« Je mesure ses propriétés, je la compresse, je l'explore, je la soumets à toutes sortes de conditions extrêmes», raconte le physicien. C'est d'ailleurs lors d'une séance d'expérimentation extrême sur la matière en 2007 que Louis Taillefer fait une découverte qui bouleverse le paradigme dominant sur la supraconductivité, un phénomène « presque magique» de transport d'énergie sans aucune perte.
Afin de percer le secret des électrons et ainsi comprendre ce qui les incite à se mettre deux par deux, condition essentielle à la supraconductivité, le chercheur a soumis les électrons dans l'oxyde de cuivre à un champ magnétique un million de fois le champ terrestre. « Ça nous a permis de mettre le doigt sur la force d'attraction entre les électrons», explique-t-il.
Le professeur insiste toutefois sur l'apport essentiel de ses collègues de l'Université de Colombie-Britannique dans la réussite de cette expérience. Ils font partie du Programme sur les matériaux quantiques de l'Institut canadien de recherches avancées, un réseau de chercheurs dont Louis Taillefer assume la direction depuis 1998. « Doug Bonn, Walter Hardy et Ruixing Liang fabriquent les meilleurs cristaux d'oxyde de cuivre au monde. C'est grâce à eux qu'on a réussi à voir ce qu'on a vu», indique M. Taillefer.
Le grand objectif est d'amener la supraconductivité à persister jusqu'à la température ambiante - ce qui causerait une révolution dans le domaine de l'énergie. C'est pourquoi l'apport exceptionnel de Louis Taillefer dans ce domaine très en vue lui a valu une impressionnante liste de distinctions. La plus récente date du 15 mai dernier, soit le prestigieux Prix Killam, remis par le Conseil des Arts du Canada. Les résultats de recherche de Louis Taillefer ont aussi permis au Canada de devenir un leader mondial en supraconductivité et ont valu d'importantes subventions au Département de physique de l'Université de Sherbrooke.
Si aujourd'hui, Louis Taillefer est devenu un acteur incontournable du monde de la recherche en physique, c'est seulement sur le tard, au doctorat, qu'il a découvert sa passion. « J'ai eu un déclic pour le plaisir de découvrir», relate le chercheur, qui se serait aussi vu chimiste ou encore biologiste.
Cette passion de la découverte, Louis Taillefer la partage maintenant avec ses étudiants. « Ce sont eux qui sont au front dans le labo pour recueillir les données. Mon plus grand plaisir est de travailler avec eux, car tout est possible avec leur enthousiasme et leur audace «, partage Louis Taillefer dont les yeux brillent de fierté lorsqu'il parle de ses étudiants.
Insatiable découvreur, Louis Taillefer est loin d'envisager la retraite si le mystère des supraconducteurs est complètement percé d'ici les prochaines années. Pour ce chercheur, bien d'autres territoires vierges de la matière restent à découvrir. « C'est une tradition millénaire et profondément humaine que d'explorer et de comprendre le monde qui nous entoure. On ne le fait pas pour l'argent, la célébrité ou la réputation, mais par curiosité et passion de la découverte.»