La signature d'Aïssatou Bâ

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Aïssatou Bâ célèbre les cinq ans de sa boutique La Signare.

Imacom, Jessica Garneau

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(SHERBROOKE) La beauté d'Aïssatou Bâ ne pourrait pas faire l'objet d'un débat. La chose est assez évidente pour paralyser la personne qui lui serre la main pour la première fois. Ça ne dure qu'un instant : dès que cette fébrile gazelle, aux baguettes en l'air et au débit digne de celui des rivières pendant la mousson, se met à parler de ses cours de spinning et de son stage chez Zellers à remplir les étalages de petites culottes, les barrières tombent.

Gâtée d'une taille et d'une peau lisse à faire damner toutes les autres mamans dans la quarantaine, la souriante Sherbrookoise aurait eu tout pour être mannequin, une Alec Wek de son époque. Elle l'a été un peu au Sénégal, où elle est née, avant de prendre le pays de son mari. C'était dans une autre vie.

« J'ai défilé pour des designers du Sénégal, mais je n'en aurais pas fait une carrière. La mode était plutôt taboue dans notre maison. Mon papa ne voulait pas d'une p'tite pitoune qui ne faisait que parader en vêtements griffés. Il voulait que ses enfants soient des intellectuels », raconte, avec un accent métissé et une jolie voix chantante, la propriétaire de La Signare, boutique qui fête ses cinq ans ce mois-ci.

Après Sears

Avant de retrouver la mode, une passion qu'elle avait enfouie par respect de l'autorité paternelle, la dame, élevée dans l'opulence des beaux quartiers de Dakar, s'est beaucoup cherchée. Après des détours en Guinée et au Guatemala, où son conjoint sherbrookois réalisait des contrats humanitaires, cette diplômée en informatique, qui avait auparavant travaillé dans une grande entreprise africaine, s'est posée dans notre hiver, le 2 février 1997, sans savoir ce qu'elle venait y faire. « Quand tu arrives au Québec un 2 février, tu te rappelles la date! »

C'est en étant conseillère chez Sears pendant sept ans, au salaire minimum, que la jeune maman a déterré lentement son goût pour la mode et vu naître son talent pour la vente au détail. « J'ai fait toutes les sections. Dans la literie, je réussissais à vendre à des messieurs des draps Pacific Coast, de la plus haute qualité. Dans la bijouterie, j'ai déjà vendu un diamant de 10 000 $. J'ai toujours été une poule de luxe », raconte-elle, sans filtre, en jouant avec les bagues à ses doigts.

À 34 ans, après avoir consulté un orienteur, elle écoutait ses tripes et s'inscrivait au Séminaire de Sherbrooke en commercialisation de la mode. Entourée de jeunes de 15 ans de moins, elle a vite su qu'elle voulait ouvrir une boutique de prêt-à-porter... qui ne s'adresserait pas aux adolescentes. La Signare était d'ailleurs son projet de fin d'études. « Je voulais habiller la femme. Et la femme qui aime la qualité et qui souhaite être différente, celle qui ne veut pas s'habiller au centre commercial », exprime la démonstrative femme d'affaires.

Vêtements voyageurs

Sa différence, elle l'a trouvée dans un prêt-à-porter inspiré par ses périples à travers le monde et sa fascination pour les belles choses. Sur les deux étages de La Signare - une expression sénégalaise qui désigne les aristocrates -, elle vend des vêtements d'ici (notamment des griffes Vilaine et Dinh Bà) et beaucoup d'ailleurs. Surtout de l'Europe. Pour sa clientèle, âgée « de 45 à 86 ans », elle importe par ses propres moyens et par le truchement de distributeurs des fringues de l'Italie, de France, du Maroc et de la Hollande. Des jeans d'Israël passent en cabine avec des vestes nordiques venues d'Autriche. Des vêtements voyageurs qui ont un prix...

« Pour moi, le prix n'est pas un des premiers critères d'achat. Comme le profit était le cadet de mes soucis à l'ouverture de la boutique. J'ai toujours porté des vêtements de créateurs européens. Ils ont un savoir-faire qu'on n'a pas atteint en Amérique du Nord. J'ai toujours aimé cette petite touche d'élégance minimaliste et l'intemporalité qu'on ne retrouve que dans la mode européenne, surtout italienne. Maintenant, je dois toutefois avouer que les créateurs québécois s'en inspirent beaucoup et l'écart tend à diminuer. »

Pour la commerçante, il n'existe pas de tendances. « Les tendances, ce sont celles qui nous font, tout simplement », croit la femme, qui caresse des projets de développement pour 2015.

Aïssatou Bâ ne pratique peut-être pas un métier intellectuel, mais elle a trouvé sa voie. Et son père en serait certainement fier.

La Signare

3025, rue King Ouest, Sherbrooke

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