Les vraies questions doivent se poser

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Ces derniers jours, la population a pris connaissance de dépenses exorbitantes d'organismes municipaux pour l'achat de services de communication.

Je tiens à préciser que je n'ai aucun intérêt dans cette intervention, puisque mon entreprise ne fait plus de développement depuis 2010. Ce qui m'amène à intervenir, c'est plutôt mon expérience comme président du comité exécutif (autrefois comité administratif), conseiller municipal du centre-ville et chef de cabinet de la mairie.

Malgré ma semi-retraite, mon intérêt pour la politique municipale m'habite toujours et j'avoue avoir été renversé par l'orgie (appelons un chat, un chat) de ces dépenses de fonds publics. Il semble que ces derniers soient distribués à quelques firmes très proches de l'administration municipale.

Pour en avoir fait les frais en 2005, je m'étonne du silence de certains médias qui avaient mené la charge contre mon entreprise pour des montants qui apparaîtraient aujourd'hui totalement ridicules, eu égard aux chiffres dévoilés récemment.Commerce Sherbrooke est un bel exemple de gaspillage de fonds publics. Comment un organisme consultatif peut-il dépenser près d'un demi-million $ en trois ans et demi pour des services de communication? Des dépenses qui, essentiellement servent à faire son autopromotion et donner l'impression de servir à quelque chose. De son coté, la firme de communication Nadeau Bellavance propose à son client des activités de promotion à grand déploiement, tels des colloques, les Rendez-vous du commerce, des conférences, bref, des stratégies qui génèrent systématiquement de nouveaux mandats, soit une sorte « d'autogénération » d'honoraires.Ce qui semble le plus étonnant, c'est qu'entre 2010 et 2014, personne au comité exécutif ne s'est interrogé sur ces dépenses extravagantes, pas plus au conseil d'administration de Commerce Sherbrooke!

Y aurait-il autour de l'administration Sévigny-Paquin un climat de peur qui limite le droit de poser des questions? Les deux ou trois personnes qui ont le courage d'essayer ne sont-elles pas rapidement isolées et intimidées? Pour d'autres, la crainte de perdre un poste payant contribuerait-elle au mutisme?Voilà une excellente occasion pour le conseil municipal d'affirmer son autorité et de reprendre le contrôle de son administration. La période d'étude budgétaire vise justement à revoir certaines dépenses qui, au fil des ans, ont littéralement explosé. C'est également le temps de se questionner sur la pertinence de certains organismes, leurs mandats, leurs résultats, bref de faire le bilan et prendre des décisions courageuses.C'est le cas de Commerce Sherbrooke! À quoi sert cet organisme? Mis à part les activités « autogénérées » ainsi que l'Observatoire commercial, où sont les résultats? Quels sont les nouveaux commerces, programmes (Rue principale) ou autre activité reliée au secteur commercial qui n'aurait pu se réaliser sans Commerce Sherbrooke? Selon moi, très peu de choses et la raison en est fort simple.

Commerce Sherbrooke est avant tout un instrument politique. Il sert essentiellement à diriger le développement commercial vers des intérêts politiques. Totalement créé à partir de la défunte Corporation du centre-ville et mené dans l'ombre par le conseiller du centre-ville et président du comité exécutif, l'ADN n'a pas changé. Voilà pourquoi la plupart des orientations de développement commercial pour l'ensemble de la ville, les avis positifs ou négatifs sur des projets, tout comme les budgets de programme incitatifs mènent presque toujours vers le centre-ville.

Contexte budgétaire difficile

Dans un contexte budgétaire difficile où les revenus sont stagnants, les dépenses en croissance, sans compter les millions de dollars pour renflouer les caisses de retraite, ne serait-ce pas l'occasion de questionner la pertinence de certains organismes tel que Commerce Sherbrooke et penser à optimiser l'utilisation des taxes que paient les contribuables sherbrookois. Sherbrooke compte deux chambres de commerce. Certains disent que c'est trop, d'autres pensent que cela reflète le dynamisme du secteur commercial. Alors la question : est-il vraiment nécessaire que la Ville finance une troisième chambre à même les taxes des citoyens? Ne serait-il pas plus intelligent et stratégique de développer des partenariats avec nos deux chambres?

De toute évidence, les activités organisées par Commerce Sherbrooke seraient facilement réalisables par les deux chambres. D'ailleurs, l'animation du milieu commercial n'est-elle pas à la base même du mandat d'une chambre de commerce? Ces dernières organisent annuellement des galas reconnaissance, conférences de prestige, ateliers de formation... Pourquoi n'auraient-elles pas pu organiser Les Rendez-vous du commerce du 28 octobre?

Ne serait-il pas plus économique de leur offrir un soutien financier pour élargir leurs programmes d'activités et prendre la responsabilité de l'Observatoire commercial plutôt que de maintenir une imposante structure comme celle de Commerce Sherbrooke, qui coûte plus de 1,2M$ par année. Pour ce qui est de la planification du développement commercial, ce mandat appartient déjà au Service de la planification, du développement et de l'urbanisme de la Ville.

Ce service est supporté par un comité consultatif d'urbanisme sur lequel siègent des élus, des experts ainsi que des citoyens. En quoi avons-nous besoin d'un autre conseil d'administration pour donner des avis sur la planification et le développement commercial?

Voilà donc une occasion unique pour les membres du conseil municipal de faire preuve d'audace, de poser de vraies questions et de prendre de vraies décisions.

Considérant que, pour l'année 2014, le fameux 1% d'obligation de suivre la ligne de parti a sûrement été atteint par les membres du Renouveau sherbrookois, nous nous attendons à ce que les 19 conseillers puissent s'exprimer librement et fortement dans l'intérêt supérieur des contribuables sherbrookois.

Après tout, c'est notre argent que vous gérez!

Jean-Yves Laflamme

Citoyen sherbrookois et ex-conseiller municipal, ex-président du comité exécutif, ex-chef de cabinet à la mairie

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