Donner les mots aux immigrantes

Teresa Bassaletti... (Imacom, Jessica Garneau)

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Teresa Bassaletti

Imacom, Jessica Garneau

Mélanie Noël
La Tribune

(Sherbrooke) Teresa Bassaletti connaît très bien les difficultés auxquelles une immigrante fait face lorsqu'elle arrive dans un pays d'adoption. Incapacité de communiquer, désorientation, pauvreté. Lorsqu'elle quitte le Chili en 1974 pour venir s'installer au Québec après le coup d'État d'Augusto Pinochet, elle ne reçoit aucune aide pour faciliter son intégration. Pour combler ce manque de ressource, elle fonde en 1987 le Centre pour femmes immigrantes qui, depuis 25 ans, offre des cours de francisation, un service de dépannage alimentaire et un service d'écoute et de soutien pour les femmes victimes de violence conjugale ou pour les nouvelles arrivantes souffrant d'un trouble de stress post-traumatique lié aux guerres ravageant leur pays d'origine.

Au Chili, Teresa Bassaletti était enseignante et son mari était ingénieur. Lorsque les nouveaux mariés débarquent au Québec, ils doivent refaire leur preuve, apprendre la langue, s'adapter aux moeurs et coutumes de leur terre d'accueil. De Montréal, le couple déménage à Trois-Rivières pour finalement s'installer à Sherbrooke en 1980. Elle a été femme de ménage. Il a travaillé dans une cour à bois. Ils ont tous les deux fait des heures dans des usines. « Pendant ces années, on a appris le français. Puis, nous sommes retournés aux études pour obtenir nos équivalences au Canada ».

Depuis 1985, monsieur est ingénieur et, depuis 1987, Mme Bassaletti détient une maîtrise en enseignement de l'Université de Sherbrooke.

« Étant enseignante, pour moi il est naturel de venir en aide aux autres et leur apprendre à mieux se débrouiller. Et la débrouillardise commence souvent par l'alphabétisation. L'éducation est une valeur fortement ancrée dans la culture chilienne. Sans éducation, on n'est rien!», confie la fondatrice et directrice du Centre pour femmes immigrantes.

Des chiffres impressionnants

Une cinquantaine de femmes par an apprennent le français au Centre pendant que leurs enfants s'amusent à la garderie mise à leur disposition gratuitement. Près de 650 dépannages alimentaires sont aussi offerts annuellement sans compter les repas servis gracieusement à Noël et lors de la Journée internationale de la femme. Le Centre offre aussi un cours de préparation à la citoyenneté canadienne et de l'aide juridique à celles qui en ont besoin.

« Le Centre est souvent le premier contact des immigrantes avec la société québécoise. Tout est fait dans le respect des cultures. »

Officiellement, le Centre a été fondé en 1987. Mais dès 1983, Mme Bassaletti accueille chez elle des nouvelles arrivantes. Tout naturellement, les premières femmes à qui elle vient en aide sont des Chiliennes. Puis de bouche à oreille, le mot se passe et les nationalités se multiplient. Aujourd'hui, le Centre pour femmes immigrantes aide des immigrantes de 64 nationalités. « L'origine des immigrantes dépend des régions qui vivent des conflits armés. Par exemple, ces dernières années, nous recevons beaucoup d'Afghanes, d'Irakiennes, d'Africaines et de Colombiennes. »

Teresa Bassaletti décide de se concentrer sur la problématique des femmes d'abord parce qu'elle en est une. Et aussi parce que dans plusieurs des cultures immigrantes, le rapport de force entre l'homme et la femme est inégal. « Culturellement, souvent la femme passe après l'homme. Elle a toujours gagné moins, été très dépendante. Dans un contexte où il n'y a plus de famille élargie, ces femmes sont complètement seules. Ce qui peut être insupportable. Surtout lorsqu'une femme est, par exemple, victime de violence conjugale et qu'elle ne peut se présenter dans les centres de santé ou de services sociaux, car elle ne connaît pas la langue», explique celle qui travaillait à l'alphabétisation des groupes autochtones chiliens avant son départ pour le Canada.

« C'est important pour elles d'apprendre le français. Pour se trouver un emploi ou simplement pour aider leurs enfants à faire leurs devoirs. »

Le Centre fonctionne avec un budget annuel de 225 000 $, financé par le gouvernement provincial et d'autres organismes. et se situe depuis 5 ans au 942, Belvédère Sud à Sherbrooke.

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