Des bactéries qui vous veulent du bien

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Marianne Desautels-Marissal

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Karine Tremblay
La Tribune

CHRONIQUE / Les livres et les publications sur le microbiome se multiplient. Concept encore abstrait pour une majorité de gens il y a à peine deux ans, c'est aujourd'hui le sujet de l'heure, le champ d'étude qui cause une petite révolution dans le monde scientifique. Peut-être même une grande révolution.

Pour cause : on réalise que le microbiome joue un rôle dans la prévention de certaines maladies telles que le cancer, le diabète et les allergies. On le sait aussi lié à l'obésité, aux maladies inflammatoires, à nos fluctuations d'humeur. Dans quelle mesure? C'est là le coeur des recherches qui ont cours dans les labos d'ici comme d'ailleurs.

Intrigués? Petite incursion dans la jungle microscopique qu'on abrite tous et toutes.

Le microbiome, c'est « cet écosystème unique composé de milliards de précieuses bactéries qui vivent en chacun de nous », explique la biochimiste Marianne Desautels-Marissal dans le livre qu'elle vient de publier aux Éditions Cardinal, Mille milliards d'amies - Comprendre et nourrir son microbiome.

Ce précieux écosystème est teinté par le transfert des bactéries maternelles à la naissance. La génétique a aussi à voir dans sa composition, tout comme notre régime de vie.

« J'en ai entendu parler pour la première fois en 2011, à l'émission The Nature of Things, où on explorait le lien entre l'autisme et le microbiome. Je n'en revenais pas! Je me suis mise à lire sur le sujet. »

À l'époque, la jeune scientifique était assistante de recherche en biologie moléculaire.

« Je travaillais avec des bactéries, mais dans un domaine qui n'était pas du tout lié à la santé humaine. J'envisageais depuis longtemps de faire le saut en journalisme scientifique. »

Avec le microbiome comme sujet d'étude, elle a postulé pour l'obtention de la bourse Fernand-Séguin (en journalisme scientifique), bourse qu'elle a obtenue. Dans le cadre d'un stage à l'émission Découverte, elle a fouillé davantage encore son sujet avec le journaliste Mario Masson. L'émission en question a été diffusée en septembre 2015, mais on peut la retrouver sur le web (http://ici.radio-canada.ca/tele/decouverte/2015-2016/episodes/360504/microbiote).

« J'ai exploré le lien avec l'alimentation. Ce qui a été pour moi une révélation, c'est de constater que les chercheurs eux-mêmes avaient modifié le contenu de leur assiette. Ça en disait long... », dit celle qui est aussi coanimatrice de l'émission Électrons libres, à Télé-Québec.

Elle-même a apporté des changements dans son régime alimentaire. Elle a apprivoisé les fabacées et les lactofermentations, elle s'est lancée dans la confection de kombucha et de kimchi maison, notamment : « Je cuisinais beaucoup, je pensais mon alimentation exemplaire. J'ai réalisé que même si je mangeais beaucoup de fruits et de légumes, je consommais peu de légumineuses et de grains entiers. »

Or les fibres qu'ils contiennent sont essentielles à la bonne santé du microbiote. La diversité de celui-ci dépend d'un ensemble de facteurs, mais on sait que la malbouffe, un milieu de vie aseptisé et une surconsommation d'antibiotiques le fragilisent. En d'autres mots, depuis l'industrialisation, notre mode de vie nord-américain lui mène la vie dure.

« En écologie, lorsqu'on regarde évoluer un écosystème, on sait que la perte de biodiversité a toujours un impact, et qu'il n'est pas positif. On peut présumer que c'est ce qui arrive avec le microbiome », indique Mme Desautels-Marissal.

Il reste que les bactéries ont rarement bonne presse. On les traque, on les éloigne à grands coups de désinfectants et d'antibiotiques, on les veut loin de soi. Dans la foulée, on oublie qu'elles sont loin d'être toutes pathogènes. Et que depuis des temps immémoriaux, elles cohabitent avec nous, dans une certaine symbiose.

La choucroute, c'est chou!

Certains sont exaltés par les possibilités qu'ouvrent les recherches sur le microbiote. D'autres sont plus prudents. « On ne sait pas encore comment tout ça se construit et interagit avec tous les systèmes dont nous sommes faits, il y a d'autres facteurs à considérer, la génétique par exemple. Il demeure que c'est une avancée très prometteuse, non seulement en ce qui concerne les maladies liées à l'intestin comme la colite ulcéreuse, mais aussi celles qui touchent des systèmes complètement distincts de celui-ci », exprime le Dr Jean-Pierre Routy. Médecin aux services d'hématologie et des maladies virales chroniques à l'hôpital Victoria de Montréal, il signe la préface de l'instructif ouvrage L'étonnant pouvoir du microbiote (des chercheurs Erica et Justin Sonnenburg, publié chez Édito).

De récentes études suggèrent que la présence de certains microbes dans notre microbiote pourrait influer sur la bonne marche d'un type de chimiothérapie, précise-t-il. Pareille découverte montre toute l'étendue des possibles qui peuvent découler d'une meilleure compréhension de notre tout microbien.

« L'intestin est un élément clé du système immunitaire », note le Dr Routy.

Ceci menant à cela, les avenues de traitements personnalisés sont sous la loupe. Déjà, des transplantations fécales (je sais, ça fait grimacer!) ont fait leurs preuves pour traiter la bactérie C. difficile avec grand succès. Dans un avenir pas si lointain, l'analyse du microbiote sera peut-être prescrite en même temps que les prises de sang lors d'un bilan médical.

Pour tout de suite, qu'est-ce qu'on peut faire?

Chouchouter son intérieur en mangeant mieux, déjà, c'est un pas. Et ce n'est pas compliqué, insiste Marianne Desautels-Marissal, qui a intégré à son bouquin de vulgarisation une quarantaine d'appétissantes recettes.

Manger mieux n'est pas, non plus, synonyme de manger plate.

En octobre, le bon vieil Oktoberfest a ses mérites, souligne le Dr Routy. Après tout, la choucroute qu'on y sert fait la joie de notre microbiote. Une bonne raison d'en prendre une double portion.

Na dann prost!

Pour creuser le sujet

Microbiote ou microbiome?

Microbiote : l'ensemble des bactéries qui vivent dans un endroit précis. Ce sont les bactéries elles-mêmes.

Microbiome : l'ensemble des gènes de ces bactéries. Ce terme est aussi utilisé pour parler de l'écosystème microbien dans son ensemble.

Des livres

Mille milliards d'amies - Comprendre et nourrir son microbiome, Marianne Desautels-Marissal, Éditions Cardinal, 211 p.

L'étonnant pouvoir du microbiote, Erica et Justin Sonnenburg, Édito, 352 p.

Une alimentation ciblée pour préserver ou retrouver la santé de l'intestin, Jacqueline Lagacé, Fides, 344 p.

Le charme discret de l'intestin - tout sur un organe mal aimé..., Giulia Enders, Actes Sud, 350 p.

À cuisiner

Frittatian roulé de Marianne Desautels-Marissal

(recette tirée du livre Mille milliards d'amies, Éditions Cardinal).

INGRÉDIENTS

1 c. à soupe d'huile d'olive

3 gousses d'ail

2 carottes de belle taille taillées en larges rubans (à la mandoline)

1 courgette verte taillée en larges rubans à la mandoline

1 courgette jaune taillée en larges rubans à la mandoline

100 gr. de prosciutto (facultatif)

1 petite aubergine taillée en larges rubans à la mandoline, puis coupée en deux sur le sens de la longueur

2 branches de tym ou de romarin frais, effeuillées

3 oeufs

1/4 t. de parmesan râpé

285 gr. de fromage de chèvre frais

2 c. à soupe de noix de pin grillées (facultatif)

PRÉPARATION

Préchauffer le four à 350 degrés F. Huiler une assiette à tarte en pyrex ou en céramique et frotter avec 1/2 gousses d'ail.

Remplir une grande casserole d'eau et porter à ébullition. Saler. Blanchir carottes et courgettes une minute, puis rincer à l'eau très froide pour stopper la cuisson. Égoutter et éponger l'excédent d'eau.

En commençant par une rosette de prosciutto (si désiré) au centre de l'assiette à tarte, enrouler les tranches de légumes bien serrées les unes autour des autres, en alternant le cas échéant entre les légumes et le prosciutto, jusqu'à ce que le plat soit rempli. Insérer le thym frais et l'ail coupé en fines tranches de façon à les répartir uniformément parmi les légumes.

Dans un petit bol, fouetter les oeufs et le parmesan avec un peu de sel et de poivre. Verser délicatement ce mélange sur les légumes. Le liquide devrait monter jusqu'à la moitié de la hauteur des légumes. Cuire de 25 à 30 minutes, jusqu'à ce que la préparation aux oeufs soit cuite.

Parsemer de fromage de chèvre émietté et de noix de pin grillées. Poivrer. Couper en pointe pour servir.

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