L'intégration, c'est être sur le même chemin

La Tribune

Régulièrement, on demande aux immigrants de s'adapter à leur nouvelle société et à ses coutumes. On leur demande de s'intégrer, c'est-à-dire de se faire une place et d'être reconnus dans ce nouveau monde. On leur demande de rentrer dans une société dont les contours identitaires et culturels seraient précis pour s'y affilier et en être membres. On connaît les dérives de ces demandes : plusieurs immigrants ne trouvent pas leur place dans ce groupe où on ne les reconnaît pas et les caractéristiques mêmes du groupe des Québécois restent floues, voire parfois confuses. Tous les Québécois ne sont pas les mêmes, ne pensent pas de la même façon et agissent fort différemment.

Le Québec connaît actuellement un mouvement social de grande ampleur porté par les étudiants qui luttent pour l'accès de tous à l'éducation en s'opposant à la hausse des frais de scolarité dans les universités et autres hausses prévisibles au collégial. On peut parler d'un mouvement social dans le sens où les étudiants ne sont pas seuls dans cette bataille contre le gouvernement. Ils sont rejoints par un nombre croissant d'organisations de travailleurs et de citoyens, d'organismes communautaires et publics, de personnes de statuts professionnels et socio-économiques fort différents, de sexe et d'âges différents, d'opinions politiques diverses aussi.

L'immense manifestation qui s'est déroulée à Montréal, le 22 mars, a été une illustration marquante de la capacité d'inclusion d'un tel mouvement social. Peu importe quelle langue on parle, où on est né, quelle est notre religion ou quelles sont nos coutumes et habitudes, on peut se retrouver et être ensemble dans un projet commun aussi porteur que celui de l'éducation comme possibilité pour tous les citoyens de partager le savoir et de développer la société dans laquelle ils vivent.

Il était touchant de voir défiler, côte à côte, et ensemble, des étudiants anglophones et francophones, mais aussi de nombreux immigrants hispanophones, ou d'autres langues, et de jeunes Québécois issus de familles immigrantes. De jeunes femmes musulmanes, portant le voile, y côtoyaient des étudiants athées, des représentants de syndicats areligieux, divers groupes de jeunes de confessions différentes et des féministes québécoises, avec les mêmes pancartes revendiquant l'accès à l'éducation et avec le même enthousiasme. Des étudiants et citoyens des communautés noires, arabes et asiatiques y tenaient leur place, non pas au travers de leurs différences ou de leurs revendications spécifiques, mais bien dans un discours et une volonté commune. Les slogans étaient partagés et la vision d'un avenir meilleur aussi.

Vision idyllique, peut-être, et vision ponctuelle certainement! Mais ces événements et ces moments nous démontrent, si besoin en est, que toutes ces populations font partie des forces vives du Québec, qu'elles en sont la jeunesse et l'avenir, que ce sont elles qui assureront les lendemains de notre société. Et les jeunes, les étudiants, ont déjà, plus que les adultes certainement, l'habitude de partager les bancs de l'école avec d'autres jeunes qui viennent de divers univers culturels, ethniques ou religieux. Ils font là des apprentissages dont nos instances sociales doivent se saisir pour faciliter non seulement le vivre ensemble contemporain, mais aussi un avenir partagé.

Mais à l'école aussi tout n'est pas rose!

De nombreux étudiants immigrants ou enfants d'immigrants vivent des situations difficiles à l'école, les stéréotypes et les préjugés ont la vie dure! Par exemple, souvent les étudiants québécois préfèrent ne pas travailler en équipe avec les étudiants d'autres origines, ils craignent d'avoir de moins bonnes notes, de perdre du temps à se comprendre, de devoir porter seuls le fardeau du travail de l'équipe, etc. Souvent aussi, les étudiants immigrants sont plus âgés que les jeunes Québécois d'origine et une nouvelle barrière semble s'ériger entre eux, celle de l'âge en plus de la langue, des expériences et des cultures différentes. Beaucoup de travail interculturel reste à faire au sein de nos établissements scolaires et universitaires.

N'oublions pas que nombre d'immigrants, au Québec, sont contraints de retourner aux études du fait qu'ils ne trouvent pas d'emploi correspondant à leurs qualifications ou encore parce que leurs diplômes et expériences ne sont pas reconnus. Ce sont alors des hommes et des femmes, chefs de famille, qui redeviennent étudiants pour tenter de s'insérer au Québec.

Pour beaucoup aussi, leur projet d'immigration repose sur l'espoir d'un avenir meilleur pour leurs enfants passant par l'accès à l'éducation supérieure. Ils font de nombreux sacrifices dans cet objectif. On comprend que, pour ces familles et ces étudiants immigrants, la hausse des frais de scolarité représentera un nouvel obstacle à l'intégration, et ce, même s'ils touchent des prêts et bourses qui font d'eux d'éternels immigrants endettés! Ils ont ainsi bien des raisons de s'allier au mouvement des étudiants même si, au quotidien, le processus d'inclusion est encore fragile. Plusieurs immigrants disent qu'ils se sont, enfin, sentis québécois lors de cette manifestation!

Vers une société inclusive?

Alors, que ces événements nous permettent de réfléchir sur ce qu'est une société inclusive : une société solide et équitable dont les frontières sont perméables, mais où on peut travailler ensemble, en coopération, pour développer, changer, améliorer la vie de toutes et tous! Pour ce faire, c'est ensemble qu'il faut marcher, car l'intégration, c'est être avec, sur le même chemin, en reconnaissant les différences et en s'orientant vers un projet commun, vers un mieux-être collectif et public à partager.

Michèle Vatz-Laaroussi est spécialiste de l'immigration en région et chercheuse membre de l'Observatoire de l'immigration dans les zones à faible densité d'immigrants.

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