Les 20 ans d'une pionnière

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Christiane Garant

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(SHERBROOKE) Au milieu des années 1990, en même temps qu'elle découvrait le clavardage avec un enthousiasme à s'en brûler les index, la jeunesse cool découvrait Myco Anna. Vingt ans plus tard, les gens se parlent toujours avec le bout des doigts et les vêtements de la griffe causent toujours autant d'émoi.

Le style de la compagnie - la première à avoir piqué son aiguille dans les tissus recyclés au Québec - a fait école. Ses patchworks coquets et jamais monotones, qui ont inspiré tant d'autres créateurs, ont en quelque sorte façonné la personnalité de la mode fleurdelisée.

Mère du patchwork

Christiane Garant a acheté Myco Anna de sa fondatrice en 2003. La compagnie, basée dans la Vieille Capitale, avait alors déjà le vent du fleuve en poupe, mais un travail de fond restait à accomplir. «Les jeunes des communautés plus underground adoraient la griffe, mais les femmes chic étaient parfois dégoûtées de savoir que les tissus avaient déjà été portés. Comme on s'adressait à une clientèle de moyen à haut de gamme, il a fallu faire de l'éducation pour déboulonner certains mythes», raconte la diplômée en droit, qui a aussi été chroniqueuse mode à la télé.

Les esprits se sont ouverts, lentement mais sûrement, si bien que depuis cinq ans, le marché de la mode écologique a explosé. Dans la foulée, les rapiéçages bigarrés de Myco Anna ont été souventes fois imités.

«C'est vous qui le dites! lance la présidente, aussi directrice du design, refusant d'accuser qui que ce soit. Il faut voir le bon côté des choses. Quand on inspire, c'est parce que ce qu'on fait est pas pire. L'aspect négatif, c'est le danger de saturer le marché. Ça nous a poussés à nous réinventer.»

Vêtements attachants

La pionnière a notamment remplacé dans sa description le mot «recyclé» par «éthique», un terme plus générique qui englobe sa confection locale, son souci de l'environnement et le recyclage de ses matières naturelles.

Spécialiste de la tunique, elle a aussi consolidé sa réputation pour les coupes flatteuses - «nos vêtements enlèvent dix livres!» - ainsi que l'intemporalité et la qualité de confection de ses créations, qui ne plaisent pas tant aux victimes des tendances éclairs qu'aux femmes raisonnées, désireuses de pavaner un vêtement qui durera une éternité.

«Bien sûr, il y a aussi du bon et du mauvais là-dedans. Les clientes achètent moins souvent, parce qu'elles peuvent garder leurs morceaux plusieurs saisons. Elles s'attachent à leur Myco! Je suis d'ailleurs toujours étonnée de les voir arriver à l'atelier avec des pièces dont je ne me souvenais même plus! Je le suis autant quand je constate la valeur qu'ont mes vêtements sur eBay. Les gens les revendent parfois plus cher qu'on les liquiderait dans une braderie!»

Pas de défis, pas de plaisir

En plein coeur de la crise qui déchire l'industrie du prêt-à-porter féminin, Myco Anna va bien, quoiqu'elle ne soit pas à l'abri des secousses. À la fin du mois, la compagnie mettra la clé dans la porte de la boutique qu'elle exploitait depuis sept ans au centre-ville de Montréal.

«C'est le temps d'agir avec prudence. Nous sommes tous dans le même bateau. Nous sommes trop nombreux dans ce créneau, et les gens sont étouffés par l'économie actuelle. On a beau prendre les meilleures décisions du monde, si les gens arrêtent d'acheter, on n'y peut rien. Le marché nous offre de gros défis», admet la dynamique femme d'affaires, qui ne s'assoit sur aucun laurier avec ses robes bien taillées.

En plus de multiplier les offensives sur les réseaux sociaux, Myco Anna continue d'améliorer sa boutique en ligne, où elle enregistre une croissance mensuelle de 50 à 150 %. Comptant une centaine de points de vente au Canada, concentrés en majorité dans la Belle Province, Myco Anna a épinglé l'Ontario à son tableau de conquête et pointe son télescope vers l'Europe et les États-Unis, où elle aimerait retourner après avoir dû y effectuer un repli stratégique.

«C'est un domaine périlleux mais passionnant!» conclut la créatrice.

Jamais ennuyant. Comme ses vêtements.

Myco Anna

En vente chez Belle et Rebelle et Tribu

www.mycoanna.com

Les paradis, hier et aujourd'hui

Pour ses 20ans, Myco Anna aura l'honneur d'ouvrir le Festival Québec Mode avec un triple défilé le 29 avril prochain. La collection printanière, déjà ébruitée en ligne et en magasins, y sera dévoilée.

Dans cette édition-anniversaire intitulée Welcome to Paradise, la griffe revisite quelques-uns des modèles les plus populaires de son histoire, mais elle innove aussi en accueillant pour la première fois du tricot dans son vestiaire. «Cette collection marque une étape. On y montre notre évolution, sans renier nos origines.»

La famille de 25tenues balaie les courants forts, avec des coupes sportives, des jupes maxi, des crop tops arrondis, des imprimés (animaliers, fleuris ou abstraits), des couleurs pigmentées (orange sanguine, bleu curaçao et turquoise) ainsi que du tulle et du tricot joués en transparence. Un tricoteur montréalais a développé des mailles de coton et d'acrylique exclusives à la griffe. 

Même si sa mort est annoncée depuis quelques saisons, Myco Anna refuse d'abandonner le legging. Elle le féminise avec de la viscose de bois rouge grenade et une bande de tricot aux mollets. Voilà de quoi réjouir celles qui ne peuvent plus imaginer leur vie sans ces pratiques collants!

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