Je vois aussi que nos jeunes sont matures plus rapidement que nous l'étions. Nos jeunes sont épatants : ils ont beaucoup voyagé, ils sont souvent bilingues ou trilingues, ils ont l'esprit ouvert, ils sont tolérants et connaissent mieux que nous les minorités, ils sont aussi, me semble-t-il, plus mondialistes et universels que nous l'étions nous, occupés à bâtir un Québec moderne.
Depuis plus de 20 ans, nos jeunes participent peu à la vie politique, mais ils se sont réveillés à l'occasion de la dernière élection fédérale et avec cette épée de Damoclès qu'est la loi 78. Ils sont écoeurés, indignés peut-être.
Ils sont écoeurés de l'état actuel et des vieux partis, des langues de bois, de la domination du marché et du monde économique sur leur vie et sur la nôtre; ils sont tellement écoeurés du système actuel qu'ils ont même voté pour des inconnus, pour des gens très jeunes et pour des gens qui ne parlaient même pas français.
Ce n'est pas trop surprenant dans un Québec corrompu, avec cette mafia infiltrée dans les affaires et probablement dans l'État, et cela dans une société qui s'occupe mal de ses gens défavorisés. (...) Il est même plutôt surprenant qu'il n'y ait pas eu de révoltes avant aujourd'hui.
Les jeunes ne sont pas comme nous, ils ne désirent pas la liberté en tout, ils l'ont déjà, mais ils veulent plus d'universités, plus de services communs. Ils aiment la vie et ils veulent en profiter; en cela nous nous ressemblons, mais leurs horizons sont plus larges, il leur faut entrer en compétition avec un monde plus grand et plus vorace.
Les jeunes seront obligés de porter nos dettes et nos extravagances sur leurs épaules, soulageons-les au moins du fardeau du prix des études.
Il y a aussi chez les jeunes, semble-t-il, une recherche identitaire qui demande plus de sociale démocratie, mais aussi plus de bien-être pour chaque individu. Cela paraît un peu contradictoire, mais peut-être que ça ouvrira un espace à la simplicité volontaire ou à du small is beautiful. À l'heure du Web et des médias sociaux, leur voix se fait entendre, de plus en plus forte, en son et en nombre.
Les jeunes seront obligés de porter nos dettes et nos extravagances sur leurs épaules, soulageons-les au moins du fardeau du prix des études afin que le plus grand nombre puissent s'instruire aux plus hauts niveaux et qu'ils aient ensuite les meilleurs emplois et les meilleurs salaires au monde. Nous en aurons bien besoin, nous qui sommes maintenant devenus vieux. Pourrons-nous sereinement compter sur une relève que nous allons accabler de dettes et de lois contraignantes?
Notre société a décrété, il y a 50 ans, qu'elle préserverait certains biens réputés universels, comme la santé, la justice et l'éducation. La solidarité est aussi une valeur fondamentale et ancienne de notre société. La Révolution tranquille est finie, une révolution culturelle est peut-être en marche. On devrait demander un plus grand effort à ceux qui ont bâti et qui ont su profiter de la Révolution tranquille; ils ont gagné de bons salaires durant toute leur vie et ils touchent maintenant de bonnes retraites.
Les entreprises aussi devraient faire un effort plus grand, elles qui utiliseront cette main-d'oeuvre qualifiée pour faire fleurir leurs projets d'affaires ou de services.
Ne touchons pas à nos jeunes en formation, ce serait plus respectueux et plus prudent de notre part.
Pierre Beauchesne
Sherbrooke