La victoire technologique de Barack Obama

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La Tribune

À la grande surprise de Mitt Romney et des républicains, Barack Obama a réussi à remporter une victoire convaincante le 6_novembre dernier. Sa victoire repose sur l'appui de95 % des Afro-américains, de 71 % des Latinos, de 60 % des jeunes de moins de 40_ans et de 55 % des femmes. En regardant les résultats et les politiques énoncées par Obama au cours des 12_derniers mois, Mitt Romney a conclu qu'Obama avait gagné parce qu'il avait su acheter le vote de ses partisans. Mais cette explication est un peu simpliste.

Il y a un aspect que l'on oublie trop facilement : l'organisation sur le terrain. Barack Obama a gagné parce qu'il disposait d'un avantage technologique sur son adversaire qui a permis à sa campagne de cibler les électeurs potentiels et de faire sortir son vote.

En 2008, l'équipe Obama a transformé les campagnes électorales en recourant sur une large échelle à internet comme moyen de rejoindre les électeurs, collecter les fonds et contrer la publicité négative. De plus, l'équipe Obama était la première à utiliser YouTube et les médias sociaux comme Facebook ou Twitter. Elle avait pu ainsi transformer des millions de partisans en une armée de bénévoles.

En 2012, l'équipe Obama a largement raffiné les méthodes employées en 2008. Par exemple, deux millions de personnes étaient inscrites en 2008 sur le site de Barack Obama sur Facebook. En 2012, ils étaient 33 millions. De plus, l'équipe Obama utilisa Facebook sur une large échelle comme moyen de faire sortir le vote et de soutenir les efforts des bénévoles sur le terrain. Les organisateurs de la campagne d'Obama affirment avoir pu ainsi convaincre une personne sur cinq qu'ils avaient contactée par Facebook de devenir bénévole pour Obama.

En dépit des éloges que les organisateurs de la campagne d'Obama avaient reçus pour leurs innovations high-tech, la campagne de 2008 avait souffert de faiblesses majeures. Les organisateurs disposaient d'un trop grand nombre de bases de données qui n'étaient pas reliées entre elles. Les bénévoles sur le terrain disposaient de listes différentes de celles des personnes effectuant des appels téléphoniques ou collectant des fonds. Les différents secteurs ne se partageaient pas les informations.

220 millions d'Américains fichés

Au début de 2011, l'équipe d'informaticiens et d'analystes de la campagne Obama, cinq fois plus grande que celle de 2008, a conçu un système «informatique en nuage» fonctionnant sur le service Amazon. Ce système a permis de fusionner quelque 200 programmes différents comprenant entre autres un tableau de bord, les listes téléphoniques, le site internet de la campagne, le traitement des dons, etc. Des données disparates provenant de firmes de sondages, de groupes de consommation, de collecteurs de fonds, de bénévoles sur le terrain et de contacts au sein des médias sociaux étaient ainsi réunies dans une base unique. Les nouvelles données recueillies chaque jour étaient jointes au mégafichier. À la fin de la campagne, l'équipe Obama disposait ainsi des informations sur 220 millions d'Américains.

Mais encore fallait-il savoir comment utiliser cette immense base de données. Ce mégafichier ne disait pas comment contacter les électeurs et attirer leur attention. L'équipe Obama a du développer des tests permettant de prédire comment différents types d'électeurs répondraient à différents types d'appels ou de contacts personnalisés. Il devenait important de bien connaître le portrait des électeurs dans chaque quartier et même dans chaque rue pour leur associer des bénévoles appropriés. L'équipe Obama procéda à une vaste modalisation à travers tous les États-Unis. Cette priorité fut mise au centre de toute la campagne.

Dans le processus, rien n'était laissé au hasard. Les donateurs potentiels étaient identifiés et contactés, comment le furent les bénévoles potentiels, les électeurs désirant voter par la poste ou par anticipation. Des facteurs aussi déterminants que l'âge, le sexe, la race, le quartier et l'allégeance politique passée étaient pris en compte. Alors qu'en 2008, l'équipe Obama avait joint 69 millions d'Américains, ce furent 125 millions d'électeurs potentiels qui furent identifiés, contactés et incités à aller voter en 2012. L'équipe d'Obama contacta deux fois plus d'électeurs que celle de Romney. Dans certains états où la lutte était serrée, la différence était de trois à un en faveur d'Obama. Mais la qualité des contacts était encore plus importante que la quantité.

Appuyés par les informations contenues dans le mégafichier, les bénévoles travaillaient en collaboration avec les équipes sur le terrain dans chaque quartier. Avant d'appeler ou de contacter personnellement un électeur, l équipe locale s'assurait que le bénévole en question possédait un profil similaire et des expériences de vie semblables à celles de la personne à être contactée. Le bénévole pouvait être ainsi plus persuasif.

L'équipe Obama a été ainsi en mesure, dans un environnement qui bouge constamment, de concevoir une approche s'ajustant aux problèmes quotidiens d'une campagne électorale et d'élaborer des solutions appropriées. Le premier objectif était de ramener au bercail les personnes qui avaient appuyé Obama en 2008, mais qui avaient depuis abandonné son camp. Le deuxième objectif fut de cibler les indépendants.

Le troisième objectif consistait à faire sortir le vote par anticipation pour libérer les bénévoles le jour du scrutin afin qu'ils contactent les indépendants ou les indécis.

En somme, la stratégie de la campagne d'Obama a pu contrer la diminution d'enthousiasme survenue chez ses partisans depuis 2008. En dépit des soubresauts de la campagne en octobre, le camp Obama, grâce aux informations fournies par le mégafichier, gardait confiance. Le camp Romney a sous-estimé le jeu au sol de l'équipe Obama. L'élection de 2012 démontre qu'en politique, l'ère des mégafichiers est arrivée.

Gilles Vandal est professeur titulaire à

l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke.

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