Trois propositions pour l'éducation

Le  Québec peut s'enorgueillir d'avoir construit un système d'éducation  qui  a... (Archives La Tribune, Maxime Picard)

Agrandir

Archives La Tribune, Maxime Picard

Partager

La Tribune

Le Québec peut s'enorgueillir d'avoir construit un système d'éducation qui a fait des progrès remarquables depuis environ un demi-siècle. Je veux d'emblée lever mon chapeau à tous ces visionnaires, ces bâtisseurs et ces professeurs de tous les niveaux qui, sur le terrain, ont permis de développer le potentiel intellectuel et humain de chaque citoyen. Quoiqu'on dise, la matière grise a été, est et sera toujours la matière la plus exceptionnelle qui soit.

Le Québec d'aujourd'hui doit son niveau et sa qualité de vie au progrès de son système d'éducation. Malheureusement, je constate que l'éducation fait plus l'objet de parlotes que d'actions menant à des progrès concrets. Qui plus est, après la question des frais de scolarité, le grand risque serait de considérer clos le dossier de l'éducation. C'est pourquoi je propose des pistes d'actions qui pourraient contribuer à redonner un second souffle à la qualité de notre système d'éducation.

Des constats préoccupants

- Dans les sondages pré-électoraux, 5 à 8% des répondants seulement font de l'éducation la première priorité.

- Les budgets diminuent : au début des années 90, le budget de l'éducation était de 28 milliards $; 20 ans plus tard, il n'est plus que de 25 milliards, le budget santé ayant augmenté pour sa part de 37 à 48 milliards.

- Seulement 5% des fonds philanthropiques vont à l'éducation (W. Dow, "Dons et bénévolat au Québec"). C'est malheureusement cohérent avec le pourcentage de gens plaçant l'éducation au sommet des priorités.

- Le décrochage des étudiants du secondaire reste trop élevé malgré des initiatives réussies par ceux qui s'y consacrent avec, malheureusement, des moyens dérisoires eu égard à la gravité et à l'impact de la situation. Outre le potentiel humain gaspillé, chaque décrocheur coûtera environ 500000 $ à la société (Pierre Fortin, économiste).

- Le décrochage au doctorat atteint 40 à 45% depuis 20 ans selon les indicateurs du ministère de l'Éducation (indicateurs, 2011, p. 87): autre gaspillage de talent au plus haut sommet de la pyramide éducationnelle.

- La gestion passe désormais avant la pédagogie avec l'illusion fausse et dangereuse que l'optimisation administrative entraîne de facto une amélioration de la qualité de la formation! Les mesures qui nous sont proposées dans cette campagne électorale tombent dans ce panneau. J'affirme haut et clair que ce sera nettement insuffisant.

Après avoir créé un très bon système d'éducation, le Québec a marqué une pause fort compréhensible en se contentant d'ajustements ici ou là, au cas par cas. Cependant les constats précédents et bien d'autres sont préoccupants; ils nous incitent à réagir avec vigueur.

Trois pistes d'actions

Les idées que je soumets n'ont pas la prétention d'être des solutions clés en main; ce sont des pistes pour tenter de lancer un débat de fond qui n'a pas lieu actuellement; j'invite d'ailleurs ceux qui sont au coeur du système d'éducation et tous ceux qui ont à coeur la qualité de l'éducation à prendre part activement au débat.

1. Revaloriser l'éducation en organisant chaque année la fête de l'éducation

Pendant une semaine, ce serait la fête de l'éducation: "Chère éducation, c'est à ton tour...." Il y aurait une forte interaction entre les citoyens et les acteurs (professeurs, étudiants). Ce serait l'occasion de favoriser le plaisir d'apprendre et susciter des vocations. Il y aurait des témoignages de l'apport du savoir dans la vie de tous les jours et dans la vie professionnelle. Il y aurait des tables rondes avec notamment des enseignants, des étudiants, des parents et des employeurs échangeant sur différentes thématiques. Ce serait l'occasion de faire germer des projets collectifs. Ce serait aussi l'occasion de remettre des prix aux enseignants de tous les niveaux. Il faut absolument ramener l'éducation au sommet de nos valeurs sociétales. Vous me direz, "mais la santé, l'environnement, la lutte à la pauvreté, la culture, l'économie"? Tendez l'oreille; à chacun de ces défis, l'écho répond invariablement "qualité de l'éducation".

2. Mobiliser en nous dotant d'un plan de match

Poser d'abord un diagnostic objectif et cerner des priorités assorties de moyens pour les mettre en oeuvre. Des états généraux seraient-ils le bon format, je n'en suis pas sûr. Il faudra surtout penser système: tous les niveaux - des CPE au doctorat en passant par la formation continue et l'alphabétisation - et leurs principaux paramètres: accessibilité, qualité, réussite et ressources. La qualité résultante est celle d'un système: tous les niveaux sont importants, tous les niveaux contribuent; un système est aussi bon que son maillon le plus faible.

Il faudra aussi s'assurer de mettre en place une rétroaction constructive et régulière. Je préfère l'approche "rétro-action": prendre du recul et agir pour progresser à l'approche évaluation qui est délicate et souvent stérile.

3. Créer une fondation d'envergure (un milliard) pour innover en continu

Cette fondation aurait pour mission d'appuyer des projets visant à améliorer la qualité de la formation et la réussite des étudiants à tous les niveaux. L'originalité de cette fondation résiderait dans une démarche forçant des projets collectifs menés en coopération et débouchant sur un impact local, régional ou provincial. Il s'agirait en quelque sorte d'innovation ouverte appliquée à l'éducation. Cette fondation aurait le calibre et les moyens de faire participer le Québec à de grands projets internationaux. Le fonds de dotation d'un milliard serait financé par le secteur public et le secteur privé dont la compétitivité repose essentiellement sur les connaissances et les compétences de ses employés formés dans notre système d'éducation. La pertinence de créer une fondation d'envergure s'appuie, selon moi, sur les constats suivants:

Sur le terrain, le travail régulier de formation gruge tous les efforts et les ressources. Notre système doit avoir de l'oxygène pour progresser et ne pas seulement tenter, tant bien que mal, de faire face aux difficultés quotidiennes qui vont en s'accentuant. Sinon, nous en resterons au niveau des discours ou des mesures administratives au cas par cas.

Il est impératif de doter le Québec d'un nouveau et puissant levier pour relever en continu les défis de la qualité et de la réussite en formation. Les enseignants et d'autres intervenants ont d'excellentes idées d'amélioration, mais très peu de moyens pour les mettre en oeuvre. Il y a là un potentiel inexploité qu'une approche collaboratrice permettrait de décupler.

Le Québec de demain aura une richesse humaine, culturelle, intellectuelle et matérielle à partager, s'il fait concrètement de l'éducation LA priorité absolue.

Jean Nicolas

Professeur émérite de l'UdeS

Prix d'excellence en enseignement au Canada

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer