En pincer pour le homard

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Il y a une semaine pile pince, Serge Perry et Thérèse Samuel ont déposé leurs 250 casiers à l'eau.

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Karine Tremblay
La Tribune

(Sherbrooke) Chaque année en mai, les banderoles des supermarchés le répètent à l'envi : c'est le festival du homard partout au Québec. Parce que l'emblématique crustacé ne pousse pas dans les aquariums des épiceries et des poissonneries, je remonte à la source et je vous emmène en bateau, du côté de Cap-des-Rosiers, à la rencontre d'un couple qui pêche le homard depuis une trentaine d'années.

Il y a une semaine pile pince, Serge Perry et Thérèse Samuel ont déposé leurs 250 casiers à l'eau. Le début de cette énième saison de pêche aux homards n'est pas simple pour le couple gaspésien. Parce que la mer est particulièrement glaciale ces jours-ci dans le coin de Cap-des-Rosiers, près du parc Forillon, les crustacés se déplacent peu dans les fonds marins. « C'est comme s'ils étaient engourdis et hypnotisés lorsque l'eau est trop froide », explique M. Perry.

Résultat : ils restent terrés et sont moins nombreux à être tentés par les appâts de maquereau et de hareng. La pêche est donc moins fructueuse. Mais le quotidien n'est pas moins chargé. Chaque nuit, entre mai et juillet, les Perry-Samuel sont debout à 2 h 30 pour pouvoir quitter le quai avant l'aube, à quatre du matin « quand la température le permet ».

« On surveille toujours les vents. Lorsque c'est trop risqué, on ne décolle pas. Ou bien on part plus tard. »

Sur le bateau de 26 pieds, les journées sont longues. La liste des tâches à faire aussi.

« On n'arrête pas une minute. On sort une cage à la fois, il faut empoigner les homards qui s'y trouvent et remettre des sacs d'appâts avant de renvoyer les casiers à l'eau. C'est très demandant physiquement», note Mme Samuel.

Celle-ci pêche depuis une trentaine d'années auprès de son mari. Chaque été, elle dit que ce sera son dernier. Mais comme Dominique Michel, elle n'arrive pas à quitter le bateau. L'appel du large est toujours le plus fort.

« La saison de pêche est très intense. Pendant deux mois, deux mois et demi, ça roule. Je le fais parce que c'est une vraie passion. Il faut aimer ça pour travailler de même! Mais là, je vais avoir 59 ans. Dans deux ou trois ans, je pense arrêter pour vrai. Ceux qui pensent que c'est un job facile qui ne dure qu'un temps, il faudrait qu'ils viennent essayer. Ils verraient à quel point c'est difficile. »

Et dangereux aussi.  

Si beau que soit l'horizon sur l'océan, il n'y a pas de place pour la contemplation quand on pêche le homard. En plus du boulot à abattre, il y a les éléments avec lesquels il faut toujours savoir danser. Les humeurs des marées, la force des vents et les caprices de la houle donnent parfois du fil à retordre aux pêcheurs.

« On marche avec le vent. Et il est ben difficile à comprendre, même quand on le connaît bien. Ça fait qu'il y a un risque. On met sa vie en jeu, en mer », dit Serge Perry.

Comme cette fois où ils ont cru que c'était la fin. Serge se souvient précisément de la date : 24 mai 1995. Rien n'annonçait la tempête qu'ils ont rencontrée au loin. La nappe d'eau, lisse l'instant d'avant, a subitement été secouée par une vague qui n'en finissait plus de gonfler. La mer a pris le mors aux dents.

« Normalement, on voit venir. Le regard porte, sur un bateau. Lorsque ça blanchit au loin, on sait qu'une tempête s'en vient et qu'il faut rentrer. Là, elle ne s'est pas annoncée. On a vraiment pensé que c'était la fin. Je n'oublierai jamais ça. »

Tenir le bateau

Le couple avait remonté ses cages, déjà. Les prises avaient été bonnes, il y avait du homard plein le bateau. C'était une bonne journée. Jusqu'à ce que le ciel se voile en traître.

« Quand ça a commencé, on s'est mis à monter sur la vague. Haut, très haut. On a vu le trou noir, en bas. Et le bateau a plongé. »

La secousse a été forte, l'embarcation a pris l'eau. Assommée par un objet, Thérèse a perdu connaissance. Lorsqu'elle a repris ses esprits, elle ne voyait plus son mari.

« J'ai crié. Et j'ai finalement aperçu son ciré vert. Une chance que c'est un bon capitaine, il a réussi à nous ramener. Mais je ne sais pas encore comment on s'en est sorti. Il y a eu un Dieu quelque part, pour nous, ce jour-là. »

Serge Perry a manoeuvré son bateau de biais, de façon à surfer sur la vague d'après, pour éviter d'être avalé par l'océan.

« Si j'avais eu un bateau en bois, on n'aurait jamais traversé ça. C'est à cause de sa conception, et du fait qu'il y avait deux gros trous à l'arrière pour évacuer l'eau qu'on a pu regagner la rive. On a tout perdu ce qu'il y avait dans le bateau. Tout. Mais on était en vie. »

De retour sur la terre ferme, Thérèse Samuel ne voulait plus jamais remettre le pied sur un pont de bateau. Le lendemain, elle remontait à bord. Question de mater la peur.

Serrer la pince

La peur, justement. Elle s'invite souvent quand vient le temps d'ouvrir les casiers et de ramasser les bêtes à pinces une à une?

« Quand on remonte les cages, ils ont tous les pinces en l'air, agressifs, prêts au combat. Ils nous mangeraient s'ils le pouvaient! C'est fort, ces homards-là. Ça se bat entre eux, ça peut couper un manche à balai d'un coup. Et plus tu veux l'enlever, plus il va serrer. S'il t'attrape et que tu ne bouges pas, il va finir par ouvrir sa pince. »

Certains homards ne pèsent que trois ou quatre livres, mais d'autres font dans les dix à quinze livres. Il arrive que les pêcheurs remontent des géants, qui atteignent 25 livres sur la balance. L'équivalent d'un petit cocker. « Ceux-là, on ne peut pas les garder. Il faut les remettre à l'eau pour la reproduction. On a des nouvelles mesures à respecter (selon les normes de pêche écoresponsable). Les petits, comme les trop gros, on les renvoie à la mer. »

Parfois, il y a aussi d'autres petites bêtes au travers des carapaces rouges. Des concombres de mer, des crabes, des morues de roche, des crapauds.

« Dans certains coins, il arrive que de petits phoques se passent la tête dans la cage et dévorent tout avant de réussir à se déprendre. »

Les cages endommagées, c'est du temps qui part en fumée. Chaque hiver, Serge Perry fabrique les siennes avec du bois qu'il bûche lui-même. Pendant des mois, il assemble ses casiers.

« Pour chacune des cages, il faut 222 clous. C'est toute une commande! Je dis souvent que pour être pêcheur, il faut aussi être bon en menuiserie, en mécanique, en toutes sortes de choses. »

On l'a dit déjà, il ne faut pas, non plus, avoir peur de la mer ni de l'ouvrage.

« Ça fait 36 ans que je fais ça. À la fête des Mères, les prix au kilo descendent tout le temps. Tous les ans. Pour dire franchement, il ne faut pas que je calcule mes heures, parce que ça ne fait pas cher payé pour tout ce je fais, une fois que l'impôt est passé. Mais j'ai toujours passé mes étés en mer. À huit ans, pendant les vacances, je partais pêcher en mer avec mes oncles. Ça m'habite. Alors je continue. »

La pêche must go on.

Homard : nature ou embeurré?

Chacun a ses préférences. Les Perry-Samuel préfèrent le crustacé nature. Sans beurre ni ail, pour apprécier sa délicate saveur. « On pourrait penser qu'il est meilleur tout frais pêché, mais j'aime mieux le manger le lendemain. On dirait que l'eau pénètre la chair. Il est alors vraiment goûteux », note Mme Samuel.

 Si vous préférez le vôtre avec le combo beurre-ail, vous pourriez aimer cette variante : Beurre, ail et herbes (adaptation d'une recette tirée du Grand livre des fruits de mer et des poissons)  

3 onces de beurre fondu

2 c. à soupe de basilic frais haché

1 c. à soupe de ciboulette hachée

1 ou 2 gousses d'ail broyées

2 c. à thé de miel fondu

Mélanger tous les ingrédients. Servez.

Chaque année en mai, les banderoles des supermarchés le répètent à... (fournie) - image 3.0

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Saviez-vous que...

Les homards gaspésiens sont munis d'un médaillon (attaché à une pince) qui vous permet de connaître le bateau qui les a pêchés. Sur le site www.monhomard.ca, il suffit d'entrer le code inscrit sur la pastille pour voir une vidéo des pêcheurs à l'oeuvre et en apprendre un peu plus sur ceux-ci. Pour voir les Perry-Samuel en action, entrez le code : ca703004f.

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