Et il doit notamment le faire parce qu'actuellement, il est loin d'être à la hauteur du modèle ou de l'exemple auquel nous sommes en droit de nous attendre dans une démocratie digne de ce nom. L'exemple qu'il nous donne est celui de la rigidité, de la fermeture, de l'orgueil mal placé, du mépris, voire même de la condescendance.
Il fait dans la basse politique, celle qui se réduit aux rapports de force alors qu'il a, devant lui, une masse enthousiaste qui cherche à faire vivre le politique, cet espace que les citoyens ont en commun et à travers duquel ils ressentent que leur vivre-ensemble n'est pas qu'une question de gestion, d'organisation et de rapports froids, mais bien un tout qui cherche une cohérence et une vision, un projet de société qui les portera.
Devant cette volonté de vouloir ce qui est le mieux, collectivement, il serait intéressant que le gouvernement cherche à rassembler plutôt qu'à opposer. J'imagine - et c'est le plus indécent - qu'il sait trop bien ce qui est exigé des étudiants, en ce moment. Il attend, patiemment, l'implosion. Cette stratégie a de quoi donner la nausée. Par son mutisme, il leur dit, en fait, « Débrouillez-vous! «. Il les regarde se scinder, se diviser, se radicaliser. Même s'il condamne la violence qui, parfois, est utilisée dans l'un des camps, il la laisse tout de même se produire. Et encore plus grave, il en est le premier utilisateur. Le silence est l'une des pires violences qui soit. En effet, ne pas répondre à l'autre, l'ignorer, refuser de voir en lui un interlocuteur, c'est ne pas reconnaître la personne qu'il est, c'est - au plus fort - le réduire dans son humanité. Et en ce moment, c'est l'humanité de 300 000 personnes, au minimum, que le gouvernement ne considère pas. Et c'est « légèrement « désagréable.
Mais on peut tout de même le remercier pour quelque chose, le gouvernement. Grâce à son indifférence, tout autour de lui, les gens, eux, dialoguent, discutent, se confrontent, forment leur opinion, cherchent de l'information, essaient de comprendre ces enjeux complexes. La vie citoyenne s'active. Le gouvernement refuse de prendre part à cet exercice de pensée collective qui se déploie. Peut-être n'est-ce pas son rôle, de penser... pourtant, j'aurais cru. Du moins, j'aurais apprécié.
Voilà. Je crois que le gouvernement a suffisamment insulté l'intelligence qui s'est mise en oeuvre pour lui signifier son désaccord. Il sera difficile de reprocher aux étudiants et à tous ceux qui les appuient et qui travaillent avec et pour eux, de ne pas avoir multiplié les efforts d'originalité et de créativité pour que l'oreille gouvernementale se tende et que la bouche qui lui est associée s'ouvre, enfin, pour dire : « Venez, on va se parler. Pour de vrai. «
Véronique Grenier
Professeure de philosophie Cégep de Sherbrooke
Membre d'Estrie contre la hausse