Prix flambés en épicerie

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Karine Tremblay
La Tribune

CHRONIQUE / Retour en arrière. L'an passé, à pareille date, le chou-fleur créait le scandale dans les paniers d'épicerie. À huit dollars la tête, il était décrié par certains, boudé par d'autres. Il est, depuis, revenu à un prix plus raisonnable. Mais l'épisode a fait des remous. Et laissé des traces.

« Le chou-fleur est en quelque sorte devenu un symbole. Pourtant, à la même époque, le céleri et la laitue ont connu une augmentation de prix plus élevée. Mais comme c'était un peu avant les Fêtes, et que c'est peut-être une période de l'année où on mange davantage de chou-fleur, en trempette par exemple, c'est lui qu'on a pointé du doigt », résume Sylvain Charlebois, doyen de la Faculté en Management et professeur en Distribution et politiques agroalimentaires à l'Université Dalhousie, en Nouvelle-Écosse.

Lisez en complément le reportage d'Alain Goupil dans La Tribune de samedi.

Le trop coûteux crucifère a pris le chou des consommateurs. Le coup a porté, apprend-on en parcourant le Rapport sur les prix alimentaires à la consommation 2017 produit par M. Charlebois et son équipe. Fait plus que considérable : en 2016, 47,2 % des Québécois disent avoir changé leur alimentation. Pas pour suivre le dernier régime à la mode ni pour bénéficier des vertus de telle diète en vogue. Plutôt pour économiser.

Un Québécois sur deux (ou presque) a adapté son menu en fonction des aubaines qu'il a dénichées en magasin. Répétons et résumons : près de la moitié de la population a rebrassé le contenu de son assiette en raison des prix des aliments.

« De plus en plus de gens sont attentifs à ça, mais dans tout le Canada, c'est au Québec que le changement a été le plus éloquent. L'Ontario suit. Dans cette province, 41,6 % des gens ont modifié leur diète en raison du coût des aliments », explique M. Charlebois.

Pourquoi le virage a-t-il été plus marqué au Québec qu'ailleurs?

« Il y a l'histoire du chou-fleur qui a conscientisé les consommateurs, mais j'ai l'impression que la campagne menée par IGA au Québec, l'an dernier, y est aussi pour quelque chose », explique M. Charlebois.

Rappelons que la bannière avait annoncé d'importantes chutes de prix sur nombre d'aliments. Des médias ont par la suite fait le test. Ils ont visité les allées du supermarché et calculé le coût du panier d'épicerie. Les résultats qu'ils ont obtenus sont venus nuancer les promesses du géant de l'alimentation quant aux rabais annoncés à grand coup de publicité.

Le consommateur québécois, lui, s'est intéressé à la saga, s'est penché sur le contenu de ses sacs d'épicerie. Et il a posé action. Il n'a pas hésité à biffer certains aliments sur sa liste pour en glisser d'autres, moins chers, dans son panier. J'observe autour : c'est une tendance qui se confirme dans mon entourage, oui. Une affaire de gros bons sens, vous me direz. On achète des cerises dans le temps des cerises, quand on les paie moins cher le kilo. Même chose pour les tomates, les brocolis, les raisins, alouette!

Les épiciers ont suivi la parade. Parce qu'ils ne veulent pas que le client boude leurs étalages, ils y pensent à deux fois avant d'importer à grande échelle un produit qu'ils ne seront pas en mesure de vendre à un coût raisonnable. Dans tout ça, le consommateur est bien évidemment gagnant. Ça ne l'empêchera pas de devoir débourser davantage pour se nourrir, en 2017.

C'est en tout cas ce que prévoient Sylvain Charlebois et son équipe. Depuis sept ans, ceux-ci examinent les courants au chapitre alimentaire. Le rapport qu'ils émettent nomme les tendances et s'avance sur quelques prévisions. Souvent justes, les prévisions. À quelques exceptions près.

« On a connu un épisode de déflation alimentaire, récemment. Ça, c'était une surprise (et une première en huit ans!), mais les prix moindres des dernières semaines, ça ne durera pas », souligne le chercheur.

Selon ses pronostics, la hausse anticipée du coût des denrées au Canada sera en moyenne de 3 % à 5 %, toutes catégories confondues. Les chasseurs d'aubaines n'ont pas fini de regarder leurs circulaires à la loupe et d'utiliser les applications mobiles qui aident à réduire leurs factures d'épicerie.

Pour s'avancer sur le terrain glissant des spéculations, l'équipe de chercheurs examine des données diverses telles que le coût du pétrole, le climat, la force du dollar. Ce genre de trucs.

« Certains de ces facteurs ne bougent pas beaucoup. En Californie, par exemple, ils ont une très mauvaise politique de gestion de l'eau. C'est donc facile de prévoir que les problèmes vont se répéter, bon an, mal an », note M. Charlebois.

Reste que des imprévus s'invitent dans l'équation. Un Donald Trump qui se retrouve à la tête des États-Unis, ça bouscule le portrait. Et l'échiquier.

« Il y a beaucoup d'incertitudes. Il me semble clair que, dans la mire de Trump, il y a le Mexique. Est-ce qu'on en subira les contrecoups? Je ne sais pas, mais on observe qu'Ottawa tente de tendre la main pour la renégociation de l'ALENA. On verra ce qui va en résulter. »

Le temps nous le dira bien assez vite. D'ici là, regard sur trois tendances alimentaires qui, Trump ou pas, se déploient dans nos assiettes.

Le bio gagne des galons

Les prix des fruits et des légumes à la hausse ont en quelque sorte favorisé l'achat de fruits et légumes biologiques, étant donné que ceux-ci n'ont pas nécessairement suivi la même courbe ascendante, confirme le chercheur. 

C'est que l'écart de prix a fondu entre certains produits certifiés biologiques et leur équivalent qui ne l'est pas. À coût presque égal, certains préfèrent se tourner vers l'option bio. On les comprend.

Le végé a la cote

La viande n'a pas eu tellement bonne presse en 2016. L'OMS a inscrit les charcuteries dans sa liste d'aliments cancérogènes et a recommandé de limiter la consommation de viande rouge. Ça pouvait déjà décourager les consommateurs. Ceux-ci ont eu, en plus, à composer avec le prix galopant du kilo de boeuf. Résultat : la demande pour des protéines d'origine végétale a augmenté et va toujours croissant. Pour des questions de santé, d'éthique et de prix, évidemment. C'est une tendance qui n'est pas près de s'essouffler, remarque M. Charlebois. « J'ai visité Aramark, grosse compagnie qui offre des services dans le domaine de la restauration dans différents lieux québécois (écoles, collèges, universités, salles de spectacles, stades, etc.). Eux, ils remarquent que la demande pour des protéines végétales, perçues comme étant meilleures pour la santé, est de plus en plus grande. La consommation de viande, elle, diminue. Et lorsqu'il y en a dans l'assiette, les portions sont plus petites. »

Le prêt-à-manger, toujours populaire

On a l'impression que les gens cuisinent beaucoup. C'est peut-être un voeu pieux, mais pas nécessairement une réalité, insiste M. Charlebois. 

« On a regardé les ventes des aliments dont on a besoin pour cuisiner, la farine, par exemple, et notre constat, c'est qu'elles ont diminué », explique-t-il. 

Tout est une question de temps, qu'on n'a pas (ou qu'on ne prend pas, ça dépend des points de vue). Les plats tout faits tout prêts vendus en épicerie séduisent donc un nombre grandissant de consommateurs. « Vous remarquerez, d'ailleurs, que certains supermarchés ont même installé des tables dans la section où ils vendent le prêt-à-manger. Ça en dit long sur la place que ça prend désormais. »

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