Brigades de bon goût

Les quatre équipes des Brigades culinaires de l'école... (Spectre Média, René Marquis)

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Les quatre équipes des Brigades culinaires de l'école secondaire Le Tournesol de Windsor ont relevé leur dernier défi de l'année : à partir d'ingrédients imposés, elles ont dû composer un repas. Kassandra Sirois et Roxanne Roy-St-Cyr préparent ici leurs ingrédients sous l'oeil attentif de la chef cuisinière Stéphanie Lavigne, qui a animé tous leurs ateliers et qui salue la progression de ses élèves.

Spectre Média, René Marquis

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Karine Tremblay
La Tribune

(Sherbrooke) Mercredi, 16 h 20. Dans les couloirs de la polyvalente Le Tournesol de Windsor, on entend le tintement des casseroles. On perçoit aussi une odeur d'oignon caramélisé, inhabituelle à cette heure tardive de la journée où la plupart des élèves ont déjà quitté l'école. On se faufile entre deux rangées de casiers. La piste olfactive nous mène jusqu'à la cuisine de l'établissement où s'affairent une quinzaine d'ados en tablier.

« Il reste 37 minutes », annonce haut et fort l'enseignante en charge de l'équipée.

Petit électrochoc autour des ilots de travail : ça coupe des légumes de plus belle, ça court au frigo, ça ne panique pas encore, mais ça stresse quand même un peu. On le voit. Et on se sent clairement au coeur d'une version jeunesse de l'émission Les chefs. Sauf qu'ici, au début des ateliers l'automne dernier, certains n'avaient jamais coupé un fruit ni un légume. Certaines, devrais-je plutôt écrire. La règle du masculin ne l'emporte pas, elles ne sont que des filles autour des comptoirs. Coïncidence, m'explique Stéphanie Lavigne : dans la soixantaine d'autres écoles secondaires où les Brigades culinaires de la Tablée des Chefs ont été instaurées, il y a aussi des garçons dans les rangs.

Cuisinière de formation, Stéphanie accompagne les quatre équipes windsoroises depuis le début de l'année scolaire. Une fois par semaine, elle leur dispense un atelier culinaire après les cours.

Aujourd'hui, 24 rendez-vous plus tard, les élèves relèvent le « combat des Brigades », ultime défi qui les oppose dans la confection d'une assiette complète. La commande est costaude. En équipe, elles doivent composer un repas comprenant obligatoirement poitrine de poulet, fines herbes choisies, féculent et double ration de légumes. Tout ça en 45 minutes, top chrono. Après quoi, elles serviront leur création à un jury de quatre personnes chargées de goûter et de noter les plats. En jeu, il y a l'honneur... et un peu plus. L'équipe gagnante pourrait participer à la finale régionale et, peut-être, mériter ensuite sa place à la grande finale provinciale au marché Jean-Talon (le 29 mai).

« Le principe est celui du panier-surprise : elles ignoraient avec quels aliments elles devraient cuisiner. Leur progression est spectaculaire. Au départ, certaines ne savaient pas tenir un couteau! Aujourd'hui, elles ont de l'assurance », se réjouit Stéphanie.

L'expérience est enrichissante à tous points de vue, m'explique-t-elle.

« Il y a un impact, on le voit. Chaque atelier apporte quelque chose aux élèves qui doivent, en plus, apprendre à travailler en équipe. Je sais que parfois, des amies du groupe se retrouvent pour cuisiner ensemble la fin de semaine. D'autres font le souper pour leur famille. Dans certaines maisons, ça a changé complètement la dyna-mique des repas. »

La conversation glisse naturellement sur la philosophie qui sous-tend le projet. On jase d'autonomie alimentaire. On s'entend pour dire que c'est un bel héritage. Mais que la transmission ne s'effectue pas toujours à la maison.

« Ma propre fille a participé aux Brigades culinaires, dans son école. Et j'ai réalisé qu'il y avait beaucoup de choses que je ne lui avais pas montrées... » note Stéphanie.

Les bases, et un peu plus

Dans mon jeune temps, il y a très, très longtemps, il y avait les cours d'économie familiale pendant lesquels on bricolait des muffins aux bleuets et des trempettes de légumes. Rien d'aussi poussé que ce que réalisent les Brigades. À la grandeur de la province, toutes ont le même programme, défini dans le cahier à spirales remis à chaque participant et dans lequel se trouvent les recettes apprises.

« On couvre large. En cours d'année, on a démystifié le tofu, on a appris les cuissons des viandes, on a apprivoisé les fines herbes, on a goûté différents chocolats. On a aussi concocté de la pizza maison et des hamburgers, mais en faisant tout nous-mêmes. »

Un parfum de roussi interrompt la conversation.

« Les élèves, je sens quelque chose... C'est normal? »

« Ihhhh! Non! » s'exclame une jeune fille en ouvrant le four. Quelques frites de patates douces sont foutues. Mais le reste est sauf. Fiou!

« Plus que 15 minutes! »

Les plats commencent à prendre forme. Ici, des élèves ont concocté des pâtes aux légumes, poulet et pesto. Là, c'est une volaille en sauce béchamel et ses légumes rôtis qui seront déposés dans la fine porcelaine.

Toutes sont si absorbées par la tâche qu'elles ne voient pas le temps filer. « Plus que trois minutes », prévient Stéphanie. Douche froide. Les ados figent une nano seconde avant de se lancer dans le sprint final. L'adrénaline monte d'un cran. Peut-être même de deux. Tout le monde soupire de contentement quand, enfin, les assiettes sont prêtes. Juste à temps.

« Aujourd'hui, j'avoue que j'ai trouvé ça dur! » m'annonce Roxanne Roy-Saint-Cyr.

« Mais c'était un bon stress », dit Ève-Marie Steingue, affairée à nettoyer la station voisine.

Comme sa coéquipière Stéphanie Thibault, elle savait déjà un peu y faire en cuisine avant de joindre les Brigades. « Mais on a gagné en autonomie », commentent les deux finissantes.

Et qu'est-ce qu'elles ont appris, au cours de la session?

« Tu veux dire, au-delà de toutes les techniques? Qu'il fallait bien lire les recettes! »

Fou rire autour de la table. Je comprends qu'il y a eu des petites bévues pendant le semestre.

« Je vais un peu trop vite, j'ai bien failli rater notre pizza, l'autre fois! » admet Ève-Marie.

Nouvel éclat de rire. Les choses ont bien fini : la pizza figure quand même sur la liste sélecte des recettes qu'elle a envie de préparer à nouveau...

À vos pâtes pour la tablée

Lancées il y a quatre ans par Jean-François Archambault, directeur général et fondateur de la Tablée des Chefs, les Brigades culinaires remportent un vif succès. Alors qu'il y avait 20 écoles participantes en 2012, il s'en trouve 60 maintenant, il y en aura 80 l'an prochain.

Au total, 1200 élèves répartis dans 14 régions du Québec profitent du pro-gramme. D'ici quatre ans, l'organisme souhaite avoir enraciné celui-ci dans 200 écoles secondaires. « Lorsqu'on sait cuisiner, on s'alimente mieux, on est moins porté sur le fast-food. C'est vrai pour tous les milieux, favorisés ou non. Les effets sont bénéfiques à long terme. On peut penser que ces jeunes-là cuisineront pour leur famille, plus tard. Et qu'ils transmettront leur savoir », remarque Yoni Bélanger, coordonnatrice des Brigades pour le Sud et l'Est du Québec.

Au Collège des compagnons de Québec, où aura lieu la finale régionale des Brigades (pour la région de la Capitale nationale) le 7 mai, l'activité était à l'essai pour une première année. Elle reviendra l'an prochain, confirme l'enseignant Louis Migotto, en charge de l'activité : « On avait déjà des cours de cuisine, ici, mais les Brigades amènent un petit côté compétitif fort agréable lors des différents défis. Apprendre avec un chef, c'est stimulant... Les jeunes ont été très motivés, toute l'année. »

Souper spaghetti nouveau genre

L'implantation des ateliers hebdomadaires coûte 10 000 $ par école. Celle-ci débourse 1000 $, le reste est assumé par la Tablée, grâce à différents partenariats. Les élèves, eux, ne versent pas un sou pour participer à l'activité parascolaire.  

« Québec en forme en payait un gros montant, au début. Il est en train de se retirer », explique Mme Bélanger. La Tablée a donc lancé une campagne participative et franchement originale à laquelle tout le monde peut contribuer. Elle a choisi de revamper la bonne vieille idée du souper spaghetti dans une formule nouveau genre. Pas de plat de pâtes trop cuites baignant dans une sauce aqueuse. Pas davantage d'assiettes en carton et de sous-sol d'église remplis au bouchon. En lieu et place d'un événement unique et grand public, elle propose des tas de petits soupers spaghettis orchestrés par qui le veut bien, dans son chez-soi, avec ses amis.

Vous avez envie d'embarquer dans la platée? C'est simple : vous planifiez un plat de pâtes (n'importe lesquelles, pas besoin de se limiter au spag), vous conviez qui vous voulez et vous enregistrez votre événement sur le site de la Tablée (www.tableedeschefs.com). Vos invités vont directement sur le site pour verser leur contribution (10 $ par adulte, 5 $ par enfant). C'est tout. Et ça peut faire beaucoup, dans une école secondaire près de chez vous.

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