Le français à l'école, qu'ossa donne?

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Depuis quelque temps, le ministre Bolduc, estimant que la philosophie et la littérature au cégep constituent un obstacle au diplôme, voudrait les abolir afin que l'école rende la jeunesse plus apte à travailler. Vision édulcorée plaçant dans l'angle mort les fondements mêmes d'un système d'éducation au sein d'une saine démocratie.

Si la formation spécifique au collégial dispose à l'emploi, la formation générale, elle, prépare à faire face à la vie dans et par-delà le travail. Mais comment y arriver quand de nombreux jeunes arrivent au cégep, après onze longues années d'école, analphabètes, inaptes à déchiffrer une fable de La Fontaine qu'un enfant à la fin du primaire devrait saisir? L'école ne peut pas se permettre d'échouer à ce point à former des êtres qui devraient, dans l'ordre des choses, pouvoir comprendre qui ils sont et lutter contre le fanatisme, la violence, l'injustice, voire ce qui mine la condition et la dignité humaines. Il apparaît peu probable que la compassion, le respect, l'ouverture, le rêve ou l'imagination naissent du ventre de la stricte divine économie.

Sans préjudice au courage de nombreux enseignants que la formation défaillante confine à l'inculture et qui, malgré tout, s'échinent et s'usent la santé à tenir à bout de bras une école qui s'effondre sous leur regard impuissant, l'école secondaire ne prépare pas nos jeunes à des études collégiales. Mais quelle est donc la source de cette anémie généralisée dont les jeunes sont les premières victimes? Les grands responsables de ce dépérissement en éducation sont les politiciens mal avisés, les didacticiens et les pédagogues du socioconstructivisme ambiant, qui défendent au nom de la culture pédagogique mise au service de l'économie de marché, leurs ténébreuses théories romantiques par lesquelles ils embrument le cerveau des femmes et des hommes du monde en devenir. Les jeunes eux-mêmes, peinant à réfléchir parce que mal outillés lorsqu'ils arrivent au cégep, reprochent à l'école de les avoir dépossédés de savoirs et amputés de leur langue, celle qu'il leur faudrait pour comprendre Montaigne ou Voltaire causant de fanatisme ou d'autres excès qui privent les humains de leur humanité. Universels dans le temps et l'espace, ces grands penseurs du passé discutent des enjeux fondamentaux qui guettent le monde contemporain. On n'a pas le droit de se priver du passé au nom d'impératifs myopes que commande le marché de l'emploi.

La longue caravane humaine qui défile devant nos yeux de professeurs chaque jour est privée de sa propre lumière. Cette caravane est celle que forment les femmes et les hommes d'aujourd'hui qui souffrent, mais à qui on ne daigne pas offrir les moyens de comprendre leur souffrance et leur finitude et de les nommer. Leur tête est belle, mais leur bouche est noircie de mauvaise encre qui tache, leur refusant le Beau et son droit à être reconnu et nommé quand le travail ne suffit plus à nourrir l'âme.

Daniel Loiselle

Professeur au Cégep de Sherbrooke et président de l'Association des professionnels de l'enseignement du français au collégial

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