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Nouveau leadership politique, même réalité économique

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En décembre dernier, les Japonais ont majoritairement voté pour le changement. Déçus par les centres-gauchistes du Parti démocrate du Japon, au pouvoir depuis trois ans, ils se sont tournés à nouveau vers les conservateurs du Parti libéral-démocrate et leur chef, Shinzo Abe. Ils espèrent qu'il saura redonner une certaine stabilité au leadership politique qui fait défaut au pays depuis quelques années : il est le septième premier ministre en six ans!

Ils espèrent surtout qu'il puisse redresser l'économie du pays et la sortir de ce marasme qui lui colle à la peau. Car, il faut l'avouer, la puissance économique du Japon n'est plus ce qu'elle a déjà été. Si, pendant des années, elle était l'objet de fascination, aujourd'hui, elle est plutôt devenue une source d'inquiétude.

Plan de match double

Dès son entrée en poste le 26 décembre dernier, M. Abe a montré qu'il caresse le même espoir que ses concitoyens en annonçant que le redressement économique de son pays allait être sa grande priorité. Et pour cause! Depuis l'éclatement de la bulle spéculative et le crash boursier qui s'en est suivi en janvier 1990, la progression de l'économie japonaise a été très lente. Pendant la décennie 1990, qualifiée de « décennie perdue «, le taux de croissance du PIB a été presque nul et, pendant toute la décennie 2000, est demeuré relativement faible. La grande responsable : la déflation qui sévit depuis plus de 15 ans et qui a été un obstacle majeur à toute possibilité de reprise vigoureuse de l'économie japonaise.

Pour la contrer, le plan de match du premier ministre est double. D'un côté, il exige que la Banque centrale du Japon assouplisse davantage sa politique monétaire et injecte plus de liquidités dans l'économie afin de doubler son objectif initial d'inflation fixé à 1 %. De l'autre, il propose un vaste programme de relance axé sur les grands travaux et l'innovation. En plus de stimuler l'activité économique, ces chantiers assureraient la rénovation des infrastructures japonaises vieillissantes.

M. Abe espère ainsi non seulement lutter contre la déflation, mais stopper aussi l'appréciation du yen qui nuit à la compétitivité des entreprises japonaises sur les marchés étrangers, tout en relançant la consommation et les investissements domestiques.

Mais, au-delà de ces initiatives éclatantes, le premier ministre devra faire face très rapidement à la douloureuse réalité des finances publiques du pays : elles sont dans un état tellement précaire que la marge de manoeuvre dont il disposera sera bien mince.

Finances publiques : au secours!

En effet, depuis quelques années, le pays s'est enlisé dans une spirale d'endettement assez dramatique. Faut-il le rappeler : le Japon n'a pas présenté un budget équilibré ou excédentaire depuis presque 20 ans et ça ne sera certainement pas le cas cette année. Malgré les efforts du gouvernement pour réduire le déficit budgétaire, le FMI prévoit qu'il avoisinera quand même les 8 % du PIB en 2013 (presque le double du déficit du Canada). Quant à la dette publique brute, elle fracassera un nouveau record et culminera à environ 240 % du PIB. À titre comparatif, la dette de la Grèce sera de 156 %, l'Irlande de 125 %, l'Italie de 119 % et l'Allemagne de 77 %.

On pourra toujours plaider que la dette japonaise est détenue à environ 95 % par des agents économiques nationaux (institutions bancaires, compagnies d'assurance, particuliers...), que les pressions des agences de notation comme Fitch, Moody's ou Standard & Poor's sont sans importance et que les obligations japonaises se négocient à des taux de moins de 1 %. Il n'en demeure pas moins que ce niveau d'endettement est trop élevé et que, tôt ou tard, pour éviter une catastrophe financière, il faudra le ramener à des niveaux plus réalistes et plus tenables.

Des atouts, mais...

En ce sens, M. Abe est certainement conscient que son pays va très mal et que le redressement économique du Japon ne sera pas facile, encore moins l'assainissement des finances publiques. Heureusement pour lui, il pourra miser sur quelques atouts précieux dans « sa croisade « pour restaurer la puissance économique japonaise.

En premier lieu, le Japon est encore la troisième puissance économique au monde, il continue d'attirer les capitaux étrangers et ses grandes multinationales sont encore très dynamiques (Toyota a d'ailleurs repris son rang de premier constructeur automobile mondial cette année). Ensuite, il y a le taux de chômage qui demeure faible à environ 4,5 %, un niveau enviable lorsqu'on le compare à celui des États-Unis (8 %) ou encore à celui de la zone euro (11,8 %).

C'est sans oublier cette résilience qui caractérise le peuple japonais et dont on a été témoin à plusieurs reprises, tout particulièrement lors du tsunami et de la catastrophe de la centrale nucléaire de Fukushima qui s'ensuivit.

Mais, il ne faut pas se leurrer, ces atouts ne seront pas suffisants pour sortir le Japon de sa torpeur et restaurer sa puissance économique, comme le souhaite M. Abe. Ça va prendre bien plus : du courage et des actions tangibles de sa part, et des efforts et des sacrifices de la part de son peuple.

C'est ça, le vrai plan de match!

Khalid Adnane est économiste à l'École de politique appliquée

et au Département d'histoire de l'Université de Sherbrooke.

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