Pour ma part, j'en vois plusieurs. Je ne pense pas ici à la violence banalisée au cinéma ou à la télévision. Je pense à la violence du langage, des attitudes et des comportements que nous renvoient les médias jour après jour.
Je pense plutôt à cette violence à laquelle on s'habitue sans trop s'en rendre compte, sans trop la questionner: la violence des casseurs masqués - dont on ne sait jamais s'ils sont à la solde de la police - qui ont fait déraper des manifestations étudiantes qui se voulaient au départ pacifiques; la violence de certains étudiants (ou qu'on doit considérer comme des étudiants lorsqu'ils agissent à l'intérieur d'un établissement scolaire) qui font de l'agitation avec le visage en tout ou en partie masqué; la violence du gouvernement qui parle constamment d'intimidation lorsque des associations étudiantes veulent faire respecter les décisions votées majoritairement lors d'assemblées générales; la violence du gouvernement qui oppose le droit à l'éducation au droit des étudiants de débattre démocratiquement des conditions d'exercice de ce droit; la violence du gouvernement qui favorise le recours à des injonctions pour défendre le droit à l'éducation plutôt que d'inciter les étudiants à se présenter à leurs assemblées décisionnelles, à défendre leur point de vue, à se tenir debout devant ceux qui pourraient tenter de les manipuler et à vivre avec les résultats de leurs débats démocratiques; la violence du gouvernement qui tente de convaincre la population que les associations étudiantes ne sont pas régies par le Code du travail et que, en conséquence, elles ne peuvent voter démocratiquement de faire des grèves.
La liste pourrait s'allonger encore longtemps...
Mais il y a aussi une autre violence qui, comme un ver dans une pomme, finit par atteindre le coeur au mépris de la raison: la violence des politiciens qui cachent leurs procédés malhonnêtes, comme la collusion, la corruption, le trafic d'influence, pour plutôt braquer les projecteurs sur leurs adversaires avec des slogans visant à leur enlever toute crédibilité, masquant ainsi leur propre turpitude; la violence des politiciens qui utilisent constamment le mot «chicane» pour dévaloriser les débats et le choc des idées qui devraient être l'apanage des sociétés démocratiques; la violence des politiciens et influenceurs d'opinion qui prétendent détenir «le secret de la paix sociale» et qui annoncent des scénarios catastrophistes dès qu'on pense le monde en dehors de leur ordre établi.
Qui sème le vent...
Daniel Faucher
Eastman