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À l'école secondaire, on nous remettait le Guide alimentaire canadien... (123RF)

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Karine Tremblay
La Tribune

(Sherbrooke) À l'école secondaire, on nous remettait le Guide alimentaire canadien à chaque début d'année. En même temps que l'agenda et le numéro de casier. Chez nous, comme à peu près partout, il était aimanté au frigo, entre la liste des courses de la semaine, les dessins de mon petit frère et le tableau effaçable. On connaissait par coeur ses prescriptions imagées par un poisson gris, une pomme rouge et du pain tranché. Pas tant parce que ça nous semblait essentiel, mais parce qu'on l'avait étudié en classe. Même qu'on avait des examens sur le sujet.

Aujourd'hui, sur mon frigo, il y a des dessins d'enfants, la liste des courses de la semaine, un tableau effaçable, mais pas de guide à quatre couleurs avec verre de lait et brin de blé en découpe. C'est peut-être aussi bien ainsi.

Les récentes recommandations sénatoriales ont été sans équivoque : le bon vieux Guide alimentaire canadien doit être revu. Et vite. À la clé des motifs qui commandent cette refonte, il y a des données inquiétantes. Le fait que près de deux adultes canadiens sur trois souffrent d'obésité ou d'embonpoint, notamment, avec ce que ça veut dire de problème d'hypertension, de diabète et de maladies cardiovasculaires, alouette!

La faute au guide?

« Aux États-Unis, le guide alimentaire est révisé tous les cinq ans. Ici, une petite modification a été apportée en 2011, mais sinon, la version qu'on a date de 2007. La science n'a pas changé du tout au tout depuis, le Guide n'est pas totalement désuet, mais gagnerait certainement à être actualisé », remarque le nutritionniste Bernard Lavallée, qui a déjà écrit sur le sujet sur son site, Le nutritionniste urbain.

« Ce qui est pointé du doigt, c'est le degré de transformation des aliments, poursuit-il. On laisse l'industrie cuisiner pour nous. »

Par exemple, on présente le verre de jus d'orange comme l'équivalent du fruit frais alors que les deux ne se valent pas. Il en va de même pour charcuteries et poulet qui ne devraient pas figurer en égaux dans le groupe des viandes et substituts.

Il reste que, au final, le message véhiculé par le Guide devrait être explicatif plus que quantitatif, pense Bernard Lavallée : « Un concept quantifiable (portions, calories, nutriments) comme celui du Guide alimentaire peut facilement être récupéré par l'industrie. La pizzéria du coin, par exemple, peut se targuer que chaque pointe de pizza contient une portion de produit céréalier, une autre de produits laitier, et une autre de légumes, si on compte la sauce et les garnitures. Et elle n'aura pas tort de le dire ainsi même si, d'un point de vue nutritionnel, ce n'est évidemment pas le meilleur choix. »

L'exemple du Brésil

Le guide brésilien, lancé en 2015 après moult études auprès de la population et perçu de façon très positive dans plusieurs pays, pourrait être une inspiration.

« C'est un guide qui met l'accent sur l'importance de cuisiner à la maison avec de bons ingrédients, qui insiste sur les bienfaits de manger en famille ou avec des amis, entre autres », explique Bernard Lavallée.

Des conseils assez banals, somme toute. Des conseils ancrés dans la nuance, le gros bon sens, le retour vers la base. Et la base, c'est en cuisine qu'elle se trouve. On nous a vendu à grands coups de pub les mérites des plats tout prêts. Il y a un envers à ces mets gorgés de gras, de sucre et de sel.

« On a un peu perdu cette capacité de planifier des repas, remarque la présidente de l'Ordre profes-sionnel des diététistes du Québec (OPDQ), Paule Bernier. Le défi, c'est de retrouver une façon de s'organiser pour ne pas se faire prendre en otage par tous les messages qui nous incitent à aller vers la facilité et à consommer des aliments déjà préparés. Les fameux plateaux de TV dinner, c'est certain que ça ne remplace pas les repas qu'on cuisine à la maison. »

On gagne du temps sur le coup, mais à long terme, on y perd. Beaucoup. La face cachée de l'obésité et de la mauvaise alimentation, elle fait mal, insiste Paule Bernier. « Je travaille en milieu hospitalier, je vois les conséquences de tout ça. Des gens dont la qualité de vie est réduite, d'autres qui subissent des chirurgies cardiaques, qui ont des insuffisances rénales, c'est loin d'être anodin. »

Les recommandations du Sénat ne devraient pas rester lettre morte. La révision du Guide serait au menu depuis plusieurs mois déjà. Et les changements pourraient être costauds.

« Je ne fais pas partie du groupe de travail, note Mme Bernier, mais on m'a dit qu'on faisait table rase et qu'on allait se baser sur les études scientifiques pour bâtir la prochaine mouture. »

Ce Guide nouveau, je pense bien qu'il aurait sa place sur mon frigo.

Les 10 recommandations du guide alimentaire brésilien

  • Préparer les repas à partir de produits frais et d'ingrédients de base.
  • Utiliser les huiles, les gras, le sucre et le sel avec modération.
  • Limiter la consommation de mets prêt-à-manger et de boissons de toutes sortes.
  • Manger à des heures régulières et ne pas faire autre chose (livre, ordinateur, écran...) en mangeant. Manger dans un endroit agréable. Éviter les endroits bruyants et stressants ainsi que les buffets à volonté.
  • Manger en bonne compagnie si possible.
  • Faire les emplettes dans les établissements qui offrent une grande variété de produits frais. Éviter ceux qui vendent principalement des plats prêts à manger.
  • Prendre plaisir cuisiner, à développer, exercer et partager vos habiletés à la préparation des repas.
  • Faire participer toute la famille: partager les responsabilités pour prendre le temps nécessaire à la préparation de repas sains.
  • Choisir des restaurants qui offrent des plats cuisinés sur place. Éviter les chaînes de restauration rapide.
  • Être critique à l'endroit des publicités de l'industrie alimentaire.
Source: Extenso.org

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