Nous sommes l'Estrie contre la hausse!

Une coalition estrienne de citoyens contre la hausse... (Imacom, Maxime Picard)

Agrandir

Une coalition estrienne de citoyens contre la hausse des frais de scolarité a été inaugurée jeudi. Estrie contre la hausse! est appuyée par des dizaines d'acteurs de premier plan dans le monde estrien de l'éducation, de la culture, des arts, ainsi que dans les milieux communautaire, syndical et politique. L'écrivain et historien québécois bien connu Jean-Claude Germain était présent lors de l'inauguration du mouvement.

Imacom, Maxime Picard

La Tribune

Une coalition estrienne de citoyens contre la hausse des frais de scolarité a été inaugurée jeudi. Estrie contre la hausse! est également appuyée par des dizaines d'acteurs de premier plan dans le monde estrien de l'éducation, de la culture, des arts, ainsi que dans les milieux communautaire, syndical et politique. Elle prévoit engager la discussion sur les médias sociaux, participer à des manifestations et organiser des activités de réflexion sur l'éducation et la justice sociale.

L'argument principal du gouvernement sur les droits de scolarité est que les étudiants doivent payer leur " juste part ". J'aimerais, pour montrer le caractère fallacieux de cet argument, parler ici de trois choses : de justice, de solidarité et de démocratie.

" Les étudiants doivent payer leur juste part. " Cela apparaît en effet sensé et raisonnable. Ceux qui étudient à l'université font un investissement. Ils décrocheront en retour des emplois payants. Mais les étudiants ne sont pas fous. Ils savent bien qu'il y a quelque chose qui cloche dans cet argument. D'abord, pour investir, il faut un capital de départ. Or, tous les individus ne sont pas égaux à cet égard. Autre chose qui cloche : au train où vont les choses, les étudiants risquent de se retrouver avec une dette d'étude importante. Leur avenir sera, c'est le moins qu'on puisse dire, hypothéqué.

Alors, les étudiants proposent une alternative qui dérange beaucoup. Ils ramènent sur la scène des mots qu'on préfèrerait taire. Des mots comme justice sociale, comme responsabilité collective, et non individuelle. Les étudiants en appellent à notre responsabilité. Et ils ont raison. Pourquoi, au fond, le reste de la société ne prendrait-elle pas en charge, pendant le temps qu'ils étudient, le financement de leur éducation? Comme travailleur, je fais ma juste part : je paie mes impôts en fonction de mes revenus. Les étudiants aussi font leur juste part : ils étudient. En le faisant, ils ne font pas que s'enrichir, ils nous enrichissent tous, collectivement.

Ceci m'amène à l'idée de solidarité. Lorsque le gouvernement demande aux étudiants de faire leur juste part, cette demande s'accompagne d'une autre idée, implicite, qui dit à peu près la chose suivante : les contribuables en ont assez qu'on vienne " piger dans leurs poches ". Or, cette phrase est intéressante parce qu'en fait, elle révèle peut-être plus de la personne qui l'énonce que de la personne sur qui elle porte. (...) Celui qui dit cela projette en effet chez l'autre le même égoïsme moral qu'il trouve chez lui-même. Le discours étudiant, encore une fois, est sur cela dérangeant. On voudrait croire, ou nous faire croire qu'on n'est motivé que par des motifs égoïstes. Les étudiants au contraire s'entêtent à nous montrer qu'on peut agir en solidarité. En décidant d'entrer en grève, ils découvrent ou nous font redécouvrir la solidarité, le pouvoir que nous possédons lorsque nous agissons en commun. (...)

Les étudiants en grève redécouvrent aussi, ou nous font redécouvrir, le sens de la démocratie. La démocratie suppose que n'importe qui peut participer au débat concernant les affaires publiques. C'est aussi ça la politique : le pouvoir de décider en commun de notre avenir. Cela suppose un esprit d'invention et de liberté. En ce sens, la démocratie constituera toujours une menace pour les puissants, les oligarques, les peu nombreux qui voudraient bien, à eux seuls, décider des affaires publiques. Pour ces puissants, la démocratie, au fond c'est inacceptable : chacun doit " rester à sa place ".

Le discours gouvernemental qui dit qu'il n'y a pas d'alternative, qu'il faut être réaliste, qu'il faut faire preuve de lucidité - ce discours est un discours antidémocratique. Que dit le discours de la lucidité? Il nous dit que le monde tel qu'il existe est le seul monde possible. C'est une autre raison pour laquelle le mouvement étudiant actuel dérange : les étudiants prétendent qu'il y a des alternatives. Que hausser les frais de scolarité n'est pas une fatalité! Et ils ont raison.

Estrie contre la hausse! s'adresse finalement à vous, M. le premier ministre Jean Charest, qui êtes aussi notre député de Sherbrooke. Écoutez-nous! Écoutez les étudiants et les citoyens qui clament dans les rues et qui appellent à plus de justice, à plus de solidarité, à plus de démocratie.

Estrie contre la hausse! s'adresse également à tous les citoyens estriens. On annonce un printemps au Québec. Agissons pour faire que ce printemps arrive. Rien n'est impossible à ceux qui s'unissent! Renouons avec un sain esprit d'indignation, une indignation qui dit non, qui pose une limite et qui en même temps affirme et dit oui à ce qui se trouve en deçà de cette limite : la dignité humaine et la beauté du monde. Une indignation qui sait rétablir la mesure, car, comme dit le poète, " là où est le péril, croît aussi ce qui sauve ".

Nicolas Beaudoin

Professeur au Cégep de Sherbrooke et porte-parole pourEstrie contre la hausse!

(www.facebook.com/EstrieContreLaHausse)

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:1609999:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer