Escale à l'île de Pâques : seuls au monde

À Ahu A Kivi, sept moaïs regardent vers... (Collaboration spéciale, Gilles Fisette)

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À Ahu A Kivi, sept moaïs regardent vers la mer, vers leur Polynésie natale. On raconte qu'ils furent les premiers arrivés sur l'île.

Collaboration spéciale, Gilles Fisette

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Gilles Fisette
Gilles Fisette
La Tribune

(Île de Pâques) Je crois avoir percé l'un des mystères de l'Île de Pâques. Je soupçonne les Pascuans (comme on nomme les habitants d'ici) d'avoir sculpté et éparpillé près d'un millier de moaïs à travers leur île afin de vaincre leur solitude.

Les moaïs, ces immenses statues de pierres volcaniques, sont là pour leur tenir compagnie.

À partir du port de Valparaiso, au Chili, il a fallu cinq jours de navigation pour parcourir les 3680 kilomètres qui nous ont amenés devant Hanga Roa, le chef-lieu de l'île. Il en aurait fallu davantage si on était parti de Tahiti, distante de 4050 kilomètres. Le lieu habité le plus près d'ici, l'île de Pitcairn où vivent une soixantaine de personnes (principalement des descendants des révoltés du Bounty), est à un peu plus de 2000 kilomètres. C'est loin pour visiter les voisins.

Tout cela fait que l'Île de Pâques est le deuxième lieu habité le plus isolé de la planète. Pour s'éloigner encore davantage de la race humaine, il faudrait s'établir sur l'Île de Tristan da Cunha, en plein Atlantique sud, où le plus proche voisin est à plus de 2400 kilomètres.

Mais pour l'instant, on est ici et on se creuse les méninges pour comprendre réellement pourquoi les Pascuans se sont donné tant de mal. La véritable raison d'être de ces statues demeure encore aujourd'hui une énigme. Tout ce qu'on sait, c'est qu'entre 1250 et 1500, les habitants de l'île se sont mis à découper des moaïs dans le basalte des carrières de l'île, principalement celle de Rano Raraku. Puis, ils les ont transportés sur des kilomètres, en les faisant vaciller sur leur socle, bien que le poids moyen de ces mastodontes atteint les 14 000 kilos (14 tonnes) et que les plus lourds dépassent les 80 000 kilos (80 tonnes). Et cela, sur un terrain inégal et souvent en pente.

Les moaïs mesurent entre 2,5 mètres et 9 mètres de haut. Ce sont des géants. Il faut les approcher pour réaliser leur réel gigantisme. On ne pouvait le deviner quand notre connaissance se limitait à ce qu'on a pu en lire ou aux photos rapportées par les voyageurs.

Ils en imposent tellement qu'ils semblent avoir jeté un ombre sur tout le reste. Ces étranges statues ont tellement accaparé notre attention qu'on pouvait croire qu'il n'y avait rien d'autre sur l'île.

Or, détrompons-nous. L'Île de Pâques (découverte le jour de Pâques de 1722 par le navigateur néerlandais Jakob Roggeveen) est habitée depuis environ 400 ans avant Jésus-Christ par des Polynésiens arrivés là au hasard, dans leurs immenses pirogues. Aujourd'hui, on recense environ 5800 personnes (recensement de 2012). La plupart habite le chef-lieu près duquel se trouvent l'aéroport international et sa piste unique.

L'île est chilienne mais il faut croire que l'harmonie entre l'administration chilienne et les Pascuans n'est pas totale. À peine sorti du port, on passe devant l'hôtel des Pirates que décorent des pancartes de manifestants. On peut y lire que le Chili a exproprié des terres d'autochtones pour y construire des infrastructures touristiques. L'économie de l'île, pauvre en ressources, repose principalement sur le tourisme.

L'île a la forme d'un triangle. Dans sa partie la plus longue, elle fait une vingtaine de kilomètres. Pour la visiter, le touriste peut s'en remettre aux excursionnistes. Il est possible aussi de partir à l'aventure (on ne peut pas se perdre, ici) en montant à bord d'un taxi ou, mieux encore, en louant un véhicule. Notre Suzuki 4X4 coûte 100 $ US pour la journée. On partage la somme avec un couple d'amis français. On part, direction Rano Raraku, « l'atelier » dont sont issus les moaïs. Au sommet de ce petit volcan, le cratère inondé a été transformé en grand étang.

Plus loin, on arrêtera à Ahu A Kivi où sept moaïs regardent la mer et, au loin, la Polynésie. Ce sont les seuls à surveiller la mer tandis que tous les autres sont orientés vers l'intérieur des terres, vers les villages dont ils assurent la protection.

On raconte que ces sept moaïs représentent les sept premiers Polynésiens arrivés sur l'île en éclaireurs. Ils sont là à fixer l'horizon, en attente de leurs congénères.

Finalement, on finira la journée à la plage ensablée d'Anakena. Un pur délice que de se perdre dans les vagues chaudes du Pacifique Sud. Ceux qui restent sur l'île pour plusieurs jours pourront se loger dans la centaine d'établissements hôteliers du coin. Des restaurants, des cafés, des boutiques et même un cybercafé viennent rappeler qu'on est peut-être loin de tout mais que l'ère moderne est arrivée ou par bateau ou par avion.

Notre collègue à la retraite Gilles Fisette a entrepris un tour du monde en croisière. Nous vous invitons à le suivre dans son périple jusqu'en mai.




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