Le feu de Bengale et la chandelle

Noémie Verhoef. Passionnée de vulgarisation philosophique appliquée à... (SPECTRE MÉDIA, RENÉ MARQUIS)

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Noémie Verhoef. Passionnée de vulgarisation philosophique appliquée à l'actualité.

SPECTRE MÉDIA, RENÉ MARQUIS

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Noémie Verhoef

Pour ceux qui ne sauraient pas ce à quoi je fais référence, le feu de Bengale, c'est cette petite tige de métal enduite d'une poudre explosive légère qu'on pique traditionnellement sur le dessus d'un gâteau. Il a généralement pour effet immédiat d'illuminer à la fois la pièce et les visages de ceux qui, ébahis par sa douce magie, le regardent se consumer dans toute son éphémère splendeur.

Poussières d'étoiles de fabrication tout humaine, les milliers d'étincelles du feu de Bengale partent de tous bords, tous côtés. Elles quittent la tige métallique, leur matrice et seul ancrage, et s'envolent pour un instant, juste avant de s'éteindre en retombant doucement sur le sol. Jadis poussières d'étoiles, les étincelles disparaissent, laissant d'imperceptibles traces de leurs passages derrière elles.

Ainsi vont nos vies. À un rythme fou, nous consumons toutes nos ressources et notre énergie pour épater la galerie. Galerie qui, habituée de nous voir briller de mille feux, s'insensibilise à ce qu'il en coûte d'offrir autant, tout le temps. Partout, à la télé comme dans nos petites réalités, on nous vend du rêve, de l'excès, du trop-beau-trop-gros-pour-être-vrai. Au feu de Bengale, on ne cesse de répéter qu'il doit être feu d'artifice. Insistons sur le mot « artifice »; ce qui appartient au superficiel, à l'irréel.

Au fil du temps, au court (« erreur » d'orthographe intentionnelle, ici) de notre vie, on finit quand même par oublier que ce sont des parties de nous-mêmes qui s'envolent en éclats, à tous les instants, à grand renfort de notre désir d'éternité.

Le problème, c'est que le feu de Bengale est fait pour être au centre de l'attention. Plus les yeux sont braqués sur lui, plus il redouble d'ardeur, car il ne se sent exister que dans le regard des autres. Il finit par croire que c'est lui-même qu'il voit dans les trous noirs que sont ces pupilles avides de sa lumière. Pourtant, ceux-ci le tuent à petit feu; ils absorbent ses rayons pour n'en laisser miroiter que le reflet, l'illusion, le mirage. Ce n'est malheureusement que lorsqu'il arrive au bout de ses ressources que le feu de Bengale prend conscience du chemin parcouru et qu'il veut ralentir sa course, mais il est souvent déjà trop tard.

En ce sens, Sénèque écrivait que la vie est un chemin « qu'endormis ou éveillés, nous parcourons du même pas » (De la brièveté de la vie, IX). Il est tout de même ironique de constater que ceux d'entre nous qui sont les plus « endormis » sont aussi ceux qui brillent de mille feux et laissent la vie mourir entre leurs doigts, trop agités pour la saisir.

C'est pourquoi, en ce temps des Fêtes 2015-2016, je me promets de travailler à ce que ma vie, au moins un peu plus à chaque jour, brille d'une lueur plus sereine, plus calme, plus douce. En fait, je crois qu'on peut tous se souhaiter, collectivement, de transformer nos feux de Bengale en chandelles pour qu'ensemble nous nous dirigions d'un pas certain vers un avenir meilleur.

Noémie Verhoef

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