Revêtir du Cookshire

Chine. Indonésie. Taïwan. Mexique. Mondialisation oblige, tout un atlas pend en... (Imacom, René Marquis)

Agrandir

Imacom, René Marquis

Laura Martin

Laura Martin
La Tribune

(COOKSHIRE) Chine. Indonésie. Taïwan. Mexique. Mondialisation oblige, tout un atlas pend en pièces détachées dans nos placards. Il faut se lever tôt et magasiner tard pour dénicher des vêtements fabriqués au Québec, surtout dans les grandes chaînes à prix mini.

Tristan a décidé de filer son coton à l'envers et de parier sa chemise sur le made in Québec. Tous les vestons vendus dans ses cinquante magasins, ainsi que des robes et jupes, sont coupés, cousus, pressés, emballés et étiquetés tout près d'ici, dans une usine du chemin Pope, à Cookshire. Une «factrie» comme il ne s'en trouve plus beaucoup en Estrie.

Une survivante, qui n'a rien à voir avec les misérables ateliers de pressurage où, au verso du globe, l'on coud nos chandails génériques pour à peine un radis.

Ici, dans cette fourmilière, une centaine d'employés, assis en rangs et absorbés par leurs gestes répétitifs, assemblent manches, boutonnières, doublures et cols, la bouche cousue, mais le sourire aux lèvres. Lors de notre visite, avant le premier jour du printemps, les premiers articles de la collection d'automne se couchaient sous les aiguilles.

Il s'agit d'une des périodes les plus chargées dans cette bâtisse, d'où sont libérées 14 000 vestes annuellement.

 

Le directeur de l'usine de Cookshire, Steve Blanchette,... (Imacom, René Marquis) - image 2.0

Agrandir

Le directeur de l'usine de Cookshire, Steve Blanchette, et Lili Fortin, directrice du développement des affaires chez Tristan.

Imacom, René Marquis

Les bienfaits de la fleur de lis

En 2008, dans une conjoncture où tous ses concurrents envoyaient leurs patrons en avion vers l'Orient, la compagnie québécoise, dont 30 % du volume d'affaires se compte en tailleurs, a investi 2,8 millions de dollars pour acquérir l'usine cookshiroise, tripler sa superficie et acquérir des équipements à la fine pointe de la technologie.

« Ça allait de soi, même si c'était à l'opposé complet de la tendance et que plusieurs devaient penser qu'on se tirait dans le pied, mentionne Lili Fortin, directrice du développement des affaires. Mais en Chine, on ne pourrait pas faire confectionner des vestons avec des détails aussi complexes que ceux que nous dessinons, avec des surpiqûres, par exemple. La valeur ajoutée est indéniable. «

Reproduit en moyenne 800 fois par modèle, chaque veston pour femme nécessite 75 minutieuses opérations, toutes réalisées par dix doigts différents. Pour un morceau d'homme, 110 étapes sont franchies.

« Nos employés pratiquent le métier de tailleur de façon traditionnelle, mais avec une machine. C'est une expertise qu'il faut garder au Québec. Si on envoie tout en Asie, ce savoir-faire disparaîtra à tout jamais «, estime Steve Blanchette, directeur de l'usine, qui a presque atteint son maximum d'efficacité après quatre ans.

La proximité a d'autres avantages que ce contrôle plus rigoureux de la qualité. La possibilité de communiquer dans la même langue et la flexibilité sont des atouts non négligeables. « Dans une industrie où la rapidité est la clé de la compétition, on sauve bien du temps, témoigne Mme Fortin. On peut se retourner sur un dix sous, renvoyer un modèle en production à quelques jours d'avis, ce qui serait impensable en Chine! «

Oui, tout cela a un prix. Non, ce n'est pas une cachette. Les fringues qui arborent une fleur de lis à l'étiquette coûtent plus cher à produire, et sont donc vendues à un prix conséquent.

«Nous ne créons pas des vêtements jetables. Nous créons des valeurs sûres, des morceaux qui forment le noyau de la garde-robe. Notre clientèle, formés de professionnels, sait que ces vêtements vont durer longtemps, ne boulocheront pas, ne se déformeront pas», soutient Marine Godfroy, gestionnaire de la marque.

Tristan ne pourrait pas être plus fière de son coup.

Cookshire, elle, n'aura jamais été si bien représentée dans un atlas. Ni dans les penderies.

Tristan

Au Carrefour de l'Estrie

Aux Promenades de Drummondville

www.tristanstyle.com

 

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer