À l'assaut des services publics

Les enseignants du Cégep de Sherbrooke manifestent ce matin sur le campus parce... (Imacom, René Marquis)

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Imacom, René Marquis

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La Tribune

Les enseignants du Cégep de Sherbrooke manifestent ce matin sur le campus parce qu'ils refusent la logique d'austérité du gouvernement Couillard. Le 13 novembre dernier, Yves Bolduc annonçait de nouvelles coupures qui amputeront - à nouveau! - le budget du cégep de 400 000 $.

Au total, c'est 1,5 M$ qui a été coupé depuis 5 ans. Alors qu'on sait désormais que les politiques d'austérité produisent une stagnation économique et, par conséquent, font reculer les revenus de l'État, on peut se demander qui croit encore à la rhétorique gouvernementale des « choix douloureux » visant à « équilibrer les finances publiques ».

De deux choses l'une : soit il y a grave incompétence, soit on nous cache les véritables motifs de l'austérité.

Le gouvernement justifie la destruction de l'État québécois qu'il coordonne présentement par la dette léguée à la prochaine génération et par l'idée de redonner aux entreprises une marge de manoeuvre pour relancer l'économie. Cette approche conservatrice de la gestion des finances publiques pose en principe que les dépenses gouvernementales constituent des pertes nettes, un peu comme si on achetait une automobile ou de la nourriture. Pourtant, les déboursés publics ont un effet multiplicateur positif reconnu par la plupart des économistes depuis John Maynard Keynes. Selon le FMI, cet effet multiplicateur est, depuis 2007, de 1,7. Chaque dollar investi par l'État crée 1,70 $ de richesse comptabilisée au PIB. Tirons la conséquence : les services publics ne sont pas à la remorque de la « création de richesse » : ils la créent, littéralement, et cela avec un taux de productivité remarquable.

Ce n'est pas tout. Les services publics sont essentiels non seulement à notre développement économique, mais aussi à notre développement social, c'est-à-dire à la manière dont notre société met en place les conditions favorables au développement du plein potentiel des êtres humains qui la composent. Aux côtés de la santé, de l'égalité et de tout ce qui atteste d'une mise en oeuvre des droits humains, l'éducation est ici à la fois un indicateur et un véhicule de développement incontournable. Sans la présence d'une population scolarisée, critique et capable de mettre son savoir et ses habiletés au service de la collectivité, le développement économique, s'il y en a, rime avec inégalités. Joseph Stiglitz, prix Nobel d'économie, soutient que la mobilité sociale est en panne en sol américain essentiellement parce que son système d'éducation est trop élitiste et peu abordable. L'histoire du Québec moderne fournit d'ailleurs un exemple éclatant de l'importance sociale d'un investissement massif en éducation.

Au final, les coupes actuelles sont incompréhensibles en dehors de l'idéologie néolibérale selon laquelle le rôle de l'État est de faciliter l'ouverture de nouveaux marchés à l'investissement privé, ces marchés fussent-ils les services publics eux-mêmes. Réduire les droits de tous à des occasions de profit pour le 1 % : voilà l'idée qui guide l'assaut actuel contre les services publics.

Claire Denis

Julie Dionne

Louis Desmeules

Kavin Hébert

Philippe Langlois

Steve McKay

Alain Poulain

Enseignant-es, membres du comité-école et société du SPECS-CSN

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