Les sciences modernes, matricides de la philosophie

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Noémie Verhoef

Il y a des fois où, je l'avoue, je me contorsionne un peu le cerveau pour commenter le dossier de la semaine d'un point de vue philosophique. Pas cette semaine. Cette semaine, le dossier en entier aurait pu être dédié à ces philosophes qui furent relégués dans l'ombre de mastodontes de l'histoire des sciences tels que Copernic, John Dalton et Freud, pour ne nommer que ceux-là.

Nicolas Copernic (l'héliocentrisme)

C'est bien connu, il fut un temps de l'histoire où tout le monde pensait que le soleil tournait autour de la Terre. Cette vision géocentriste (littéralement : centrée sur la Terre) faisait bien l'affaire de l'Église qui prêchait à qui voulait bien l'entendre que l'être humain était l'apogée de la création divine, et qu'en tant que telle, il était tout à fait normal que la Terre soit au centre de l'univers.

Jusque-là, ça va. Là où l'histoire commence à avoir de sérieux trous de mémoire, c'est lorsqu'on nous enseigne que c'est Nicolas Copernic qui fut le premier à remettre en question la vision géocentriste et à proposer, au contraire, l'héliocentrisme - c'est-à-dire une cosmologie où l'on place non pas la Terre, mais le soleil au centre de l'univers. En fait, la première théorie héliocentriste remonte au 3e siècle avant Jésus-Christ et fut élaborée par Aristarque de Samos, philosophe, astronome et mathématicien grec.

John Dalton (l'atomisme)

On a tous appris, au secondaire, que l'univers entier était fait d'atomes invisibles à l'oeil nu, mais qui, en s'associant les uns avec les autres, créaient toute substance possible et imaginable. Puis, progressivement, on nous apprend que les atomes peuvent créer différents liens entre eux, qu'ils sont non pas une seule et même particule, mais plutôt qu'ils sont constitués de protons, de neutrons et d'électrons et qu'il est même possible de les fusionner (ou mieux, de les fissionner!) pour créer une quantité inouïe d'énergie. On complexifie graduellement notre représentation schématique de l'atome, mais historiquement, on remonte très rarement aux idéateurs originaux du concept même.

En effet, on attribue généralement l'atomisme en entier à John Dalton, chimiste et physicien britannique du 19e siècle, mais l'utilisation du mot « atome » (qui veut dire « insécable ») remonterait à 600 ans avant J.-C., dans certains écrits bouddhistes. Toutefois, nous avons la certitude que les philosophes Leucippe et Démocrite furent les premiers théoriciens à développer l'idée d'atome et à en découler une compréhension du monde, au 5e siècle avant notre ère.

Sigmund Freud (l'inconscient)

Tout le monde connaît son nom. Père de la psychanalyse, il développe des théories et des concepts qui vont révolutionner notre compréhension de l'esprit humain. On l'associe notamment au fameux concept d'inconscient, pour lequel on lui donne très souvent tout le mérite.

Or, si Freud a beaucoup contribué à expliciter le rôle de l'inconscient dans le fonctionnement de l'esprit humain, ce concept le précède largement.

Bien qu'on en retrouve les balbutiements dans la pensée de René Descartes, c'est vraiment avec Baruch Spinoza que l'idée d'inconscient prendra son essor, notamment grâce à sa théorie sur les émotions. En effet, pour Spinoza, les émotions sont très souvent le véritable moteur de l'action humaine. Sans que nous ne nous en rendions compte (et donc, « inconsciemment »), les émotions tromperaient la rationalité de celui qui ne prend pas le temps d'en comprendre la dynamique et agiraient en dépit de celle-ci. C'est pourquoi, au Livre III de l'Éthique, Spinoza décortique les émotions une à une tout en établissant de fascinants liens entre elles.

Après Spinoza vinrent Arthur Schopenhauer et Friedrich Nietzsche qui, eux aussi, contribuèrent largement à l'élaboration du concept d'inconscient. Une anecdote historique souvent racontée (dont nous sommes toutefois incapables de retracer les sources) veut même que Freud fût si contrarié à la lecture des oeuvres de Nietzsche qu'il lançait régulièrement les livres de celui-ci à bout de bras, furieux contre le génie intemporel de son prédécesseur.

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