L'artisanerie comme remède à l'aliénation du travail

Aussi savante et compétente puisse-t-elle être, une personne,... (IMACOM, JESSICA GARNEAU)

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IMACOM, JESSICA GARNEAU

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Noémie Verhoef

Aussi savante et compétente puisse-t-elle être, une personne, à elle seule, ne pourrait recréer un ordinateur de table si tous les ordinateurs du monde (ainsi que toutes les composantes qui permettent leur assemblage) étaient détruits à l'instant même.

Le phénomène est simple. Individuellement, nous avons développé des compétences beaucoup trop spécifiques pour comprendre l'ensemble de ce qu'il faut savoir, tant aux niveaux théorique que technique, pour accomplir une tâche de cette envergure.

Karl Marx, philosophe et économiste allemand du 19e siècle bien connu pour sa critique du capitalisme, s'est beaucoup attardé à la façon dont les objets de consommation sont produits. Il s'est notamment questionné sur la relation qu'entretiennent les êtres humains avec les objets qu'ils produisent, c'est-à-dire le fruit de leur travail.

On le sait, les conclusions auxquelles arrive Marx sont plus ou moins heureuses. Particulièrement dans un contexte de production en série, où l'ouvrier s'attèle à une tâche précise et la répète toute la journée, il existe de nombreux facteurs qui contribueront à ce que notre philosophe désignera comme l' « aliénation » du travailleur.

Il est à noter que Marx entend le mot « aliénation » dans son sens le plus strict, c'est-à-dire qu'une personne aliénée en est une qui est étrangère, détachée de ce qu'elle produit - ou encore de son environnement de travail. En aucun cas Marx ne voulait dire que les ouvriers étaient « aliénés » en posant un jugement sur leurs qualités intellectuelles.

Au contraire, ce sentiment d'étrangeté est alimenté par plusieurs éléments intrinsèquement liés au contexte capitaliste de production, notamment par le fait que l'être humain n'est pas utilisé à sa pleine valeur et n'use pas de sa créativité naturelle dans un contexte de production en série.

Plus encore, pour Marx, la division extrême du travail et le fait que les travailleurs ne sont informés que du strict minimum nécessaire afin de bien accomplir leurs tâches font d'eux de simples boulons dans une machine infiniment complexe que personne ne comprend entièrement. Ils ne contribuent donc pas à l'ensemble du projet auquel leur travail participe, ce qui les empêche grandement de s'identifier au fruit de leur travail et, conséquemment, d'en tirer une satisfaction personnelle plutôt que simplement monétaire.

Dans certains cas, par exemple celui des usines chinoises oeuvrant dans le domaine du jouet, les travailleurs sont même dans une situation économique si précaire qu'ils ne sont pas en mesure de jouir du fruit de leur travail, car ils ne peuvent pas se permettre l'achat du produit final. Ils se trouvent donc dans une situation doublement aliénante, car ils vendent leur temps (leur vie) en échange du strict minimum de ressources financières pour survivre - et c'est ainsi qu'ils mettent le pied dans l'engrenage pernicieux de l'exploitation.

L'exemple flagrant des ouvriers chinois (ou devrais-je plutôt systématiquement dire « ouvrières », car c'est une vaste majorité de femmes qui travaillent dans ces conditions) a l'avantage de bien mettre en valeur les problèmes soulevés par Marx, mais il serait facile de rétorquer que nous, ici, ne sommes pas dans ces conditions et donc, ne sommes pas aliénés par notre travail.

Or, rien de plus faux. Qui peut se vanter de contrôler entièrement son horaire de travail, les procédés qu'il utilise pour l'effectuer, toutes les étapes nécessaires à sa réalisation, d'être le seul propriétaire du fruit de son travail et de pouvoir décider d'en disposer à sa guise?

Les artisans.

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