Du lait plein La Pinte

Avec ses associés Pascal Valade et Rémi Ducharme... (Spectre Média, René Marquis)

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Avec ses associés Pascal Valade et Rémi Ducharme (absents sur la photo), Dany rouleau a lancé La Pinte, à Ayer's Cliff, avec l'idée de commercialiser un lait qui serait le moins transformé possible. L'entreprise estrienne se spécialise dans le lait biologique et le lait de Jersey.

Spectre Média, René Marquis

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Karine Tremblay
La Tribune

(Ayer' Cliff) CHRONIQUE / Il n'y a pas si longtemps encore, le lait en bouteille de verre évoquait des temps anciens. Il rappelait cette époque où, au petit matin, le laitier du quartier déposait au coin de la porte le blanc nectar embouteillé dans des cruches transparentes. Une image presque clichée et un peu vintage qu'on remarque toujours dans les pages de certaines bandes dessinées. Dans la « vraie vie », le lait en emballage cartonné, en sacs et en contenants de plastique est depuis belle lurette devenu la norme sur les tablettes des supermarchés.

On avait en quelque sorte remisé la bonne vieille bouteille. Jusqu'à ce que les trois proprios de La Pinte se lancent dans la mêlée laitière. Comme quelques rares fabriques au pays, Dany Rouleau, Pascal Valade et Rémi Ducharme ont choisi le verre pour embouteiller le lait qu'ils ont lancé en mai dernier. Pas par nostalgie. Plutôt par souci d'être conséquents avec l'esprit de l'entreprise qu'ils voulaient créer.

Leur idée de départ était claire : ils souhaitaient mettre en marché un lait comme à la ferme. Avec un minimum d'ingrédients ajoutés, mais un maximum de saveur et de fraîcheur.

« On désirait vendre un lait qui soit le moins transformé possible, on ne voulait pas dénaturer le produit », explique Dany.

Ses deux partenaires d'affaires et lui ont évalué les possibles. Le contenant de verre s'est vite imposé. Parce qu'il permet de préserver tout le goût de la boisson. Parce que, en étant un meilleur isolant, il garde celle-ci plus froide, plus longtemps. Et parce que c'est un matériel écologique.

« On prône le respect de l'environnement, c'est une valeur importante pour nous. Choisir le verre était l'option la plus écoresponsable puisqu'on réutilise les pintes », note Dany.

La consigne de deux dollars par bouteille veut inciter les consommateurs à ramener celle-ci chez l'épicier. Un geste simple, qui commande quand même une adaptation de la part de la clientèle. Tout est ici question d'habitude à prendre, note Dany : « Après tout, on rapporte déjà nos bouteilles de bière... »

La crème du lait

Produit tout local, le lait de La Pinte ne se distingue pas que par son emballage et son contenu. Les trois entrepreneurs, tous dans la trentaine, ont un parcours inspirant. Étonnant, aussi. Dany et Pascal ont étudié en comptabilité et Rémi, en marketing. La question qu'on se pose évidemment tout de suite : mais que diable vient faire le lait dans cette équation?

« Rémi et Pascal sont amis depuis l'enfance, raconte Dany. Je les ai connus à l'université. On avait envie de se lancer en affaires ensemble dans un projet qui nous passionnait en développant un modèle d'entreprise axé autour de valeurs humaines essentielles pour nous. Le domaine agroalimentaire était celui qui nous intéressait tous les trois. »

C'est dans le lait qu'ils ont choisi

de plonger. Une niche toute réfléchie, toute ressentie. C'est que les racines du projet qu'ils ont fait fleurir sont profondes. L'idée d'investir le secteur laitier était nimbée de précieux parfums d'enfance.

Pascal a grandi sur une ferme laitière. « Mon père est décédé quand j'avais 14 ans, mentionne-t-il. On a alors vendu l'entreprise agricole, mais j'ai continué d'y travailler jusqu'à l'âge de 19 ans. »

Il a gardé des liens forts avec le propriétaire de la terre où il a vécu ses premières années : « Ce sont des amis. » Beau retour du balancier : aujourd'hui, la ferme de son enfance fait partie des trois établissements de la région (de Baldwin à Brompton) où La Pinte s'approvisionne.

L'une des fermes élève des Holstein et détient la certification biologique. Les deux autres ont la spécificité d'avoir un troupeau de Jersey, mignonnes petites vaches brunes dont le lait est particulièrement riche et onctueux, avec une teneur plus élevée en protéines.

« On connaît bien les producteurs avec lesquels on fait affaire. On sait que les vaches y sont bien traitées, on sait qu'elles produisent un lait de qualité. »

Forts de ce partenariat avec des agriculteurs de la région, les trois Estriens ont développé deux gammes de lait, qui les distinguent des gros joueurs dans le domaine.

« On a un lait biologique à trois point huit pour cent de matières grasses et une variété de laits de Jersey : du 1 %, du 2 %, du 3,8 %, de la crème 35 % et du lait au chocolat. »

Celui-ci a été développé selon une recette maison, après moult essais-erreurs.

« Encore là, l'idée était la même : on voulait peu d'ingrédients ajoutés à notre lait aromatisé. »

La formule est simple et efficace : du cacao, du sucre et de la carraghénine (un extrait d'algue couramment utilisé en alimentation, ici ajouté pour éviter la séparation du lait et du chocolat). Le tout selon le bon dosage.

« On a beaucoup de commentaires sur ce produit. Les gens aiment sa saveur. »

La saveur, d'ailleurs, est un point fort de La Pinte, qui n'intègre aucun colorant ou arôme artificiel à ses litres de lait.

« Les seuls ajouts qu'on fait, ce sont les vitamines A et D, parce que c'est réglementé par Santé Canada et prescrit par la Loi (sur les aliments). On nous dit souvent que le lait goûte comme dans le temps. Et qu'il est bon. »

D'autres produits pourraient éventuellement s'ajouter à la palette de La Pinte. Le lait de brebis, par exemple.

« On a beaucoup d'idées, on aimerait aussi développer un volet éducatif, mais on est encore en phase de démarrage et on veut faire les choses dans l'ordre, précisent Pascal et Dany. Notre lait se retrouve dans plusieurs points de vente de la région, jusqu'à Granby et Cowansville. On aimerait le distribuer à plus grande échelle, sur la rive sud de Montréal, par exemple, mais on ne débordera pas à l'extérieur d'un certain périmètre. On ne perd pas de vue l'aspect local de l'entreprise de proximité qu'on a mise sur pied. On veut faire des affaires, oui, mais selon un modèle qui nous ressemble. Dans le respect de l'environnement et des gens, en mettant de l'avant les valeurs auxquelles on croit. »


Une usine, un petit magasin, des quilles... et beaucoup de vision!

Il fallait le faire, quand même. Transformer un ancien salon de quilles en laiterie artisanale était un pari audacieux. Dans l'enceinte de la bâtisse que les propriétaires de La Pinte ont rénovée avec goût, efforts et vision, à Ayer's Cliff, on ne reconnaît pas l'ancienne vocation de l'endroit. Mais si on prête attention aux détails, on remarque que le comptoir-lunch et les tables semblent taillés dans le bois des allées de quilles. Que deux sièges ont été recyclés dans les bureaux. Que les palettes de bois brut sous le plancher ont été récupérées pour bâtir le corps du bar (laitier!).

« On a fait des plans et des plans, on a réutilisé tout ce qu'on pouvait. »

L'ambiance est ici résolument familiale. « Nos proches nous ont beaucoup aidés dans la rénovation des lieux et pendant les premiers mois d'opération. Leur apport a été un cadeau inestimable. Sans eux, on n'aurait jamais pu y arriver », souligne Pascal.

Ouverte au printemps dernier, l'usine-boutique a connu beaucoup de succès. En plus d'y vendre leur lait et de le faire goûter, les proprios offrent aussi scones et biscuits, pour de parfaits accords lait-sucreries. En saison, ils proposent également des laits fouettés et de la crème glacée de la laiterie Coaticook.

À travers la baie intérieure vitrée, on voit les réservoirs dans lesquels le lait arrive et repart, chaque mardi. Le procédé utilisé en est un de pasteurisation à haute température pendant lequel le lait est chauffé un court laps de temps. Ainsi traité, il se conserve environ deux semaines une fois mis en bouteille.

« On aimerait éventuellement arriver à prolonger un peu la durée de conservation, mais on a choisi cette méthode de pasteurisation parce que le lait qui en ressort est celui qui se rapproche le plus du lait brut qu'on retrouve à la ferme. »

Avant de statuer sur cette façon de faire, et avant de se lancer en affaires, Dany, Pascal et Rémi ont visité d'autres établissements qui mettaient le lait en bouteilles. Dans le nord des États-Unis et en Ontario, ils ont tissé des liens avec des entreprises qui avaient une expertise dans le domaine.

« On ne gravite pas dans le milieu depuis toujours, mais cette « faiblesse » est devenue une grande force. On a fait énormément de recherches, on s'est beaucoup documenté, on a fouillé et fouillé encore pour tout savoir à propos du lait », souligne Dany.

Ça vous intéresse?

lapinte.ca

Boutique-usine à Ayer's Cliff : 1060, rue Westmount

Ouvert le jeudi et le vendredi de 11 h à 16 h et le samedi, de 9 h à 13 h.

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