Place Nikitotek : beaucoup de mythes, peu de réalisme

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Il y a tout d'abord quelques mythes à défaire par rapport à la tenue du spectacle Cowboys à la Place Nikitotek.

Mythe 1 : le promoteur, Québecissime, a investi dans le projet. Puisqu'on parle ici d'un projet économique, il faut donner aux mots le sens qu'ils prennent dans ce contexte. En économie, l'investissement fait principalement référence à l'acquisition de moyens de production, pour remplacer du matériel obsolète, améliorer la productivité ou accroître la capacité de production. Bref, il s'agit d'engager une dépense importante aujourd'hui pour en retirer un bénéfice futur. Clairement, le promoteur de Cowboys n'a pas fait d'investissement majeur : il a plutôt fait des dépenses (salaires, transport du matériel, entretien des costumes, etc.). Rappelons que le spectacle était déjà monté puisqu'il avait été joué dans au moins cinq villes avant Sherbrooke.

Mythe 2 : le promoteur assumait 100 % du risque financier. Afin de pouvoir faire cette affirmation, il aurait fallu que le promoteur assume 100 % des dépenses reliées au spectacle. Le 400 000 $ fourni par la ville de Sherbrooke et Destination Sherbrooke permettait au promoteur de ne pas avoir de frais à payer pour la location de la salle et la promotion du spectacle. N'ayant pas à assumer ces dépenses, le risque financier est donc limité. Si l'on fait la supposition que les 9849 spectateurs ont tous payé leur billet au plein prix, soit 52 $, le promoteur a fait 512 148 $ de revenu, soit juste un peu plus que ce que la Ville lui a donné en avantages. Si l'on tient compte du fait que des billets gratuits sont souvent associés à des commandites publicitaires, et il y en a eu pour 442 656 $, on peut penser que le producteur a touché un revenu qui se rapproche pas mal de la «subvention» donnée par Sherbrooke et Destination Sherbrooke. Cela nous donne une idée de la faiblesse du risque réel pour le promoteur quand les revenus équivalent l'aide financière.

Mythe 3 : le spectacle a été une réussite, le country est un style musical populaire. Les personnes qui sont venues voir le spectacle étaient bien entendues amatrices de country puisque le taux de satisfaction à l'égard du spectacle semble avoir été élevé. Cependant, quand on regarde l'achalandage, force est de constater que l'engouement est relativement faible. Cet été, 9849 personnes ont vu le spectacle Cowboys qui a été présenté à 24 reprises. La première année d'Omaterra, 15 371 personnes ont payé pour assister à l'une des 26 représentations. Même Traces, considéré aussi comme un échec, a réussi à attirer autant de spectateurs que Cowboys, et cela avec la moitié moins de représentations. Difficile de soutenir que Cowboys fut un succès retentissant. Qu'en sera-t-il de l'engouement l'été prochain alors que le spectacle sera en reprise?

Mythe 4 : les retombées économiques ont été de 948 562 $. Tout d'abord, les retombées économiques, par définition, font référence, dans le cas qui nous occupe, aux dépenses des gens provenant de l'extérieur de la ville de Sherbrooke. Les retombées seraient donc plutôt de 747 664 $. De plus, comme le prix des billets fait partie des dépenses, et que le promoteur provient de l'extérieur de Sherbrooke, on doit déduire des retombées le profit du promoteur et les dépenses pour le spectacle encourues à l'extérieur de Sherbrooke. Voilà qui réduit encore les retombées potentielles. Plus inquiétant, cependant, c'est qu'étant donné le taux élevé de non-réponse (72 %) du sondage qui a servi à estimer les retombées économiques, on se demande si l'on peut utiliser les statistiques qui en sont tirées. À ce propos, Statistique Canada ne publie pas les résultats de son Enquête nationale auprès des ménages si le taux de non-réponse est supérieur à 50%.

Malgré ces résultats mitigés en regard de l'effort financier demandé aux contribuables sherbrookois, voilà qu'on parle d'investir à nouveau dans la place Nikitotek pour garnir les gradins d'un toit. Un toit sans mur, est-ce réaliste pour se protéger des intempéries? On se rapproche de plus en plus d'une salle fermée alors que le Granada n'est qu'à quelques enjambées. Depuis le début de l'aventure Nikitotek, plus de 6,9 millions ont été aspirés vers ce projet alors que les retombées économiques n'atteignent même pas 5,5 millions, et encore il faut être convaincu qu'elles ont été bien estimées. Sur la base de l'expérience passée, on ne peut espérer récupérer le manque à gagner avant quatre ans. Vouloir ajouter un autre million de dollars dans ce projet, pour la construction d'un toit, relève d'un entêtement qu'on n'observe que quand il est question de l'argent des autres.

Comme élue du district du Pin-Solitaire, je ne peux également pas passer sous silence le fait que le spectacle Cowboys a créé des nuisances sonores importantes dans notre secteur durant 24 soirs cet été. Il y a des spectacles à cet endroit depuis cinq ans. C'est la première année qu'il y a des gens qui se plaignent du bruit. Ce type de spectacle, à proximité de quartiers résidentiels, n'est pas approprié.

En conclusion, je m'opposerai à nouveau à toute dépense additionnelle, d'opération ou d'immobilisation, à la place Nikitotek. Je le ferai avec encore plus de vigueur étant donné l'état de détérioration avancée de certaines rues et le fait qu'on parle de hausser pour une deuxième année consécutive le compte de taxes des citoyens au-delà de l'inflation. L'argent se fait rare, il faut le dépenser aux bons endroits.

Hélène Dauphinais

Économiste et conseillère municipale

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