SOS pour les «super-infirmières»

En mars 2007, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) et le... (Archives La Presse)

Agrandir

Archives La Presse

La Tribune

En mars 2007, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) et le ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) ont interpellé les universités qui offrent des programmes en sciences infirmières, pour les inciter à ouvrir, dans les meilleurs délais, des programmes menant à la certification d'infirmière praticienne spécialisée (IPS) en soins de première ligne.

Dans la région de l'Estrie, comme dans bien des régions du Québec, l'École des sciences infirmières en collaboration avec le département de médecine de famille de la faculté de médecine et des sciences de la santé de l'Université de Sherbrooke ont répondu rapidement à cette demande, et ce, dès septembre 2008.

La création de ce nouveau rôle infirmier, souvent désigné comme «super-infirmière» - toutes les infirmières étant «super» à nos yeux, nous préférons largement le terme infirmière praticienne spécialisée _, est accueillie comme une excellente nouvelle dans notre région. Il a été démontré, notamment en Ontario et aux États-Unis, que les IPS en soins de première ligne facilitent l'accès aux soins de première ligne et la prise en charge des patients en raison d'une collaboration étroite avec les médecins de famille.

 

Des efforts considérables et des investissements en temps et en argent ont été consentis pour la formation des IPS. Cela implique le développement des programmes et des cours, la coordination des stages en fin de programme dans les milieux de soins et, surtout, un changement de vie majeur pour les étudiantes et étudiants ayant choisi de poursuivre leur éducation dans un programme fort exigeant (75 crédits universitaires de 2e cycle).

Or, malgré tous les efforts déployés pour favoriser la réussite de l'intégration des IPS en soins de première ligne dans notre région, nous craignons que l'engagement du gouvernement ne soit pas au rendez-vous afin de soutenir la formation et le déploiement de ces nouveaux professionnels dans le réseau de la santé. En effet, malgré de nombreuses démarches, nous n'avons eu aucune annonce officielle permettant d'envisager avec confiance l'avenir de cette formation et de la profession à laquelle elle prépare.

Depuis les débuts de cette «aventure», ce projet n'a pas bénéficié d'une planification à long terme, ni de soutien concret menant à sa réussite de la part du gouvernement du Québec. Depuis 2007, les universités soutiennent les programmes de formation à bout de bras.

Ce que nous souhaitons, en tant qu'établissement d'enseignement ,c'est:

> Un engagement du gouvernement du Québec sur un plan d'effectifs à long terme: les études de faisabilité ont démontré que, pour avoir un effet systémique sur l'ensemble du réseau et améliorer l'accessibilité aux soins, il faudrait déployer 500 à 600 IPS dans les établissements de santé du Québec qui offrent des soins de première ligne. Or, le plan de déploiement actuel a permis de créer 115 postes d'IPS, ce qui semble nettement insuffisant. De plus, l'argent nécessaire permettant de défrayer une partie des salaires des IPS dans les établissements de santé n'est prévu que pour leurs deux premières années, ce qui place les établissements de santé en position très difficile, ne pouvant compter sur un financement à long terme et ne pouvant se commettre sur l'embauche à long terme. La pérennité des postes est une préoccupation majeure pour les établissements de santé bien sûr, mais aussi pour les personnes qui envisagent cette profession.

> Un soutien financier face aux coûts reliés à la formation des IPS en stage, étant donné la formation spécifique requise pour la formation des IPS, soit du soutien de la part de médecins de famille établis dans le réseau de la santé ainsi que des infirmières qui reçoivent les étudiantes en stage. De plus, il ne faut pas oublier le support administratif nécessaire à l'intégration de ces étudiantes dans le milieu. À l'heure actuelle, les universités doivent encaisser les coûts de plusieurs aspects de cette formation, ce qui est insoutenable à long terme.

> Un engagement face aux étudiantes, par rapport aux conditions favorables à leurs études et à leur intégration dans les établissements de santé par la suite: le système de bourse mis en place pour soutenir les étudiantes dans leur formation est essentiel à l'attraction de personnes dans ces programmes et à leur réussite. De plus, avant que les premières IPS puissent à leur tour superviser de nouvelles étudiantes, les milieux d'enseignement et de soins doivent pouvoir se doter de ressources spécialisées pour implanter ce nouveau rôle et l'intégrer de façon optimale. Le MSSS doit aussi préparer le milieu à ce nouveau rôle infirmier et prendre position de façon déterminée pour soutenir les étudiantes et les nouvelles IPS dans le milieu.

> Un engagement face au réseau et aux médecins qui pratiqueront avec ces nouvelles professionnelles de la santé: le rôle et la valeur ajoutée potentielle dans l'offre de service par les infirmières IPS est actuellement méconnue, voire même perçue comme menaçante. Son apport spécifique devrait être expliqué, valorisé et publicisé. Les médecins doivent pouvoir compter sur la mise en place de conditions facilitant leur intégration dans les équipes de soins et les cliniques, tant d'un point de vue administratif que des ressources, locaux et équipements. Un engagement politique sans équivoque de la part du gouvernement permettra aux médecins impliqués dans la formation des IPS de donner sens au temps et à l'énergie consacrés à la mise en place de ces programmes.

Si le déploiement des IPS de première ligne n'est pas une panacée face aux différents problèmes de l'accès aux soins de première ligne, il est certainement un élément important qui fait partie de la solution. La planification à court terme des dernières années, sans y avoir associé les ressources et les actions nécessaires, n'a pas permis une intégration optimale des IPS en soins de première ligne dans le réseau de la santé. Nous croyons fortement que les IPS pourraient jouer un rôle important pour améliorer l'accès des patients aux soins de première ligne et pour améliorer leur suivi et leur prise en charge. Nous sommes prêts à continuer à mettre de l'énergie et des efforts pour que le Québec rattrape son retard en ce domaine. Toutefois, pour mener ce projet à bien, nous demandons au gouvernement du Québec un soutien clair et à long terme, faute de quoi des choix difficiles devront être faits.

Luc Mathieu, inf.

Vice-doyen aux sciences infirmières

Directeur de l'École des

sciences infirmières

Marie Giroux, m.d.

Directrice du département

de médecine de famille

Faculté de médecine et

des sciences de la santé

Université de Sherbrooke

 

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer