Le bien-être des Québécois

Au cours de la dernière année, le « niveau de vie « des Québécois a fait couler... (Archives La Tribune, Jessica Garneau)

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Archives La Tribune, Jessica Garneau

La Tribune

Au Cours De La Dernière Année, Le « Niveau De Vie » Des Québécois A Fait Couler Beaucoup D'encre. Le Québec Est-Il Plus Riche Ou Plus Pauvre Qu'ailleurs? Est-Il En Mode Rattrapage Ou Constitue-T-Il Plutôt Une Société En Déclin?

Récemment, avec mon collègue Marcelin Joanis de l'Université de Sherbrooke, nous avons écrit un chapitre du Québec économique sur le bien-être des Québécois en comparant le Québec aux autres pays de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Cette chronique y prend directement sa source.

D'entrée de jeu, rappelons que le produit intérieur brut (PIB) par habitant reste la première approximation du niveau de vie des individus. Ce faisant, il révèle leur capacité de payer (notamment pour des services publics).

Où nous situons-nous sur la base du PIB par habitant, en tenant compte de la parité des pouvoirs d'achat? Le Canada se classe à la 9e position au sein des 34 pays de l'OCDE alors que le Québec occuperait la 20e place. Sur la base du PIB par habitant, il est donc vrai que le Québec est fortement sous le Canada, sous les États-Unis et même sous le résultat de l'OCDE pris dans son ensemble.

La qualité de vie

Cela dit, le PIB par habitant n'est pas nécessairement une bonne mesure du bien-être des individus. Lorsqu'on parle de bien-être, on a inévitablement en tête une combinaison de conditions de vie matérielle et d'éléments de la qualité de vie, ces derniers ne pouvant être mesurés par le PIB.

En 2011, une vaste initiative de l'OCDE, appelé l'Indice du vivre mieux, cherchait à mesurer le bien-être au sein de ses 34 pays membres. C'est en voyant ces travaux que nous avons eu l'idée d'insérer le Québec dans cette comparaison.

Pour bien situer l'initiative de l'OCDE, il faut savoir qu'elle s'insère dans une série d'interventions récentes à l'échelle internationale sur la problématique de la mesure du bien-être, dont celle du gouvernement français de mandater des Nobels d'économie, Joseph Stiglitz et Amartya Sen, pour qu'ils se penchent sur la mesure des performances économiques et du progrès social (le « rapport Stiglitz-Sen-Fitoussi «, 2009).

L'indice vivre mieux de l'OCDE s'appuie sur des thèmes de conditions de vie matérielles comme le revenu, le logement et l'emploi. Quant aux déterminants de la qualité de vie, la liste comprend la santé, l'éducation, la vie communautaire, l'environnement, la gouvernance, le bien-être subjectif, la sécurité et la conciliation vie-travail. Sur la base des 20 indicateurs utilisés par l'OCDE, il est possible de faire un premier constat : le Québec se trouve 18 fois sur 20 au-dessus de la moyenne des pays de l'OCDE.

Parmi les indicateurs où le Québec performe bien, notons :

- le taux d'agression (1er),

- la taille du logement (2e),

- la satisfaction à l'égard de la vie (2e),

- la perception de l'état de santé (2e),

- le taux d'emploi des mères (2e),

- la compétence en lecture (4e),

- la proportion des employés travaillant plus de 50 heures/semaine (4e),

- le taux de chômage de long terme (5e).

- Toutefois, les indicateurs du Québec sont moins bons du côté :

- du revenu disponible (17e),

- de l'avoir financier (11e),

- du niveau de scolarité (11e),

- du taux de participation aux élections (28e).Maintenant, il faut bien cerner l'esprit dans lequel l'OCDE a développé l'indice vivre mieux. L'OCDE ne se sert pas des résultats de son indice pour établir un classement des pays. L'outil est plutôt conçu en vue de permettre aux utilisateurs de faire leur propre pondération selon l'importance relative qu'ils accordent à chacun des indicateurs utilisés. À ce titre, chaque indicateur se voit attribuer une note selon une formule qui convertit les résultats se situant dans une fourchette de 0 (pour le pire résultat) à 10 (pour le meilleur résultat).

Sur la base où les 20 indicateurs auraient le même poids, le Québec, le Canada et l'Australie occupent respectivement les trois premiers rangs alors que les États-Unis arrivent en 8e place. Ces résultats diffèrent sensiblement du classement fait sur la base du PIB par habitant où le Québec arrive, sous la moyenne de l'OCDE, en 20e place. La faiblesse de la richesse relative sur le plan du PIB par habitant serait donc compensée par les éléments de qualité de vie.

Et le long terme?

Au terme de l'exercice, l'élément qui nous a le plus surpris dans la méthodologie de l'OCDE est l'absence de prise en compte de la dimension de long terme du bien-être. Aucun indicateur ne mesure la soutenabilité des finances publiques à long terme. Il s'agit d'une limite importante qui pourrait éventuellement être corrigée en ajoutant un indicateur captant, par exemple, le niveau de dette publique des gouvernements.

Devant les résultats exposés dans cette étude sur la mesure du bien-être des Québécois en regard de 34 pays de l'OCDE, il faut absolument éviter deux réactions possibles, qui, l'une comme l'autre, seraient non souhaitables pour la pérennité du bien-être au Québec.

La première réaction à éviter est la tentation, par certains, de lancer par-dessus bord le concept de PIB par habitant. Bien qu'il soit un indicateur insatisfaisant de la mesure du bien-être, il demeure cependant exact qu'une croissance soutenue du PIB reste le premier déterminant des revenus de l'État et partant de là, de la préservation de la capacité d'agir de l'État.

La deuxième réaction nocive serait de se croiser les bras avec satisfactions. Si le Québec présente d'incontestables forces par rapport aux pays de l'OCDE, il fait toutefois face à d'importants défis quant à sa capacité à maintenir ce niveau de bien-être dans l'avenir. Ces défis ne doivent pas être occultés qu'il s'agisse de la productivité du travail, du vieillissement de la population, des taux d'emploi des travailleurs expérimentés de 55 ans et plus, du niveau de scolarité, etc.

Le Québec doit s'appuyer sur ses bons résultats pour prendre à bras le corps les défis de l'avenir.

Luc Godbout est professeur à l'Université de Sherbrooke

et chercheur à la Chaire en fiscalité et en finances publiques.

luc.godbout@usherbrooke.ca

Twitter : @Luc_Godbout

Pour en savoir plus

Luc Godbout et Marcelin Joanis, Vivre mieux... au Québec? dans « Le Québec économique 2011 «, PUL. 436 pages.

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