Un caillou dans la chaussure d'Obama ?

Newt Gingrich... (Archives AP)

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Newt Gingrich

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La Tribune

Il est aujourd'hui presque impossible aux États-Unis de séparer religion et politique. Depuis les années 1970, la société américaine est déchirée par une guerre culturelle qui oppose les Américains fondamentalistes aux Américains qui ont des valeurs religieuses plus libérales. Cette guerre a connu un nouvel élan depuis la mi-janvier 2012 avec la mise en application de la réforme de la santé votée par le Congrès américain en mars 2010.

Un des articles de la loi de 2010 exige la promulgation, avant le 1er août 2012, de nouvelles règles par rapport à une variété de soins de santé devant être offerts gratuitement. Ces services de prévention incluent les examens annuels, les mammographies, les tests de dépistage du VIH, le soutien à l'allaitement et la contraception. C'est dans cet esprit que l'administration Obama a ordonné à tous les employeurs d'inclure les prescriptions pour contraceptifs dans les contrats d'assurance-maladie.

La nouvelle directive visait à s'assurer que toutes les femmes aient accès à des soins de santé de haute qualité, sans pour autant les obliger à recourir à la contraception, si cette pratique violait leur conscience. D'ailleurs, aucun médecin catholique ne se voit forcé de prescrire des contraceptifs à ses patientes.

En dépit de cela, l'administration Obama ouvrit une boîte de Pandore qui la mit en collision directe avec l'Église catholique. Dans l'encyclique Humanae Vitae, le pape Paul VI avait rejeté en 1968 l'utilisation de tout moyen contraceptif. Or il appert que si les Églises sont exemptées de la nouvelle réglementation, les institutions religieuses catholiques comme les écoles, les universités et les hôpitaux ne le sont pas. Elles doivent donc offrir à leurs employés un programme d'assurance-maladie incluant l'accès aux contraceptifs. C'est dans ce contexte que la conférence des évêques catholiques américains a lancé à la fin janvier une vigoureuse campagne pour dénoncer la politique de santé d'Obama.

Habilement, l'Église catholique a évité de formuler son opposition sur la base des différences de valeurs morales. Elle a choisi plutôt de présenter son opposition sur la base du respect des libertés religieuses. Elle a donc accusé l'administration Obama de violer le premier amendement à la constitution américaine, le droit à la liberté religieuse et la liberté de conscience. Ce faisant l'Église catholique a obtenu le support de la droite religieuse évangélique et des politiciens républicains conservateurs.

Dans la foulée de la campagne présidentielle de 2012, le débat ne cesse de se polariser. Les candidats républicains en profitent pour tirer à boulets rouges sur le président Obama. Newt Gingrich a décrit la décision de l'administration comme « une violation directe de la liberté de religion «, alors que Rick Perry a accusé Obama de mener une guerre contre la religion et de vouloir détruire le patrimoine religieux américain. Entre-temps, Rick Santorum s'est attiré les applaudissements des supporteurs du Tea Party en déclarant que Barack Obama basait sa politique sur une théologie différente de celle de la Bible, sous-entendant ainsi que le président avait une autre religion que le christianisme.

Rien de révolutionnaire

Il pourrait sembler à première vue que l'administration Obama a commis un impair en promulguant sa nouvelle directive. En 2008, Obama avait obtenu 54 % du vote catholique. Depuis le début de sa présidence, il a courtisé les catholiques en nommant plusieurs catholiques éminents à des postes importants dans son administration. La question est de savoir s'il a, par cette nouvelle directive, endommagé une partie du capital politique qu'il s'était construit. Après tout, les catholiques représentent un électorat de 70 millions de personnes.

Toutefois, la nouvelle directive n'a rien de révolutionnaire. Déjà 28 États américains, comportant plus de la moitié de la population américaine, exigent que les compagnies d'assurance-maladie couvrent les contraceptifs. D'ailleurs, le contraceptif est le médicament le plus utilisé par les femmes âgées de moins de 50 ans. Une étude récente démontre que même chez les femmes catholiques américaines sexuellement actives, 98 % d'entre elles ont utilisé les contraceptifs. Finalement, une autre étude démontre que le recours aux contraceptifs réduit des deux tiers le nombre d'avortements chez les adolescentes et que le nombre de grossesses non désirées chez les femmes pauvres doublerait, si ce n'était de l'accès aux contraceptifs.

L'administration Obama a émis sa nouvelle directive seulement après un examen très attentif, incluant une étude des répercussions que celle-ci pouvait avoir au plan de la liberté religieuse. Kathleen Sebelius, la secrétaire aux services de santé, est elle-même une catholique pratiquante. Elle a cherché à trouver un juste équilibre sur cette question entre le respect de la liberté religieuse et le droit des femmes d'avoir accès à d'importants services de prévention. Bien plus, l'administration Obama a su rapidement corriger le tir devant la levée de boucliers en proposant un compromis qui transférait la responsabilité d'offrir gratuitement les contraceptifs des institutions aux compagnies d'assurance-maladie.

Une analyse attentive des sondages démontre que la présente controverse ne mine pas les chances de réélection du président Obama. Quelque 60 % des électeurs qui ne sont pas affiliés à une église, soit 40 % de la population, approuvent la politique de l'administration. De plus, les deux tiers des personnes qui s'identifient comme catholiques ne sont pas pratiquants et 53 % de ceux qui le sont appuient la nouvelle directive. Cette controverse ne risque donc pas d'influer à long terme sur la campagne de 2012. Les derniers sondages donne Barack Obama gagnant dans un tête-à-tête avec Mitt Romney par huit points, soit 52 % à 44 %, par 10 points avec Rick Santorum, soit 53 % à 43 %, et par une marge de 18 points contre Newt Ginrich, soit 57 % à 39 %.

La présente controverse sur la contraception a ouvert un nouveau front dans la guerre culturelle qui divise l'Amérique depuis les années 1970. Mais cette guerre semble être surtout ponctuée de batailles partisanes entre les élites masculines. La nouvelle directive de l'administration Obama ne représente pas une rupture sociale importante avec la population.

La controverse fait temporairement mal à Obama et aide à mousser la candidature de Rick Santorum qui mobilise derrière lui les évêques, les pasteurs évangéliques et les rabbins. Mais si cette guerre culturelle nouvellement centrée sur la contraception perdure jusqu'à l'élection générale, alors les républicains ont de fortes chances de perdre.

Gilles Vandal est professeur titulaire

à l'École de politique appliquée

de l'Université de Sherbrooke.

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