Prévenir le cancer à coup de fourchette

Le Dr Richard Béliveau martèle le même message... (Julien Faugère, collaboration spéciale)

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Le Dr Richard Béliveau martèle le même message depuis une dizaine d'années: oui, on peut prévenir le cancer et mettre toutes les chances du côté de sa santé en adoptant de saines habitudes de vie et en soignant son alimentation.

Julien Faugère, collaboration spéciale

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Karine Tremblay
La Tribune

(Sherbrooke) La sortie de la première édition du livre Les aliments contre le cancer, il y a une décennie, avait provoqué une petite commotion. Les chercheurs Richard Béliveau et Denis Gingras, docteurs en biochimie et en physiologie, y faisaient la démonstration qu'on pouvait prévenir plusieurs types de cancer par l'alimentation. Dix ans plus tard, la science a progressé et leur donne raison: de récentes recherches étayent encore davantage ce postulat. Les données sont bonifiées, mais le constat est le même, toujours: ce qu'on glisse dans notre assiette pèse lourd dans la balance de notre santé future.

«Jusqu'à un tiers des cancers pourraient être évités par la seule modification de l'alimentation», mentionne le Dr Béliveau.

Pour faire état de ce que révèlent les plus récentes études sur le sujet, son collègue et lui lançaient il y a quelques semaines une édition revue et augmentée de leur premier succès en librairie. Déjà, le bouquin est un best-seller. Signe que le sujet intéresse les gens. Pourtant, de la théorie à la fourchette, il y a souvent un fossé. Encore.

«On est dans une société de consommation dans laquelle on s'endette en dépensant l'argent qu'on n'a pas. C'est la même logique qui prévaut dans le domaine de la santé. On a médicalisé et "pilulisé" notre santé. On attend d'avoir des problèmes et après, on demande un médicament, une intervention thérapeutique. Nous, ce qu'on prône s'inscrit dans une autre philosophie de pensée, une autre façon de voir. On arrive avec cette idée qu'il faut faire des changements alimentaires maintenant pour des bénéfices dans 30 ans. Ce n'est pas très à la mode. La prévention, ça ne fait pas tellement partie de nos mentalités.»

Et des mentalités, c'est long à changer. Mais ça se peut. C'est arrivé avec le tabac, tueur silencieux, responsable d'environ 30% des cancers. «La cigarette a perdu du galon, mais ça a pris 60 ans. Et les statistiques nous disent que, malgré tout ce qu'on sait, il y a encore 20% des Canadiens qui fument. C'est quand même un sur cinq.»

Dans l'acoustique du téléphone, un petit soupir. Vous n'êtes pas découragé, parfois, Dr Béliveau? Pourquoi consacrer autant d'énergie à marteler le même message depuis une décennie?

«Parce que ce que nous apprend la recherche peut faire une réelle différence. Vous savez, en recherche, je travaille aussi au développement des chimiothérapies. Je vois des gens souffrants, je constate les effets de la maladie. Ça m'attriste profondément. Le cancer, c'est une vraie calamité. Il y a des gens qui meurent dans la force de l'âge et il y a des cas où cette mort aurait pu être évitée.»

On a cette fâcheuse tendance de voir le cancer comme une fatalité qui nous tombe dessus. Comme ça. On aime penser que le stress, l'hérédité et la pollution comptent pour beaucoup dans le développement du cancer. Leur influence est pourtant moindre que celle de notre mode de vie, assure le Dr Béliveau.

Nos habitudes quotidiennes ont beaucoup plus d'impact qu'on a tendance à le penser. Elles peuvent largement contribuer à freiner le développement et la progression de cellules précancéreuses. Dans son livre comme en entrevue, le chercheur de l'UQAM et directeur scientifique de la Chaire en prévention et traitement du cancer cite moult statistiques et plusieurs exemples. Dont celui, éloquent, des populations migrantes qui, une fois établies en Occident, et après avoir adopté le mode de vie d'ici, voient leur taux de cancer grimper en flèche par rapport à leurs congénères vivant toujours dans leur pays d'origine.

«En vérité, on est à peu près tous porteurs de tumeurs précancéreuses, mais notre mode de vie favorise, ou pas, le développement de celles-ci en modifiant notre homéostasie.»

Et il n'est jamais trop tard pour bien faire.

«Les études le prouvent: les changements sont bénéfiques à tout âge. Même à 75 ans, on peut réduire les marqueurs d'inflammation par l'alimentation.»

La sortie de la première édition du livre Les aliments contre... (123rf.com) - image 2.0

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Quoi mettre au menu?

Tous les aliments de la famille des choux, l'ail, les petits fruits, le thé vert, le réputé curcuma, le soja, les agrumes, les tomates, les oméga-3... et un verre de vin de temps à autre. Manger anti-cancer, ce n'est pas manger plate. Ce n'est pas, non plus, manger toujours pareil.

«Je n'aime pas trop l'idée d'une liste de superaliments. Le plus important, c'est de faire des modifications durables. En gros, on a tout avantage à augmenter notre consommation de végétaux et de grains entiers, à varier nos aliments de façon à bénéficier de la signature biochimique unique de chacun.»

Et pour mettre toutes les chances du côté de sa santé, il faut délaisser les aliments hyper transformés, investir la cuisine, revenir à la base, au «fait maison».

«En 50 ans, on a fait de très gros changements alimentaires en industrialisant la nourriture. Ce n'est pas sans conséquence. Les aliments transformés sont tellement remplis de gras, de sucre et de sel qu'il est pratiquement impossible de faire pire que l'industrie en cuisinant soi-même. Et les repas maison sont tellement plus savoureux.»

Le cancer chiffré

Chaque année, dix millions de personnes dans le monde développent un cancer et sept millions de décès sont causés par cette maladie. En Amérique du Nord seulement, 600 000 personnes mourront d'un cancer dans l'année.

(Données tirées du livre Les aliments contre le cancer)

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Quelques données nouvelles

En 10 ans, la recherche a progressé. Un lien clair a été établi entre obésité et cancer, qui n'était pas nommé auparavant. La surconsommation de sucre n'est pas étrangère à ce nouveau constat. Elle n'est pas, non plus, anodine.

«On la relie au diabète de type 2, mais elle est aussi généralement associée à l'obésité et elle contribue à créer un "climat" d'inflammation chronique qui permet au cancer de bien faire son nid, de prendre ses aises.»

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Il y a 10 ans, l'alimentation méditerranéenne n'était pas précisément pointée comme facteur de prévention du cancer. Maintenant, si. «Une étude randomisée, ce qu'il y a de plus solide sur le plan scientifique, a montré les effets protecteurs d'une telle alimentation.» Surtout si elle fait place à l'huile d'olive extra-vierge, riche en polyphénols.

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Le café, boisson réveille-matin dans plusieurs chaumières, aurait des propriétés plus qu'intéressantes et un effet protecteur pour le cancer du sein et pour le cancer du foie, entre autres.

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Devant certains types de cancers, les aliments ne sont pas tous égaux. Par exemple, une étude menée auprès de 40 000 femmes a démontré que la pêche et la nectarine avaient un effet protecteur contre le cancer du sein de l'ordre de 40%. Les bleuets, remplis d'antioxydants, atteignent le seuil protecteur de 35%. Les fraises? 20%. Mais les bananes, elles, n'ont pas d'impact. Sur le cancer du sein, du moins.

«C'est le contenu moléculaire de certains végétaux qui a un effet protecteur sur certains cancers et pas sur d'autres», note Richard Béliveau.

D'où l'importance de varier les aliments qu'on consomme.

Vous voulez lire?

Les aliments contre le cancer

La prévention du cancer par l'alimentation (10 ans plus tard, nouvelle édition)

Richard Béliveau et Denis Gingras

Trécarré

262 pages

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