Si l'on comprend que les enquêtes suivent leur cours sur les incidents du métro et l'entrée dans les bureaux de la ministre, il est quand même surprenant qu'on fasse, pour ces enquêtes et plusieurs semaines après les faits, des perquisitions et arrestations à 6 h du matin dans des domiciles familiaux fort calmes et alors que personne n'est en fuite ni ne cherche à se cacher! On recherche, toujours selon La Presse, un drapeau noir et des vêtements (noirs aussi sans doute!), voilà ce qu'on risque fort de trouver non seulement dans les domiciles de ces familles, mais bien chez un grand nombre de nos manifestants!
À la suite de ces annonces et de leur disproportion quant aux faits qui sont allégués, nos craintes montent : chasse aux sorcières, détournement politique des opérations policières, stratégie d'intimidation et dérive sécuritaire au moment de l'ouverture du Grand Prix de Formule un. Ne cherche-t-on pas à démoniser un député de gauche, le seul dans notre parlement québécois? Ne cherche-t-on pas à salir un parti politique, Québec solidaire, le seul à soutenir, ouvertement, clairement et de manière solidaire, le mouvement étudiant contre la hausse des frais de scolarité et contre la marchandisation de l'éducation, le seul aussi à soutenir, ouvertement et clairement, les citoyens qui sortent dans la rue depuis deux semaines avec leurs casseroles pour dénoncer les abus et injustices de la loi 78?
Si, mercredi soir, avec nos collègues casseroleux d'un petit quartier de Sherbrooke, nous souriions en traversant la rue, sur le passage piéton et à la lumière, hier matin, je n'ai eu aucune envie de rire!
Les casseroles suffiront-elles pour lutter contre un état qui devient de plus en plus policier et totalitaire, contre un état qui, non seulement n'entend pas, mais qui aussi stigmatise et exclut toute une partie de sa population, celle qui lui manifeste son opposition?
Nous devons sans aucun doute manifester de plus en plus fort notre soutien à ceux qui se font arrêter injustement et à ceux qui se font traîner dans la boue, simplement parce qu'ils expriment haut et fort leurs convictions. C'est toute notre liberté d'opinion et d'expression qui est en jeu!
Michèle Vatz-Laaroussi
Hélène Pigot
Professeures, Sherbrooke