Cachez ces faits qu'on ne saurait voir!

James Moore... (Archives La Presse)

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James Moore

Archives La Presse

La Tribune

Depuis quelques semaines déjà, le gouvernement conservateur de Stephen Harper tente de nous vendre la guerre de 1812 comme l'un des éléments fondateurs du Canada. Selon James Moore, le ministre du Patrimoine canadien, cette guerre aurait même permis aux francophones de conserver leur langue. À l'évidence, le ministre n'est pas historien, et pire encore, il ne semble pas avoir les connaissances minimales exigées en histoire du Canada pour obtenir son diplôme de cinquième secondaire.

Dans son plan de communication, on aura remarqué que le gouvernement passe sous silence les éléments déclencheurs de cette guerre, car, si les Américains l'ont déclarée, ils avaient d'excellentes raisons pour le faire. Dès 1807, dans le cadre des guerres napoléoniennes, le gouvernement britannique a imposé un blocus à tous les ports de France. Pour les Américains, les pertes furent catastrophiques, car entre 1807 et 1812, la Royal Navy leur a pris 900 navires de commerce.

Mais si la Grande-Bretagne domine les mers, elle ne peut empêcher ses marins de fuir ses drapeaux afin de s'embarquer sur des navires marchands américains dont les conditions salariales sont beaucoup plus attrayantes.

Afin de contrer la désertion, le gouvernement britannique a donné l'ordre à l'amirauté d'arraisonner tous les navires américains pour y débusquer les sujets britanniques, violant par le fait même la souveraineté et la neutralité des États-Unis.

Ces actions de piratage et de brigandage ne pouvant rester impunies, le président Madison déclare la guerre à la Grande-Bretagne. Ainsi, les Américains n'étant pas en mesure de rivaliser avec la Royal Navy, le Canada était le seul théâtre d'opérations véritable où ils pouvaient frapper.

Mais les guerres napoléoniennes n'ont pas que des effets sur les mers, elles ont des conséquences directes sur le Québec et sa population. Dès 1806, alors que Napoléon vole de victoire en victoire, la minorité anglaise du Québec prend peur et, par le truchement de ses journaux et de ses pamphlets, elle souhaite l'assimilation des francophones qu'elle juge trop attachés à la France.

Avec l'accord du gouverneur Craig, le Québec Mercury écrit : « Cette province est déjà bien trop française pour une colonie anglaise, la défrancisé autant que possible, devrait être notre objectif premier. Nous possédons le Québec depuis 47 ans, il est temps que le Québec soit en anglais. «

Dans un autre texte, cité par Jacques Lacoursière, Ross Cuthbert, député du comté de Warwick, écrit que le visage français du Bas-Canada est un anachronisme qui doit disparaître. Même si le député Pierre Bédard proteste à l'Assemblée du Bas-Canada contre ces propos assimilateurs, déjà, lord Durham a ses inspirateurs.

En somme, malgré tous les efforts déployés pour faire de cette commémoration un élément d'unité nationale; cette guerre coloniale de 1812, qui n'est qu'un sous-produit des guerres napoléoniennes, nous rappelle avec force les luttes que nos ancêtres ont dû livrer pour sauvegarder notre langue et notre culture.

Pascal Cyr, Ph. D.

Historien

Sherbrooke

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