il faut comprendre que son geste était profondément misogyne. En plus de l'avoir clairement manifesté au moment de tirer - et même avant, sur des blogues antiféministes - il a laissé derrière lui une lettre qui exprimait ouvertement sa haine des femmes. Dans cette lettre, il mentionnait sans ambiguïté que son geste était politique, qu'il visait directement les féministes, déclarant qu'elles lui avaient volé sa place à la Polytechnique.

Malgré la lucidité déconcertante avec laquelle Marc Lépine a expliqué le crime qu'il a commis, plusieurs l'ont diagnostiqué - c'était un fou furieux - d'autres l'ont excusé - les féministes sont allées trop loin - et certains ont même poussé l'audace jusqu'à en faire un héros - en 1990, un hommage à Marc Lépine a été rendu sur la base militaire de Petawawa située en Ontario. Également, à la suite de la tragédie, plusieurs hommes ont affirmé s'identifier au tueur, se reconnaître en lui.

Plus récemment, une lettre de menace a été adressée à l'Université d'État de l'Utah qui s'apprêtait à recevoir la conférence d'Anita Sarkeesian, vidéoblogueuse féministe qui s'intéresse, entre autres, aux représentations des femmes dans les jeux vidéo. L'auteur du message menaçait de provoquer un massacre aussi important que celui survenu à l'École Polytechnique en 1989 si l'Université n'annulait pas la conférence. Ce dernier adoptait un discours similaire à celui de Marc Lépine qu'il vénérait, affirmant que le tueur était un héros pour tous les hommes puisqu'il s'était opposé à l'influence toxique des féministes sur la masculinité.

En 2014, 25 ans après la tuerie de Polytechnique, la misogynie dont a fait preuve Marc Lépine est encore bien présente dans notre société. Les femmes vivent dans un monde hostile à leur égard : les statistiques évoquant la violence envers les femmes le démontrent année après année. D'ailleurs, le mot-clic #AgressionNonDénoncée paru dans les dernières semaines a permis de mettre des visages sur ces chiffres éloquents, mais trop souvent contredits. Parmi ces femmes ayant dévoilé les violences qu'elles ont subies, se retrouve peut-être votre mère, votre soeur, votre amie, votre voisine, votre collègue. Ces femmes, que vous connaissez sans doute, ont des ambitions, des passions, une carrière, des familles, tout comme en avaient les 14 femmes qui ont été tuées le 6 décembre 1989. N'oublions jamais qui elles étaient :

Geneviève Bergeron, Hélène Colgan, Nathalie Croteau, Barbara Daigneault, Anne-Marie Edward, Maud Haviernick, Barbara Maria Klucznik, Maryse Laganière, Maryse Leclair, Anne-Marie Lemay, Sonia Pelletier, Michèle Richard, Annie St-Arneault, et Annie Turcotte.

Marilynn Lévesques et Stéphanie Tremblay

CALACS Agression Estrie

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