«Mon père était sensible aux valeurs artisanes du terroir, il nous en parlait souvent, mais n'a jamais tenté l'expérience bio. Lorsqu'on a pris possession de la terre, nous avons décidé de relever le défi technique que ça représentait. Après tout, notre travail est de nourrir les gens, il faut le faire le mieux possible», indique le copropriétaire qui ne cache pas avoir été victime de sarcasme lorsqu'il a entrepris le virage vert.
Déterminé à démontrer que la certification biologique pouvait devenir un avantage concurrentiel, Jean Morin s'est lancé dans l'aventure du fromage fin. Il a fait un voyage en France, dans la région du Jura, afin d'y découvrir certains des meilleurs fromages, ainsi que d'en apprendre sur leurs modes de fabrication.
«J'ai vu le potentiel de ces fromages-là et ça m'a convaincu que j'étais sur la bonne piste. Les fromages fins n'étaient pas encore très à la mode à l'époque, mais je me suis tout de même lancé», ajoute l'agriculteur de profession.
Après avoir participé à l'aventure de la Fromagerie l'Ancêtre qui se spécialisait dans le fromage de commodité, M. Morin a entrepris, en 2002, d'acheter le presbytère de Sainte-Élizabeth laissé vacant par le clergé depuis une dizaine d'années. C'est à ce moment qu'est née la Fromagerie du Presbytère.
Ne bénéficiant pas des ressources financières nécessaires pour aménager une salle de fabrication de fromage, Jean Morin s'est allié avec la maintenant défunte Fromagerie Tournevent, puis avec la Moutonnière afin de créer le Champayeur et le Bleu d'Élizabeth. C'est ce fromage bleu, conçu pour la première fois en 2008, qui devait mettre l'entreprise artisanale sur la carte.
«C'est le curé de la paroisse qui m'a mis sur la piste. Lors d'une allocution, il a dit qu'il avait un faible pour les bleus. Nous nous sommes mis au travail et nous avons créé un fromage qui a remporté un Caseus d'or en 2009. C'était la première fois qu'un bleu remportait le titre québécois», raconte Jean Morin.
Le Louis d'or
Le succès des deux premiers fromages a convaincu M. Morin d'agrandir le presbytère en 2009 et d'y fabriquer un premier fromage. Après plusieurs mois de labeur et six mois d'affinage naissait le meilleur fromage au Canada en 2011, le Louis d'or. C'était pour l'agriculteur devenu fromager, le sacre d'une quinzaine d'années d'effort et de réflexion.
«Lorsque j'ai goûté au Louis d'or pour la première fois, je capotais. Je savais que nous étions sur la bonne voie et que nous avions toute une palette de saveurs», dit-il.
Ce fromage et l'avalanche de prix qui lui ont été attribués ont permis à la petite entreprise artisanale de se faire connaître d'un océan à l'autre. Les visiteurs viennent maintenant d'un peu partout à l'Est du Canada pour se procurer le fruit du terroir élizabethois.
Vendredi, jour de fête
Afin de redonner un peu à sa communauté et de permettre aux gens de se réapproprier le presbytère pendant quelques heures, Jean Morin est à la tête du plus grand rassemblement hebdomadaire de sa municipalité.
Avant, ils se rendaient à l'église pour la messe, maintenant les paroissiens se donnent rendez-vous au presbytère, le vendredi en fin de journée, afin de déguster fromage dans le «petit-lait» et fromage en grains. À certains moments, la population de Sainte-Élizabeth double tellement l'activité est courue.
«Au début, je ne voulais rien savoir de faire du grain. Puis, pour faire plaisir aux gens, nous avons mis une table, puis deux. Il faut maintenant réserver pour avoir son fromage le vendredi et la cour du presbytère est pleine. Les gens ont bien répondu.»