De la profitabilité économique de l'immigration

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Noémie Verhoef

Combien de fois a-t-on entendu que le Canada n'a pas les moyens nécessaires à l'accueil d'un aussi grand nombre de réfugiés? Partout, on nous donne des chiffres qui font peur : 25 000 réfugiés avant le 1er janvier, c'est 1,2 milliard de dollars répartis sur six ans. Et si on parlait plutôt d'investissements?

D'abord, disons-le clairement, réduire une vie humaine à un coût, c'est déjà douteux. Mais tant qu'à donner dans le discours économique déshumanisant, aussi bien le faire de façon cohérente et parler du ratio coûts/bénéfices.

Donnons un exemple concret. Quand le Journal de Montréal s'évertue à décortiquer, étape par étape, ministère par ministère, tous les coûts qui seront engendrés par l'accueil prochain de ces nouveaux arrivants, il fait un excellent travail pour trouver l'information juste. Mais on ne présente qu'un côté de la médaille, et c'est un problème méthodologique majeur. Pour expliquer une situation complexe, on doit vulgariser en tenant compte de toutes les variables et non pas passer outre la moitié des informations sous prétexte de vouloir faire simple.

En effet, bien que l'article auquel je fais référence (Quel est le coût de l'accueil des réfugiés? écrit par Denise Proulx et publié le 17 novembre dans la section Argent) se termine en affirmant que les réfugiés apportent aussi un sens de l'entrepreneuriat intéressant et qu'ils arrivent ici avec une attitude travaillante, toutes les statistiques rapportées visent à chiffrer les dépenses et nulle part il n'est question des bénéfices économiques qui découlent directement de cet investissement. Pourtant, il y en a plusieurs.

D'abord, le vieillissement de la population dans les pays occidentaux est un problème économique majeur auquel l'immigration peut offrir une part importante de solution. Selon un rapport de l'Institut de la Statistique du Québec intitulé Perspectives démographiques du Québec et des régions et publié en juillet 2009, le nombre de décès surpassera celui des naissances dès 2029. En 2056, en conservant les taux d'immigration actuels, 28 % de la population sera âgée de 65 ans et plus - un taux qui serait de 32,2 % dans un scénario d'immigration nulle.

En toute logique, qui dit population vieillissante dit aussi augmentation des frais de santé et prestations de la sécurité de vieillesse. De fait, si nous voulons conserver le système social actuel qui nous permet d'assurer une qualité de vie à tous les citoyens, jeunes et moins jeunes, nous devons impérativement accueillir des travailleurs qui pourront continuer de le financer à long terme.

Pour continuer à jouer le jeu de la perspective économique, il serait d'ailleurs tout à fait profitable pour la société québécoise d'investir davantage dans les ressources d'aide aux nouveaux arrivants, car cela leur permettrait d'intégrer le marché du travail plus rapidement.

Contrairement à ce qu'on pourrait penser de prime abord, la langue n'est pas l'obstacle le plus important qui se dresse devant les immigrants qui désirent se trouver un emploi au Québec. C'est faire reconnaître leurs diplômes et, par extension, leurs compétences professionnelles.

En effet, le Québec est la province qui compte le moins d'immigrants qui ne parlent aucune des deux langues officielles au pays et plus de 75 % des immigrants parlent le français. Pourtant, c'est au Québec qu'il est le plus difficile pour un immigrant de se trouver un emploi dans son domaine : ils ne sont que 19 % à être en mesure de le faire.

Ceux-ci doivent alors se trouver un emploi moins bien rémunéré et qui n'utilise pas leur plein potentiel de contribution sociale. Afin de mettre fin aux inégalités flagrantes dont les immigrants sont les victimes systématiques, le Québec devrait prendre exemple sur l'Ontario en développant une agence d'évaluation des compétences (comme le World Education Services) qui effectuerait des équivalences standardisées et crédibles qui rassureraient les employeurs québécois quant à la candidature d'un nouvel arrivant.

Si vous voulez mon avis, la question n'est pas vraiment de savoir si nous avons les moyens d'accueillir plus d'immigrants au Québec. C'est de savoir si nous avons les moyens de nous en passer.Les statistiques citées dans cette analyse sont toutes tirées d'une recherche de l'Institut de recherche et d'informations socio-économique menée par Mathieu Forcier et Laura Handal. Elle est disponible ici en version électronique.

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