Nous le constatons chaque jour: les «mal-logés», «les mal-nourris», «les mal-à-l'âme», «les mal-entourés», les «mal-traités» et les «mal-aisés» se multiplient et n'ont pas d'âge. Ce constat bien réel institue que la société prospère dans laquelle nous vivons ne peut plus tolérer que la richesse ne se concentre qu'entre les mains d'une minorité de fortunés. C'est à cette réflexion qu'est vouée la Semaine de la solidarité qui a pris fin samedi.
Le discours tendancieux de ministres pour qui le Québec est en meilleure posture économique que ses voisins et fait figure de leader en matière de gestion de la crise économique camoufle une réalité bien moins glorieuse. Une proportion vertigineuse de citoyens s'ajoute chaque année au registre des personnes dont les besoins essentiels ne sont pas comblés. Or, les décideurs modernes ont successivement choisi de se réfugier derrière l'apparat de la solidarité sociale (anciennement plans de lutte à la pauvreté) et autres mesures incomplètes et inadéquates, préférant la bonne conscience à l'efficacité.
De nos jours, la manne en matière d'investissements publics est destinée à la réfection des infrastructures routières. Sans diminuer l'importance de ces travaux, rappelons-nous que nous en sommes là à la suite de 40 ans d'inadvertance, d'insouciance et de négligence. Est-ce également le sort que nous réservons à une partie grandissante de la population québécoise? Qu'adviendra-t-il de ce Québec «moderne» quand plus de la moitié de sa population cherchera les routes qui mènent à la dignité, à l'honneur et la prospérité? Combien nous en coûtera-t-il pour rebâtir les ponts de la justice sociale et de la solidarité?
Comme le soulignait avec justesse la Table d'action contre l'appauvrissement de l'Estrie dans une lettre publiée en juin dans ce même journal, les coûts liés à la pauvreté représentent minimalement une dépense équivalente à 5,5 % du PIB annuel. Pour le Québec, il est donc question de dépenses avoisinant les 15 milliards $ annuellement, dont plus du tiers sera affecté en soins de santé seulement. En comparaison, le gouvernement du Québec s'est engagé à investir 1,4 milliard par année sur une période de 5 ans (2010-2015) pour faire face aux problématiques inhérentes à la pauvreté. Cet apport, bien que louable, demeure dérisoire en le comparant aux besoins réels sur le terrain.
Arrêtons l'effritement de nos acquis collectifs. Agissons concrètement et directement dans le but d'enrayer la pauvreté. Travaillons à remettre de l'avant le bien commun. Les pays les plus riches de ce monde paient très cher pour avoir laissé s'agrandir le fossé entre les riches et les pauvres. Pourquoi le Québec n'agirait-il pas tandis qu'il est encore temps?
Christian Bibeau et Pierre-Philippe Lefebvre
Regroupement des organismes communautaires (ROC) de l'Estrie