Un nouveau dynamisme

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La Tribune

En nommant respectivement John Kerry, Chuck Hagel et John Brennan pour diriger le Département d'État, le Pentagone et la CIA, le président Obama indique clairement la tendance qu'il veut donner à la politique étrangère américaine dans son second mandat.Ces trois hauts fonctionnaires sont connus pour être des partisans du smart power et pour partager avec Obama la même vision du rôle des États-Unis dans le monde. En ce sens, la combinaison de hard power (puissance militaire) et de soft power (diplomatie), la marque distinctive de la politique américaine durant le premier mandat d'Obama, devrait continuer.

Au cours des quatre prochaines années, la politique étrangère américaine sera marquée par un mélange de formation de coalitions, de pressions politiques et d'opérations sécuritaires secrètes comme moyens de projeter la puissance américaine afin de réaliser ses objectifs. Ces nominations promettent de donner plus de souplesse et d'espace pour rencontrer les défis anticipés des prochaines années.

Au Département d'État

En choisissant le vétéran sénateur John Kerry comme secrétaire d'État, le président garde une continuité dans la politique américaine. Kerry a été sénateur depuis près de 30 ans et président du puissant comité sénatorial des affaires étrangères. Il fut le candidat démocrate aux présidentielles américaines de 2004.

Depuis 2009, Kerry a été à plusieurs reprises l'émissaire officieux d'Obama dans différentes régions du monde. Il a ainsi joué un rôle de soutien pour un certain nombre d'initiatives en matière de politique étrangère d'Obama. Il est déjà au fait des défis auxquels il sera confronté dans son nouveau rôle et il s'est familiarisé avec un grand nombre de dirigeants dans le monde.

Sous sa direction, la politique étrangère américaine bénéficiera d'une constance, d'une main expérimentée et d'une influence apaisante. Comme sénateur, Kerry est connu pour être un partisan des négociations avec l'Iran sur son programme nucléaire et réticent à recourir à toute intervention militaire américaine pour régler ce contentieux. Par ailleurs, Kerry partage largement le point de vue d'Obama sur la question du conflit israélo-palestinien.

À la CIA

Vétéran de la CIA, dans laquelle il a gravi tous les échelons pour devenir directeur adjoint, puis conseiller d'Obama au plan de la lutte antiterrorisme, John Brennan est tout désigné pour prendre la relève du général David Petraeus à la tête de la CIA. Avec Brennan, la CIA aura un directeur dont l'expertise au plan du renseignement est très respectée.

Depuis quatre ans, John Brennan est devenu l'un des plus proches collaborateurs d'Obama. Côtoyant le président tous les jours, il a été à ses côtés dans plusieurs situations difficiles. Par rapport au Moyen-Orient, Brennan a rempli une mission au Liban en 2010, qui donne une indication de la politique que Barack Obama entend poursuivre durant son second mandat.

À la Défense

Finalement, le président a désigné Chuck Hagel, un ex-sénateur républicain du Nebraska de 1997 à 2009, pour diriger le Département de la Défense. Depuis 2009, Hagel a servi au sein du comité consultatif sur la défense d'Obama en plus d'être président du Conseil de l'Atlantique. Hagel a toujours été considéré comme une personne indépendante d'esprit. C'est cette qualité d'Hagel qui a plu à Obama alors que tous deux travaillaient au Sénat américain.

Pour Chuck Hagel, comme pour John Kerry, la guerre n'est pas une abstraction. Ils ont tous deux vécu les horreurs de la guerre au Vietnam. Hagel est revenu du Vietnam avec la conviction que la guerre n'a rien d'héroïque pour les soldats. Il apportera donc au Pentagone une propension à vouloir éviter les conflits armés.

Lors de la guerre en Irak, Hagel n'a pas hésité à se dissocier de ses collègues républicains pour s'opposer à la guerre. En ce sens, Hagel partage avec les autres membres de l'équipe de sécurité nationale d'Obama un sens des limites de la puissance militaire américaine. En dépit de ses services et de son passé républicain, la nomination d'Hagel a suscité de vives critiques au sein des sénateurs républicains, qui rejettent son réalisme dur.

La principale objection officielle des sénateurs républicains à la nomination de Chuck Hagel découle de son attitude critique à l'égard d'Israël. On lui reproche de ne pas avoir adopté un soutien inconditionnel à Israël et même d'avoir critiqué le lobby pro-israélien en déclarant qu'il était un sénateur du Nebraska, non d'Israël, et que le « lobby juif « intimidait beaucoup de personnes à Washington.

Derrière une prise de position en faveur de la sécurité d'Israël, les sénateurs républicains opposés à la nomination d'Hagel souscrivent à l'idée que si vous n'êtes pas d'accord avec la vision de la droite israélienne sur Israël, vous êtes anti-israélien. Or Hagel soutient avec Obama le principe des deux États vivant côte à côte en paix comme solution au conflit palestinien. Mais pour ce faire, il faut que la colonisation israélienne cesse. Voilà la base de l'accusation républicaine selon laquelle Hagel n'aurait pas à coeur la sécurité d'Israël.

Mais sous-jacente à cette raison, il en existe une autre officieuse. Les sénateurs républicains craignent que Chuck Hagel soit opposé au recours à des frappes préventives contre l'Iran dans le cas où Téhéran chercherait à se doter de l'arme nucléaire. Au fond, ce que les sénateurs républicains reprochent à Hagel est son insistance pour tirer des leçons sur la politique étrangère républicaine sous l'administration de George W. Bush.

La formation de la nouvelle équipe d'Obama pourrait marquer le début d'une nouvelle ère dans la politique étrangère américaine. La lutte entourant la nomination de Chuck Hagel révèle les enjeux dissimulés derrière cette controverse. Les sénateurs républicains et les néoconservateurs maintiennent la vision qui a amené à déclencher la guerre d'Irak. Maintenant que Barack Obama a été réélu, il dispose d'une marge de manoeuvre plus grande pour définir une politique étrangère encore plus originale. L'arrivée d'un Chuck Hagel, qui préconise un dialogue avec le Hamas, et la nomination d'un John Kerry (ami de la famille Assad!) peuvent être perçues comme le signe d'un renouveau dans la politique étrangère américaine.

Gilles Vandal est professeur titulaire

à l'École de politique appliquée

de l'Université de Sherbrooke.

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