Fin février 2006, Thomas Mulcair doit abandonner le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs à la suite de son opposition, entre autres, à la privatisation d'une partie du parc du Mont-Orford préconisée par son gouvernement. Le 22 avril, la manifestation du Jour de la Terre s'organisait autour de cet enjeu et le 23 mai, une pétition de 86 000 signatures était déposée à l'Assemblée nationale contre ce projet.
Le gouvernement libéral n'en votait pas moins sous le baillon, le 12 juin, la loi 23 qui proposait à la fois la privatisation annoncée et l'agrandissement du parc du Mont-Orford vers un autre secteur. Devenu minoritaire en 2007, ce même gouvernement annulait son projet de privatisation le 7 mai et redevenu majoritaire en 2008, il faisait adopter à l'unanimité, le 26 mai 2010, la loi 90 qui assurait l'intégrité du parc du Mont-Orford.
La gérance de la station de ski du parc, confiée à la SÉPAQ depuis l'automne 2007, est transférée en juin 2011 à une corporation dépendant de la MRC de Memphrémagog, laquelle espère à terme intéresser un gestionnaire privé tout en sauvegardant la propriété publique du territoire. Ajoutons que la coalition SOS Parc Orford a joué un rôle déterminant dans cette saga et qu'elle regroupait des militants de toutes tendances politiques, y compris un ancien député du Parti libéral.
Encore plus complexe
Le problème de l'industrie de l'amiante est antérieur à celui du Mont-Orford et bien plus complexe. Les déboires de l'industrie ont commencé au milieu des années 1970 quand se multiplient aux États-Unis les procès d'anciens travailleurs contre les minières et les fabricants de produits d'amiante. Les marchés américain puis européen s'effondrent dans les années 1980 et 1990 à la suite de l'interdiction des produits d'amiante dans un nombre croissant de pays développés. La production québécoise d'amiante passe de 1 300 000 tonnes en 1976 à 337 000 tonnes en 1999!
Rien ne vient freiner cet effondrement, que ce soit la nationalisation par le Parti québécois de la britannique Bell Asbestos et de l'américaine Asbestos Corp. en 1980-1981 (SNA), la formation d'une société en commandite pour la SNA et la Lake Asbestos en 1986 (LAB Chrysotile) ou le rachat par des intérêts locaux de l'américaine Johns Manville en 1983, de l'américaine Lake Asbestos en 1989 et de la SNA en 1992. En novembre 2008, la mine Jeffrey d'Asbestos ferme ses portes pour une période indéterminée, de même que la mine Lac d'amiante de Thetford en novembre 2011.
Mais voilà qu'à la veille de l'élection de septembre 2012, le gouvernement Charest accorde un prêt de 58 millions de dollars à la mine Jeffrey pour lui permettre l'exploitation sous-terraine du minerai, malgré les protestations des écologistes, des milieux médicaux et des tiers-mondialistes qui accusent l'industrie d'exporter maintenant vers des pays émergents un produit très dangereux pour la santé publique. Il y a même une analyste principale de l'Institut Fraser (qu'on ne peut soupçonner de gauchisme) qui condamne ce prêt comme un gaspillage de fonds publics pour une industrie sans avenir.
Au cours de la campagne électorale, François Legault (13 août) puis Pauline Marois (29 août) prennent définitivement position contre la réouverture des mines d'amiante et le PQ promet d'annuler le prêt consenti à la mine Jeffrey. Aura-t-il l'appui de la CAQ à cet effet? C'est à suivre!
Enfin, le 14 septembre 2012, c'est au tour du gouvernement fédéral de jeter l'éponge en annonçant par la voix du ministre Christian Paradis qu'il ne s'opposerait plus à l'inscription de l'amiante sur la liste des substances dangereuses de la Convention de Rotterdam.
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Au terme de cette présentation, souvenons-nous que ce n'est pas tant le mérite intrinsèque d'une politique qui fait qu'elle est adoptée ou rejetée mais qu'elle dépend davantage du pouvoir et de l'influence de ceux qui la proposent ou s'y opposent. Il sera intéressant à cet égard de voir par qui et comment les enjeux publics dans les Cantons-de-l'Est seront présentés et soutenus au cours des prochaines années.
Jacques Gagnon
Sherbrooke