Parfois des bombes à retardement

Pierre-Hughes Boisvenu... (Archives La Tribune)

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Pierre-Hughes Boisvenu

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Bravo pour vos articles sur la santé mentale en Estrie (parus dans l'édition d'hier).

 

Je suis heureux de constater qu'enfin la région aura des équipes en santé mentale correspondant aux besoins des familles.

Je m'inscris toutefois en faux quant aux propos du Dr Mathieu Tittley quand il affirme que ces patients ne sont pas plus dangereux que les autres.

Il est vrai que 95 % des personnes souffrant de troubles psychiatriques, telle la schizophrénie, mènent une vie normale grâce à la prise de médicaments. Je crois que ce médecin ignore par contre la réalité policière en la matière et un court séjour dans les rues de Montréal lui injecterait un brin de réalité. À Montréal, deux interventions policières sur trois sont faites auprès de personnes souffrant de troubles mentaux. Bien que ces malades représentent 5 % de la population, ils commettent sciemment 20 % des crimes, ce qui correspond à la proportion de la population incarcérée tant au provincial qu'au fédéral.

Faut-il rappeler au psychiatre des données fort inquiétantes en matière de criminalité? Entre 1985 et 1995, le gouvernement du Québec a fermé 50 % des lits dans les institutions psychiatriques au Québec. Des régions complètes ont vu les services en santé mentale disparaître et ce pour presque deux décennies. Entre 1995 et 2011, le nombre de personnes reconnues non criminellement responsables est passé de près de 60 personnes à presque 600. Entre 2003 et 2011, le Québec a connu 125 meurtres intrafamiliaux. Les institutions pénitentiaires, tant fédérales que provinciales, ont connu une croissance disproportionnée de gens incarcérés souffrant de troubles mentaux. On en compte près de 20 % aujourd'hui.

Enfin, j'inviterais le Dr Tittley à prendre connaissance du tout dernier rapport du Parlement canadien sur la santé mentale (février 2012). Il y trouvera un diagnostic inquiétant par rapport à l'augmentation de la criminalité chez les personnes souffrant de maladie mentale à cause des manquements dans l'offre de services provinciale et dans le support à leurs familles.

En conclusion, je suis d'accord pour dire que ces personnes souffrantes ne représentent pas un danger, mais lorsqu'elles sont laissées à elles-mêmes, comme c'est souvent le cas, elles sont des bombes à retardement.

Hon. Pierre-Hugues Boisvenu

Sénateur

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