Les rebelles toscans

CHRONIQUE / Il était une fois, une Italie vinicole en déroute qui prit les grands moyens pour certifier et protéger la qualité de ses vins. Fortement inspirée par ses voisins français, elle mit sur pied un système d'appellations contrôlées : les denominazione di origine controllata (DOC). Le cahier de charges imposait, entre autres, l'utilisation de certains cépages, en plus de rendements et de zones déterminées.

Toutefois, les résultats ne furent pas ceux escomptés. Plusieurs producteurs trouvèrent la loi trop stricte. C'est que celle-ci comportait trois grands défauts. D'abord, les rendements accordés étaient beaucoup trop élevés (rapport entre le volume de vin et l'aire du vignoble cultivé). Le rendement est un facteur déterminant dans la qualité du vin. Alors qu'un rendement faible donnera des raisins plus mûrs et des vins plus concentrés, un rendement élevé aura tendance à diluer le goût. Ensuite, la délimitation des zones d'appellations était trop élargie par rapport aux zones de culture originelles. Enfin, les producteurs devaient impérativement travailler avec des cépages autochtones. Conséquences : un terroir dilué, un faible lien de parenté entre les vins d'une même appellation et un cépage, le sangiovese, ne répondant pas aux attentes en termes de qualité.

Des producteurs de Toscane se sont donc dissociés de ces DOC pour produire des vins dans la catégorie inférieure : les vins de table (Vino da tavola) à des prix supérieurs. Ils plantèrent donc des cépages internationaux - cabernet sauvignon, cabernet franc et merlot, entre autres. Le premier à le faire fut le marquis Mario Incisa della Rochetta de la maison Tenuta San Guido. Cet amateur de vins bordelais commercialisa en 1968 une cuvée légendaire élaborée avec les cépages cabernet sauvignon et cabernet franc. Il la baptisa « Sassicaia ». Son succès ne tarda pas. Dans les années 70, plusieurs vignerons emboîtèrent le pas, dont Piero Antinori qui assembla son sangiovese avec du cabernet sauvignon, lequel devint l'un des plus grands vins italiens, le Tignanello. Les supertoscans étaient nés.

En 1994, le pionnier des supertoscan obtenu sa propre DOC : bolgheri-sassicaia. Depuis, la réglementation italienne s'est assouplie en créant par ailleurs une nouvelle catégorie, les IGT (Indication géographique typique), lesquelles se situent entre les vins de table et les DOC. Les règles des DOC ont également évolué, de sorte que plusieurs supertoscans pourraient aujourd'hui porter la mention sur leur étiquette. Ils sont toutefois nombreux à ne pas y voir d'avantage et à préférer conserver leur IGT.

Salon des vins

Le jeudi 6 octobre se tiendra le Salon des vins et fromages de l'Estrie à Sherbrooke. Venez déguster tout en contribuant au financement de la campagne de jouets des pompiers!

Suggestion de la semaine

Toscane 2014, Le Volte, Ornellaia

(Code SAQ : 10 938 684 - 29,95 $)

Voici un bon vin pour s'initier au style « supertoscan » sans avoir à hypothéquer son budget vin pour le prochain mois. Élaboré avec les cépages internationaux (merlot et cabernet sauvignon) et autochtone (sangiovese), il a hérité du bagage génétique familial. Au nez, des arômes d'épices et de fleurs, avec en bouche des tannins fermes et une bonne acidité. Le vin de prédilection pour accompagner un bon gros steak! Super buona degustazione!

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