Alphabétisation: les oubliés du système

Il y a 10 jours, le 8 septembre, c'était la Journée internationale de... (Archives La Tribune)

Agrandir

Archives La Tribune

Partager

La Tribune

Il y a 10 jours, le 8 septembre, c'était la Journée internationale de l'alphabétisation. Qui s'en préoccupe vraiment? Pourtant, les chiffres sont éloquents. Selon l'Enquête internationale sur l'alphabétisation et les compétences des adultes (EIACA), près d'un million d'adultes québécois âgés de 16 à 65 ans ont des compétences très limitées en lecture et en écriture.

Je suis le directeur-fondateur du Centre de services éducatifs populaires du Haut-Saint-François, un organisme d'alphabétisation populaire autonome situé en milieu rural. Le Centre existe depuis 1984. Au fil des années, nous avons constaté que le phénomène de l'analphabétisme se maintenait sensiblement au même niveau. La cause ou plutôt l'une des causes? On fabrique de plus en plus d'analphabètes dans les écoles. En effet, le système d'éducation actuel contribue au maintien de cette problématique. Nous recevons beaucoup plus de jeunes issus des classes « spéciales « qu'il y a 20 ans.

Autre cause : il n'y a aucune volonté politique que cela change. On n'a qu'à regarder le financement accordé aux groupes comme le nôtre. Notre financement annuel en provenance du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport n'atteint même pas 100 000 $. Avec ce montant, nous devons rémunérer trois intervenants, payer un loyer et tout ce qui va avec (entretien, assurances, services publics, etc.) et assurer le bon fonctionnement de l'organisme. Chez nous, pas de conseiller pédagogique, pas de ressources spéciales. Même pas de secrétaire, même pas de concierge. On s'arrange comme on peut.

Les personnes qui utilisent nos services sont les oubliés du système. Ils n'ont pas réussi le parcours scolaire normal. C'étaient des élèves en difficulté qui sont devenus des décrocheurs. On les a souvent mis de côté. Malgré l'énormité des moyens consacrés à leur scolarisation, ils ont échoué. Mais nous, on a décidé de leur donner une seconde chance.

Nos participants proviennent de milieux généralement peu fortunés. Leur bagage culturel est faible. Ils ont connu des échecs répétés : échecs scolaires, échecs professionnels (mises à pied, peu de possibilités d'avancement), échecs familiaux. Ils voient souvent leurs enfants s'enligner vers un parcours identique au leur.

Nous devons souvent les reconstruire : leur redonner confiance, consolider ce qu'ils savent déjà, les enligner vers un projet personnel signifiant. Une fois cette étape franchie, plusieurs décident de faire des choix importants : retour aux études (fin des études secondaires), retour sur le marché du travail, etc.

L'an dernier, sur les 45 participants que nous avons eus, plusieurs ont trouvé de l'emploi. D'autres sont retournés aux études ou ont acquis suffisamment d'autonomie fonctionnelle pour mieux se débrouiller.

Alors, voilà! C'est ça le portrait de l'alphabétisation dans le Québec d'aujourd'hui : des besoins pressants, des moyens dérisoires, et à travers tout ça, des humains qui souffrent et d'autres qui se démènent pour les aider.

Robert Cyr, directeur

Centre de serviceséducatifs

populaires du Haut-Saint-François

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer